Maccabi Haïfa – PSG : Hakimi et les sifflets, révélateur des coups de chaud entre Israël et Palestine ?

FOOTBALL Le PSG se déplace ce mercredi sur la pelouse du Maccabi Haïfa en Ligue des champions. Le club israélien est réputé pour son public fervent et son attitude à l'égard du défenseur marocain sera très surveillée

Nicolas Stival, avec N. C. et A. L. G.
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Après les sifflets de Tel-Aviv, l'accueil réservé au défenseur du PSG Achraf Hakimi ce mercredi à Haïfa sera particulièrement scruté.
Après les sifflets de Tel-Aviv, l'accueil réservé au défenseur du PSG Achraf Hakimi ce mercredi à Haïfa sera particulièrement scruté. — Franck Fife / AFP
  • Le PSG dispute son deuxième match de Ligue des champions ce mercredi soir en Israël, sur la pelouse du Maccabi Haïfa.
  • Les regards seront tournés vers l’arrière droit Achraf Hakimi, sifflé lors de ses deux matchs disputés avec Paris à Tel-Aviv après un tweet propalestinien.
  • Haïfa est une ville mixte et le Maccabi probablement le club du pays comptant le plus de fans arabes israéliens. Mais le football, sport le plus populaire du monde, est le réceptacle des tensions qui secouent le Proche-Orient.

Achraf Hakimi ne pouvait pas couper à la question, samedi après la petite victoire parisienne sur Brest en L1 (1-0) et quatre jours avant le rendez-vous sur la pelouse du Maccabi Haïfa, en Ligue des champions. Lors des deux Trophées des champions remportés par le Paris Saint-Germain en Israël, le 31 juillet dernier contre Nantes (4-0) et un an plus tôt face à Lille (0-1), l’international marocain a été copieusement sifflé dans le Bloomfield Stadium de Tel-Aviv.

Ses contempteurs lui ont fait payer un tweet posté en mai 2021, dans lequel l’ancien arrière droit de l’Inter Milan avait écrit « #FreePalestine » à un moment de regain de tensions dans le conflit israélo-palestinien. Alors, s’inquiète-t-il de subir un sort semblable ce mercredi à Haïfa ? « Je vais faire le déplacement avec l’équipe, a lancé Hakimi dans la zone mixte du Parc des Princes. Ce n’est pas un problème pour moi, je vais jouer et rentrer à la maison. » En interne, le PSG adopte la même attitude, et n'a pas prévu par exemple de garde du corps personnel, contrairement au Trophée des champions.

« Un événement plutôt exceptionnel »

Une façon de dédramatiser l’éventuel accueil hostile d’un stade Sammy-Ofer traditionnellement bouillant et qui fera le plein avec plus de 30.000 spectateurs, dont 1.500 fans parisiens attendus dans le parcage visiteurs. On a bien écrit « éventuel », car selon Kévin Veyssière, « les sifflets contre Hakimi lors de ce match étaient un événement plutôt exceptionnel ». 

Pour le fondateur du remarquable site FC Geopolitics, tout est forcément une question de contexte. « A Tel-Aviv, il y a eu des sifflets car le conflit israélo-palestinien repartait de plus belle à celle époque, et c’est toujours l’une des premières villes touchées quand il y a une reprise du conflit à haute intensité », décrypte l’ancien collaborateur parlementaire, qui développe son entreprise de consultant en géopolitique du sport.

« Haïfa est située plus au nord, avec une mixité plus importante et une plus grande ouverture, poursuit-il. Et puis, le Trophée des champions était un match de gala, sans enjeu pour les Israéliens en tribune. Cette fois, les supporteurs seront davantage là pour encourager leur équipe que pour siffler un adversaire. »


Les fans du Maccabi Haïfa lors de la réception du Feyenoord Rotterdam au stade Sammy-Ofer, le 14 septembre 2021 en Ligue Europa Conférence.
Les fans du Maccabi Haïfa lors de la réception du Feyenoord Rotterdam au stade Sammy-Ofer, le 14 septembre 2021 en Ligue Europa Conférence. - Ahmad Mora / DeFodi Images / Sipa

Parler de ferveur du public n’est pas une simple facilité de langage lorsqu’on évoque le Maccabi Haïfa, capable d’attirer 3.000 supporteurs malgré la distance et le prix du voyage lors de l’ouverture de la C1, le 6 septembre à Lisbonne (victoire du Benfica, 2-0).  « C’est l’une des équipes les plus populaires du pays, et évidemment, du fait de la population de la ville [280.000 habitants, dont environ 20 % d’Arabes israéliens], elle compte beaucoup de supporteurs arabes », confirme Omer Einhorn.

Ce dentiste de 33 ans, aujourd’hui installé à Tel-Aviv, est un mordu des Verts, qui ont arraché ces deux dernières saisons leurs 13e et 14e sacres nationaux (seul l’Hapoël Tel-Aviv fait mieux avec 25 titres). « Sammy-Ofer est le meilleur stade du pays, sans aucun doute, reprend le trentenaire israélien. Les fans sont vraiment exceptionnels mais la politique, ce n’est pas du tout notre truc. »

« Je ne suis pas très optimiste »

Et pourtant, à la différence de Kévin Veyssière, Omer Einhorn n’exclut pas un accueil hostile réservé à Hakimi. « Je n’ai rien lu de spécifique à ce sujet, mais il est certainement possible qu’il soit hué », juge celui qui anime également un podcast autour du football avec des amis. Michael Vincendet, qui officie sur la chaîne Sport 5, détentrice des droits de la C1 en Israël, craint lui aussi quelques sifflets. Mais il insiste sur le fait que les supporteurs du Maccabi Haïfa ne considèrent pas leur stade comme une tribune politique. 

« Ce n’est pas du tout le cas, assure ce parfait francophone. Le derby politique, c’est l’Hapoël Tel-Aviv [marqué à gauche, « Hapoël » signifiant « ouvrier » en hébreu] contre le Beitar Jérusalem [connu pour ses fans proches de la droite nationaliste], surtout au moment des élections. C’est vraiment l’un des matchs les plus chauds. »



Du côté du stade Sammy-Ofer, c’est chaud aussi, mais lorsqu’il s’agit de pousser derrière les coéquipiers des Français Pierre Cornud et Dylan Batubinsika (formé au PSG pour la petite histoire). « C’est de la folie depuis plusieurs années, même lorsque le club a connu des années difficiles, il y a huit ou neuf ans, assène Michael Vincendet. Avec les maillots verts, ça rappelle aussi Saint-Etienne. Toute l’Europe va découvrir cette ferveur. »

Les supporteurs du Maccabi soutiennent aussi bien les joueurs juifs qu’arabes israéliens comme cette saison Mohammed Abu Fani ou Mahmoud Jaber (actuellement blessé). « Le meilleur buteur de l’histoire du club est Zahi Armeli [un Arabe chrétien] dans les années 1980-90 », poursuit le journaliste, qui sera présent mercredi soir pour les retrouvailles avec le PSG, 24 ans après l’élimination parisienne en Coupe des Coupes.

« Le championnat est de plus en plus ouvert, mais c’est vrai dans les deux sens, juge Kévin Veyssière, de FC Geopolitics. En 2020, Diaa Sabia est devenu le premier footballeur israélien à jouer dans un championnat arabe, à Al-Nasr [club de Dubaï]. Cet événement était venu matéraliser la reprise des relations diplomatiques entre Israël et ses voisins arabes, notamment avec les accords d’Abraham. Bahrein et les Emirats Arabes Unis ont reconnu Israël. C’est en cours avec le Soudan et le Maroc, et même avec l’Arabie saoudite, les relations sont en train de se réchauffer car, finalement, ces pays se sont rendus compte qu’ils avaient un ennemi commun dans la région, l’Iran. »

Cela n’empêche pas toujours les incidents dans les stades israéliens même à Haïfa, où Munas Dabbur avait été hué voici tout juste un an alors qu’il avait marqué et contribué à la victoire de la sélection sur l’Autriche (5-2) en éliminatoires de la Coupe du monde. L’attaquant arabe israélien, qui a pris sa retraite internationale en juillet dernier, avait publié en mai 2021 un message condamnant les raids de l’armée israélienne contre la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, à l’occasion de la même flambée de violence qui avait fait réagir Hakimi.

Lionel Messi dans l'oeil du cyclone en 2018

« Dès que le conflit est relancé, cette question revient aussi sur le devant de la scène dans le football car c'est le sport le plus médiatique et le plus populaire », constate Kévin Veyssière. L'annulation sous la pression palestinienne du match amical Israël - Argentine en juin 2018 illustre parfaitement ces propos, alors que la tension dans la région était remontée de plusieurs crans six mois quelques semaines après la mort d'une centaine de Palestiniens tués par Tsahal dans la bande de Gaza. 

De par sa popularité, Lionel Messi s'était retrouvé bien malgré lui dans l'oeil du cyclone. Pour faire pression sur l'Argentine, le président de la fédération palestinienne de foot avait demandé à la star du PSG, alors au Barça, « de ne pas participer au blanchiment des crimes de l’occupation [israélienne] », sous peine de « brûler » des maillots de la Pulga. Aucune menace de cet ordre cette fois concernant Hakimi.