Tour de France : France Culture ressort l'affaire Armstrong avec un podcast sur l'enquête du journaliste qui a fait tomber l'Américain

ENQUETE Dans son podcast Mecaniques du journalisme, France Culture retrace l'enquête du journaliste qui a prouvé que Lance Armstrong se dopait

Xavier Regnier
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Lance Armstrong lors du Tour de France 2005.
Lance Armstrong lors du Tour de France 2005. — BORDAS/SIPA

L’histoire du parrain de la mafia, impitoyable et au réseau tentaculaire, contre l’enquêteur solitaire, obstiné et presque obsessionnel, tout le monde la connaît. On en a fait des livres, des films, des séries. Mais cette histoire est parfois réelle, comme quand Damien Ressiot, journaliste à L’Equipe, lève la main, volontaire pour écrire un article sur le dopage. La suite, sa réputation dans le milieu du cyclisme, le début de son enquête sur Lance Armstrong, les ruses, la publication, il les raconte dans la nouvelle saison du podcast «Mécaniques du journalisme» de France Culture, disponible à partir du mardi 28 juin et que 20 Minutes a pu consulter.

A l’arrivée de Damien Ressiot à L’Equipe, faire éclater un scandale sur l’EPO est presque impensable. D’abord parce qu’on « racontait n’importe quoi » à ce sujet, comme Guy Roux qui affirmait : « On peut le trouver dans des barres chocolatées ». Et puis parce qu’autour de lui, il n’y a que des journalistes « là pour raconter la légende du sport » et ne veulent pas « contrarier leur proximité avec les sportifs ». Le Tour de France repart en 1999, un an après l’affaire Festina, comme si de rien n’était malgré un article du Monde qui met en évidence la présence de corticoïdes dans des pots d’urine jetés. Damien Ressiot se forme, tisse un réseau auprès des scientifiques en même temps que sa réputation le précède sur les routes du Tour. « Ça ne me sert à rien d’aller sur le terrain, car les portes se ferment », constate-t-il.

« On ne peut pas le faire taire, ce Ressiot ? »

Alors comment se lancer à l’assaut du « défi ultime » Armstrong, « un type détestable, qui expulse les gens qui osent se mettre en travers de son chemin » ? Le cycliste Christophe Basson sera d’ailleurs exfiltré du Tour 1999 pour avoir mis en doute les performances de l’Américain. C’est là qu’entre en jeu le réseau unique de Damien Ressiot : en 2004, le laboratoire national de Châtenay-Malabry se penche sur les échantillons de 1999. Le but ? Améliorer leur technique de dépistage de l’EPO, mise au point en 2001 et depuis dépassée par ceux qui dopent. Pour le journaliste, c’est une occasion en or : les échantillons de Lance Armstrong vont pouvoir parler.

Démarre alors un véritable jeu de piste pour faire le lien entre les échantillons analysés mais anonymes et l’Américain. Damien Ressiot n’hésite alors pas à se rapprocher du patron de l’UCI, Hein Verbruggen, et de Lance Armstrong lui-même, pour obtenir le document-clé : le procès-verbal du prélèvement, sur lequel figurent le nom du coureur et le numéro des échantillons. Profitant d’être le seul au courant des analyses de Châtenay-Malabry, il explique pouvoir lever un autre doute : celui des médicaments qu’aurait pris Armstrong en 1999, alors qu’il revenait de son cancer. Il imagine même les discussions entre les deux hommes et Johan Bruyneel, le manager d’Armstrong, « un bon parrain » : « Ecoute, Ressiot c’est un con, il nous fait chier, mais là on a un intérêt ».

Le clan Armstrong marche, le journaliste récupère les précieux documents en Suisse, et fait le lien. L’Américain a bien été positif à l’EPO six fois en 1999. La publication n’est pas gagnée pour autant. Il faut trouver une autre source, pour protéger les personnes que Damien Ressiot à Châtenay-Malabry, obtenir le feu vert des avocats de L’Equipe, et passer outre le conflit d’intérêts du journal, propriété de la famille Amaury comme le Tour de France. Lors d’une réunion « épique », la propriétaire dira même « on ne peut pas le faire taire, ce Damien Ressiot ? », alors qu’il était présent. L’article sort finalement le 23 août 2005, quelques semaines après le septième sacre d’Armstrong. Ce n’est pas la fin de l’histoire pour autant : il faudra encore sept ans pour que le nom de l’Américain soit effacé du palmarès, après une enquête du FBI enterrée mais transmise à l’USADA.