Mondiaux d’athlétisme : Deuxième sacre pour Kevin Mayer au décathlon, première médaille pour la France

BIS REPETITA Le Français de 30 ans a apporté à l'équipe de France sa première médaille au dernier jour de compétition

20 Minutes avec AFP
Le Français Kevin Mayer célèbre après avoir remporté le décathlon aux Championnats du monde d'athlétisme, dimanche 24 juillet 2022, à Eugene, en Oregon.
Le Français Kevin Mayer célèbre après avoir remporté le décathlon aux Championnats du monde d'athlétisme, dimanche 24 juillet 2022, à Eugene, en Oregon. — David J. Phillip/AP/SIPA

A deux ans des Jeux de Paris et un an après l'argent olympique, Kevin Mayer a renoué avec l’or mondial du décathlon, cinq ans après son premier sacre et malgré une préparation tronquée, à Eugene (Oregon) dimanche.

Mayer sauve ainsi l’équipe de France d’un embarrassant zéro pointé, qu’elle n’a plus connu sur la scène internationale depuis les JO-2000, au moment où se profile la grand-messe olympique sur ses terres.

Double champion

A trente ans – il les a fêtés en février – il entre dans le club ultra-select des athlètes français doubles champions du monde en individuel, aux côtés de la légende Marie-José Pérec, couronnée sur 400 m en 1991 et en 1995, et de Eunice Barber, titrée à l’heptathlon en 1999 et au saut au longueur en 2003.

Comme un symbole, « One more time » des Daft Punk résonnait dans le mythique Hayward Field quand le double médaillé d’argent olympique (2016 et 2021) comblait les dernières centaines de mètres du 1.500 m qui le séparait d’un deuxième sacre mondial, cinq ans après le premier conquis à Londres en 2017.

Comme un symbole aussi, il a vécu à la perche un scénario similaire au précédent londonien, quand il a risqué le zéro avant de franchir 5 m à son troisième et dernier essai. Il y a cinq ans, il s’était fait la même frayeur à 5,10 m.

Une remontada

Certes, le détenteur du record du monde (9126 points en 2018) a bénéficié de circonstances favorables avec l’abandon du champion olympique en titre, le Canadien Damian Warner, touché à la cuisse gauche en plein 400 m en fin de première journée.

A mi-parcours, plombé par son mauvais lancer de poids, avec un meilleur jet à 14,98 m, très loin de son record (17,08 m), Mayer s’endort en sixième position provisoire pour son premier décathlon depuis les Jeux de Tokyo il y a un an. Sous un chaud soleil dimanche, il construit sa remontée au classement à la perche (5,40 m) et au javelot (plus de 70 m) notamment.

Au bout de ses dix travaux, il s’impose avec un total de 8.816 points devant le Canadien Pierce Lepage (8701) et l’Américain Zachery Ziemek (8676). Un accomplissement qu’il a accueilli les yeux remplis de larmes et les lèvres tremblantes quand la Marseillaise a été jouée en son honneur.

Un retour douloureux

C’est que Mayer gardait le souvenir de plusieurs décathlons douloureux et/ou malheureux, du zéro à la longueur aux Championnats d'Europe 2018 à Berlin aux Jeux de Tokyo traversés dos bloqué l’été dernier, en passant par son abandon aux Mondiaux-2019 à Doha, tendon (le gauche alors) récalcitrant déjà.

Sans compter qu’en début d’année, le Montpelliérain a été tracassé pendant de longs mois par son tendon d’Achille droit « en feu » – ce qui l’avait fait renoncer aux Mondiaux en salle à Belgrade début mars – et n’a repris la course qu’il y a deux mois.

Son destin en main

Ce retour sur la plus haute marche du podium mondial intervient alors que Mayer a décidé de prendre largement la main sur ses entraînements en se séparant au printemps de son préparateur physique Jérôme Simian. Au quotidien, il n’est plus accompagné que par Alexandre Bonacorsi, son ami d’enfance, à l’origine chargé de compiler ses données de performance (séances, séries, intensité de l’effort, etc.) mais qui « a engrangé de l’expérience depuis deux ans ».

« Ce mode de travail me plaît. J’ai adoré pendant le confinement, quand j’ai pu avoir un accès au stade : c’est là que j’ai sorti le meilleur de moi-même, que j’ai fait mes meilleures séances », retraçait Mayer auprès de l’AFP mi-juin. Seul au rythme d'« une séance sur trois dans chaque discipline, je vais chercher beaucoup plus loin dans mes retranchements pour trouver des solutions, pour progresser encore, et ça me plaît, expliquait-il. Quand je suis avec Alexandre, si ça ne va pas, je me repose sur lui pour trouver des solutions et je n’aime pas ça. Tout seul, c’est vraiment en mode toi contre toi-même. »

« Quand je travaillais avec Bertrand (Valcin, son entraîneur historique dont il s’est séparé en 2020), j’adorais être l’acteur de ma programmation. Les mecs qui m’entourent savent que je suis instigateur de ma progression », poursuivait le double champion du monde. A-t-il déjà les JO-2024 à l’esprit ? « Je me vois déjà au départ du 100 m avec un stade plein, répondait Mayer. Rien que là ça me donne des frissons. »