Roland-Garros 2022 : Tsonga a fini sa superbe carrière « comme il voulait finir »

TENNIS Le Français a offert une bataille inespérée pour le dernier match d’une immense carrière, avant une cérémonie d’adieux très émouvante sur le Central

Julien Laloye
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Jo-Wilfried Tsonga et tout son clan pour ses adieux à Roland-Garros.
Jo-Wilfried Tsonga et tout son clan pour ses adieux à Roland-Garros. — Christophe ARCHAMBAULT / AFP

A Roland-Garros,

Commençons par nous mettre d’accord : celui qui n’a pas pleuré est un menteur. D’ailleurs, on veut la même pour notre pot de départ à la retraite, même si ce sera moins clinquant forcément, et pas avant 30 piges si on compte bien. Notez qu’on a bien pensé qu’il faudrait reporter à jeudi. Tsonga, qui n’a plus gagné un match depuis des mois a livré un combat insoupçonné à Casper Ruud, l’un des tauliers du circuit sur l’ocre, dans un Central de Roland-Garros vite charmé bien que trop longtemps assoupi sous ses rangées de Panama. Winogradsky, l’entraîneur des débuts, avait senti l’odeur du gros coup à l’échauffement du matin : « il tapait bien, détendu, avec les bonnes ondes. Je me suis dit pourquoi pas ».

On a cru au miracle

Et pourquoi pas ? Des premières balles de taureau en rut, des coups droits de mammouth, et même ses petites gourmandises inutiles qu’on a appris à apprécier avec le temps, comme ces revers à une main qui ne mènent à rien. A 6-5, service à suivre pour nous emmener au harem des cinquièmes sets, sous une Marseillaise à vous faire frissonner les poils des mollets, Jo faisait dix ans de moins. Sauf que l’épaule avait lâché sur le coup droit du break. « Il y avait du panache, un beau scénario, un adversaire solide en face, une blessure, ça résume un peu ma carrière, non ? ». Fin d’un long voyage : mille matchs en pro, dix-huit titres, six demi-finales de Grand Chelem, on vous épargne la page Wikipédia.


De toute façon, le plus beau est à venir. Une cérémonie préparée par Noura, sa femme, et Evelyne, sa maman, en cheville avec la Fédé. Tout le monde est là : ses entraîneurs depuis tout petit, ses potes, sa famille proche, et même, petite cerise sur le clafoutis, tous les joueurs français de son époque : Herbert, Gasquet, Monfils, et Simon, qui y passera bientôt lui aussi. C’est la chialance en tribunes, et Tsonga a du mal à rester digne, pendant que les hommages de Murray, Djokovic, Nadal, et Federer défilent sur l’écran géant. « J’ai toujours pris beaucoup de plaisir à perdre contre toi Jo, plaisante le Suisse. Profite de ce moment ».

Le discours du meilleur joueur tricolore du 21e siècle est un peu robotique, mais c’est un moyen de contrôler ses émotions. Beaucoup de remerciements, et une petite pique pour les médias, tiens. « Un jour j’étais Suisse, un jour j’étais Français, un jour j’étais le héros national, un jour j’étais l’usurpateur ». On passera l’éponge. Tsonga était Français tous les jours pour nous, et il nous aura fait croire à ce fichu Grand Chelem jusqu’au bout.

Benoît Paire, Richard Gasquet, et Gaël Monfils n'ont pas voulu manquer la dernière sortie de leur pote de promo.
Benoît Paire, Richard Gasquet, et Gaël Monfils n'ont pas voulu manquer la dernière sortie de leur pote de promo. - Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Combien de fois on s’est refait cette finale australienne de 2008, ce cinquième set qui lui tendait les bras face à un Djoko encore tout bébé. « Wino » s’y replonge tout seul : « Lui comme moi, on n’avait pas l’expérience, il était monté tellement haut, tellement vite… Il était plus fort que Djokovic ce jour-là mais il n’a pas su en remettre une couche quand il fallait et moi je n’ai pas su lui dire ». Sa carrière en aurait-elle été changée pour autant ? « Je ne suis pas sûr que ça l’aurait empêché d’avoir eu toutes ces blessures… »

Juste derrière Noah au panthéon

Il n’y aurait au moins pas eu débat sur la place du bonhomme dans le panthéon du tennis français : tout en haut, plus haut encore que Yannick Noah, peut-être, qui n’avait pas eu à se coltiner les trois meilleurs joueurs de l’histoire en même temps. Enzo, le frérot, s’en moque un peu. « Jo, c’est juste quelqu’un qui croit beaucoup en lui, qui a beaucoup d’audace, une grande force de caractère et c’est un bosseur. Aujourd’hui encore, il a repoussé ses limites. C’est beaucoup de fierté quand on voit des géants de ce sport parler de lui comme ça ». Leur accolade sur le court, a été un peu plus longue que les autres. « Je lui ai juste dit " merci de nous avoir fait rêver une fois de plus " ». Et nous avec. Bordel que c’est dur de vieillir.