OM - Sporting : Après le « drame évité de peu », l’OM veut reprendre la main sur ses supporters

FOOTBALL L’Olympique de Marseille joue son avenir en Ligue des champions ce mardi soir contre le Sporting Portugal dans un stade Vélodrome à huis clos après les incidents contre Francfort

Adrien Max
Des feux d'artifice lancés par des supporters marseillais explosent à côté des supporters de Francfort avant le match de football du groupe D de la Ligue des champions entre Marseille et Francfort au stade Vélodrome de Marseille, le mardi 13 septembre 2022.
Des feux d'artifice lancés par des supporters marseillais explosent à côté des supporters de Francfort avant le match de football du groupe D de la Ligue des champions entre Marseille et Francfort au stade Vélodrome de Marseille, le mardi 13 septembre 2022. — DANIEL COLE/AP/SIPA
  • Après les incidents lors de la réception de Francfort, l’UEFA a infligé un huis clos à l’Olympique de Marseille contre le Sporting Portugal (18h45) et la fermeture du virage nord contre Tottenham (1er novembre).
  • Conscients d’avoir « évité un drame de peu », deux abonnés du virage nord ne s’étonnent pas de cette sanction même s’ils regrettent que tout un stade soit puni pour les actes de quelques-uns.
  • A la suite de ces incidents, l’OM a suspendu l’abonnement de 17 supporters et prévient qu’il y en aura « beaucoup d’autres », tout en prévoyant de déplacer le parcage visiteur.

« On a évité un drame de peu, qui aurait pu marquer à tout jamais le club et la tribune Depé. J’ai vu de mes yeux la fusée partir dans la tribune de Francfort et ça aurait pu faire un mort et signifier la fin de la mouvance ultra à Marseille. » Trois semaines après le match de ligue des Champions entre l’Olympique de Marseille et l’Eintracht Francfort (0-1), Daniel, abonné au virage nord du stade Vélodrome, est toujours très amer, à la fois de la gravité des incidents survenus entre les supporters des deux équipes, puis de la sanction de l’UEFA de prononcer un huis clos total pour la rencontre face au Sporting ce mardi (18h45), et la fermeture du virage nord pour la réception de Tottenham (1er novembre).

« Honnêtement, je ne trouve pas que l’UEFA ait exagéré, on prend encore plus cher en matière de sanctions en Ligue 1. Par exemple la saison dernière, je pensais que le stade serait à huis clos après les incidents contre le PAOK », estime le supporter. Florent, un autre abonné du virage nord, ne s’étonne d’ailleurs pas de la sanction de l’UEFA : « Des trucs ont été jetés sur le parcage visiteur, ça a dû les faire vriller et ils ont commencé à balancer des fumigènes vers nous. Ça a été la surenchère avec des feux d’artifice. Je condamne ces gestes, tu sais que tu es sous la menace de l’UEFA, tu dois faire le dos rond pendant quelques matchs et ne rien jeter. »



Suspensions d’abonnements

Les deux supporters condamnent unanimement ces « comportements individuels qui finalement privent de stade 60.000 personnes ». Face à ces nouveaux incidents, et les sanctions de l’UEFA, l’Olympique de Marseille a suspendu les abonnements de 17 supporters identifiés comme ayant pris part aux incidents, comme l’a confirmé le club auprès de 20 Minutes après une information de RTL. 

Sébastien Louis, professeur d’Histoire-Géographie et de Sociologie à l’École Européenne de Luxembourg et auteur du livre Les Ultras, les autres protagonistes du foot, rappelle que ces suspensions d’abonnements sont possibles depuis la loi Larrivé de 2016. « C’est à double tranchant, d’une part il vaut mieux s’en prendre à des individus qui ont commis un délit dans le stade plutôt que de fermer une tribune ou un stade entier. Mais d’autre part le club est partie prenante et il n’y a pas une personne neutre qui vient juger ces faits », estime-t-il. Cette méthode pro active de l’Olympique de Marseille « donne l’impression que le club veut contenter l’opinion publique et les autorités dans un contexte où ce genre d’incidents se multiplient, quelques jours après ceux survenus lors du match entre Nice et Cologne », selon Sébastien Louis. Pour lui, l’OM doit surtout affirmer « une position forte et être claire ».

Déplacer le parcage visiteur

Longtemps peu enclin à prononcer ce genre de sanctions pour éviter de se mettre ses puissants groupes de supporters à dos, l'OM semble en effet changer peu à peu de politique ces derniers mois devant la multiplication des dérapages. Au club, on confirme que ces suspensions d’abonnements sont effectives depuis « six mois à un an avec une à cinq suspensions d’abonnements par match », pour montrer  « la volonté du club de faire le boulot » sans déléguer les rappels d'ordre internes aux supporters eux-mêmes. Sur cet aspect, la décision prise en interne de laisser les groupes faire la police après un salut nazi aperçu lors du déplacement à Tottenham lors de la 1ère journée de C1, n'avait pas envoyé le signal désiré aux autorités. 

 « La plupart du temps il s’agit de personnes connues, qui ne sont pas habituées des virages et dont les groupes se plaignent. Ce ne sont pas les premiers supporters et des fois ce sont aussi des personnes à qui on a prêté des abonnements, ou encore d’autres qui n’ont rien à faire là parce qu’ils ont forcé les portes sans billet », avance le club olympien. Pour lutter contre ces comportements, l’OM dépose systématiquement une plainte, qui débouche sur une enquête judiciaire. « L’appareil judiciaire s’est saisi de la question depuis les incidents de la saison dernière, la justice bosse », se satisfait-on à l’OM, tout en prévenant qu’il y aura « beaucoup d’autres suspensions d’abonnement ».

Pour éviter d'en arriver à un plan Leproux déguisé que beaucoup de supporters disent craindre en off, l’Olympique de Marseille planche aussi sur une autre solution. Celle de déplacer le parcage visiteur, actuellement voisin du virage nord, en haut de Ganay ou de Jean Bouin, « dans la partie centrale », avec la « création d’une zone étanche avec l’installation de plexiglas pour éviter les jets de projectiles ». Ce qui devrait être effectif après la coupure liée à la Coupe du Monde, ou l’été prochain, selon nos informations.