Foot amateur : Comment, du côté de Toulouse, on calme les parents râleurs des petits footballeurs

PAPA, TU CRAINS Face aux incivilités qui s’amplifient sur le bord des terrains, le district de foot de Haute-Garonne lance une campagne de sensibilisation et prend des mesures concrètes pour calmer les parents un peu trop investis dans la « carrière » de leur progéniture

Hélène Menal
Un tournoi de jeunes. Illustration.
Un tournoi de jeunes. Illustration. — Mourad Allili - Sipa
  • Le District de Football de la Haute-Garonne veut apaiser le climat autour des équipes de jeunes et calmer les parents trop virulents.
  • Il lance ce mercredi, l’opération « Touche pas à mon foot », avec un clip montrant à quel point cette implication peut être gênante pour les jeunes joueurs.
  • Des chasubles vertes pacificatrices vont aussi faire leur apparition la saison prochaine et des sanctions sont envisagées.

Ramener les parents des jeunes footeux à plus de tempérance le long des mains courantes. Rappeler par exemple aux plus enthousiastes qu’il est inutile de « massacrer » l’équipe adverse et aux plus techniques que le coach est mieux placé qu’eux pour savoir si tel ou tel joueur doit évoluer devant ou derrière. Surtout quand il s’agit d’enfants de 6 à 12 ans. Voilà la philosophie de l’opération « Touche pas à mon foot », lancée ce mercredi par le district de la Haute-Garonne à travers un clip de deux minutes, tourné à hauteur d’enfant. Il a de quoi faire rougir plus d’un adulte pas très objectif, prompt à intimider un jeune arbitre ou à crier à l’injustice quand sa talentueuse progéniture se fait piquer la balle.

Évidemment, ces « enflammades » et incivilités parentales sont aussi vieilles que les tournois de foot et pas vraiment cantonnées à Toulouse ou sa campagne. « Mais le phénomène a tendance à s’amplifier un petit peu depuis le retour du confinement, en particulier lors des plateaux de foot animation [petits tournois du week-end] des 6-12 ans, sans enjeu, sans montée, sans descente, et où on a pourtant parfois l’impression de vivre de vrais matchs de Ligue des champions », explique Marco Sentein, le président du district.

« Imaginez qu’en classe, cinq parents assis au fond contestent les consignes »

« Il y a effectivement une évolution du comportement autour des balustrades, confie Bernard Maquoy, le président du club de Castanet, dans la banlieue de la Ville rose. Avec notamment une avalanche de consignes à des joueurs qui en fait sont contradictoires avec celles des coachs. Imaginez qu’en classe, quatre ou cinq parents assis au fond contestent les consignes de l’enseignant ». Le dirigeant se dit « tout à fait favorable à ce qu’on apporte des clés de comportement » notamment pour les cas – « beaucoup plus embêtants » – où « la passion se déchaîne contre les adversaires ou l’arbitrage ».

Parfois même, la colère se mue en agression. Comme à Cugnaux en septembre 2021. Pour une sombre histoire de quarantaine Covid-19 à respecter après les vacances, un père a agressé physiquement deux éducateurs.

Alors comment expliquer cette « excitation » au bord des pelouses ? « Il y a de plus en plus de parents qui se projettent en voyant les salaires des stars dans les médias. Ils se persuadent qu’ils ont un futur Mbappé ou Benzema à la maison », relève Marco Sentein. Et le phénomène n’est pas propre au foot. « D’autres fédérations du rugby, du basket et du hand », s’en inquiètent aussi auprès de lui.

Chasubles vertes

« Touche pas à mon foot » ne se résume pas un clip pour mettre la honte aux parents virulents. À compter de la saison prochaine, les clubs organisateurs de plateaux recevront trois chasubles vertes au nom de l’opération. Ils pourront demander à des parents pacificateurs de les endosser. Et ces derniers, tout comme les techniciens départementaux venus en observateurs, pourront faire remonter des signalements sur le site du district. « Ensuite, explique Marco Sentein, nous appellerons le président pour qu’il calme ses supporteurs. Et, si ça ne marche pas, l’équipe ne jouera pas la réunion suivante, tout simplement ». Sur ce point, Bernard Maquoy, pense qu’il faudra « manier l’idée avec précaution ». « Il faudra que les parents soient volontaires et aient une petite formation pour ne pas tomber dans la délation ou la vengeance entre clubs rivaux ».

Les éducateurs de jeunes seront, eux aussi, sensibilisés. En cas de mauvaise attitude, ils pourront récolter un « carton blanc », déjà en vigueur chez les seniors du District et qui entraînent 10 minutes d’exclusion temporaire. Et quand cela arrivera, ils devront désigner un joueur de champ pour purger la peine avec eux, quitte à devoir se justifier après auprès des petits. « Le but, c’est de leur rendre leur sport », martèle Marco Sentein.