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Samantha Jean-François, championne de MMA, se confie sur ses combats

MMA : « Donner les clés », la championne du monde Samantha Jean-François s’engage contre les violences faites aux femmes

INTERVIEW DU LUNDILa Française Samantha Jean-François a remporté fin août le titre de championne du monde de MMA
Adrien Max

Propos recueillis par Adrien Max

L'essentiel

  • Chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place à la combattante des arts martiaux mixtes (MMA), Samantha Jean-François.
  • La Française de 35 ans a remporté le titre de championne du monde de MMA des moins de 52 kg, le 28 août dernier à Dubaï.
  • Au-delà de cette consécration tardive, Samantha Jean-François se confie sur ses engagements contre les violences faites aux femmes.

Un sacré bout de femme. Pour son titre de championne du monde des arts martiaux mixtes (MMA), acquis le 28 août dernier à Dubaï, dans la catégorie des moins de 52 kg. Mais aussi pour son engagement associatif contre les violences faites aux femmes. La Française Samantha Jean-François vient, aussi, d’ouvrir une salle à Port-de-Bouc, dans les Bouches-du-Rhône, pour s’entraîner, mais surtout coacher les personnes qu’elle aide. Elle se confie à 20 Minutes sur les perspectives que lui offre ce titre obtenu face à la Marseillaise Mona Tfouhi, par soumission, et sur ses nombreux autres combats.

Ce titre ressemble-t-il avant tout à un aboutissement ?

Tout à fait. Dans quelques mois, cela fera dix ans que je pratique le MMA. J’arrive vraiment au bout. C’est un combat qu’on m’a proposé au pied levé, et que j’ai accepté parce qu’on sait pertinemment que ces occasions ne se représentent pas. Je me suis préparé à fond en me disant que c’était enfin le bon moment…

Pourquoi n’était-ce pas le bon moment jusqu’à présent ?

Quand on m’a proposé ma première ceinture, je n’étais vraiment pas bien. C’est en faisant les examens médicaux que j’ai su que j’étais enceinte de deux mois. Et la deuxième fois qu’on m’a proposé une ceinture, c’était deux mois après la grossesse. C’était un magnifique combat, mais les conditions n’étaient pas favorables. Là non plus j’ai envie de dire !

Pourquoi ?

Parce que je n’avais que quinze jours pour me préparer. Mon adversaire avait une opposante brésilienne, mais elle n’a pas pu faire le combat. Ils ont cherché une remplaçante, et j’ai dit oui. J’étais entraînée, en forme. Mais cela ne restait que quinze jours. Pas pour se préparer physiquement, mais davantage mentalement. Se dire que c’est un titre, pas un combat lambda.

Et alors, ce combat pour le titre de championne du monde ?

Ça s’est très bien passé (rires). Je connaissais un peu mon adversaire, elle est de Marseille. Mais on ne s’était jamais rencontrées dans une compétition. Quelques semaines auparavant, le classement féminin français avait été communiqué, et elle était classée 2e. J’ai eu un peu les nerfs parce que j’estime que d’autres combattantes méritaient d’être dans ce classement. Certes, elles ne sont pas sur les réseaux sociaux, ne sont pas vues ou connues, mais elles sont là depuis des années. Je parle pour moi bien évidemment, mais aussi pour d’autres.

Avez-vous le sentiment que ce classement est davantage lié à l’image qu’aux performances pures ?

Oui, totalement. C’est vraiment une histoire de réseaux sociaux. Malheureusement, c’est le monde dans lequel on vit. On a beau faire de bonnes performances, de très beaux combats, on n’a pas forcément le retour espéré, si on n’est pas vu. Que ce soit au niveau des sponsors, au niveau des propositions de combat… Il s’agit surtout de se montrer et je ne suis pas du tout dans cette dynamique.

Regrettez-vous cette place prise par l’image ?

Je peux comprendre, pour les organisations, qu’il soit très important qu’un combattant soit vu. Mais quand on voit certaines personnes qui combattent pour des titres au bout de deux combats, ou qui vont dans de très grandes organisations… Nous qui sommes là depuis dix ans, on est toujours dans l’attente. C’est dommage.

Voyez-vous des répercussions depuis votre titre de championne du monde ?

Totalement. C’est complètement différent au niveau médiatique, mais aussi au niveau des propositions qui affluent. Pour les autres femmes, aussi, parce que j’ai une association de lutte contre les violences faites aux femmes. C’est aussi un point auquel je tiens énormément.


La Française Samantha Jean-François est devenue championne du monde neuf ans après avoir commencé le MMA.
La Française Samantha Jean-François est devenue championne du monde neuf ans après avoir commencé le MMA.  - Samantha Jean-François

Présentez-nous cette association…

Je l’ai créée à Marseille, dans les quartiers prioritaires de la ville. Il n’est pas que question de violences conjugales, mais aussi des violences du quotidien, de la manière de les gérer. Quand j’ai déménagé à Martigues, j’ai recréé une section à Port-de-Bouc. Je veux faire comprendre à ces femmes qu’il ne faut pas chercher tout de suite la confrontation, mais essayer d’abord de communiquer.

Ensuite, il est question de la gestion de la distance par rapport à la personne qui nous attaque. Si vraiment il faut intervenir, qu’elles aient des gestes rapides, efficaces, pour maîtriser l’agresseur. Et éventuellement fuir. Je ne vise pas que les violences conjugales, parce que cela concerne 20 % des personnes qui viennent. Les autres, ce sont des personnes qui se font embêter, se font siffler, se prennent des mains aux fesses. Dans le cadre du travail aussi.

Pourquoi avoir créé cette association ? Avez-vous été vous-même victime de violence ?

Quand on est petite, il y a des choses qui nous marquent. J’ai une tante qui se faisait passer à tabac tous les jours, c’était devenu banal. En tant qu’enfant, on ne comprend pas trop ce qui se passe. On voit que ce n’est pas normal, mais on est trop petit pour réagir. Et en grandissant, j’ai connu encore beaucoup de femmes qui se sont plaintes de ça. Je me suis dit qu’il fallait que j’agisse. Donner les clés. Effectivement, un jour, un copain de classe au collège m’a mis une main aux fesses à la piscine. Ça m’a mis hors de moi. Je l’ai attendu dehors et lui ai cassé le bras. Je me suis dit que j’étais prédestinée au Jiu-jitsu brésilien. Alors qu’à l’époque, je faisais de la danse.

Est-ce après cet événement que vous vous êtes tournée vers les sports de combat ?

Non, ce sont deux choses distinctes. Les sports de combat, je les ai découverts par hasard. Je venais de rompre, et je voulais me défouler. Un ami m’a dit de venir essayer, je me suis dit « mais même pas en rêve ». Finalement, ça a été une révélation. C’était il y a neuf ans.

Comment voyez-vous le futur, après ce titre de championne du monde ?

Dans un mois, j’ai les championnats du monde de Jiu-jitsu brésilien et de grappling. En 2023, ce sont les championnats du monde de boxe libre, et le sambo. Pendant le Covid-19, il n’y avait pas beaucoup de propositions pour le MMA. Donc j’ai essayé d’autres disciplines, parce que j’avais envie de combattre. Et comme j’ai performé dans celles-ci, je suis engagée sur tous les fronts (rires).

Et pour le MMA ?

J’ai quelques propositions qui ne sont pas mal, même si je préfère ne pas en parler pour le moment. Mais il faudra bien défendre la ceinture, parce que l’avoir est une chose, mais la garder en est une autre.



Est-ce que vous sentez que le MMA et les arts martiaux se développent en France ?

Oui. Je ne sais pas si c’est depuis que le MMA est arrivé en France, ou l’UFC Paris qui a cartonné, ou le coup médiatique par rapport à mon titre. J’ouvre une salle de sport de combat, et je pense que je vais être débordée. Ça intéresse beaucoup de femmes, ça va leur faire un bien fou. Ce sont des cours 100 % féminins, il n’y a pas d’hommes et elles peuvent apprendre en toute tranquillité. Et j’ai eu aussi beaucoup de demandes chez les enfants.

Justement parlez-nous de ce projet…

C’est justement ce qui m’a fait douter de la faisabilité du combat. Parce que j’avais entrepris de retaper cette salle de A à Z, que la mairie m’a mise à disposition. Quand on m’a proposé le combat, j’ai fermé la porte et j’ai tout mis en stand-by. J’étais entre les pots de peinture, mes gants, le ring, la cage. Mais maintenant j’arrive au bout. Je vais faire les entraînements, je vais m’entraîner aussi.

Vous faites des passerelles entre votre association et cette salle ?

Bien sûr que c’est une passerelle. Non, le sport ne forge pas le caractère, mais il le révèle. Ça a été mon cas et j’espère que ce le sera pour les jeunes. Je vois ici, à Port-de-Bouc dès que j’ai ouvert la porte de la salle des gosses m’ont dit « Madame, c’est génial, on va pouvoir faire du sport, du MMA ». Je préfère les avoir avec moi deux heures, plutôt qu’ils soient en bas de l’immeuble. Pour leur apprendre les valeurs, parce qu’ils oublient. Qu’ils se respectent eux, les autres. C’est ce que je vais faire ici.