Roland Garros 2022 : Comment Tsonga va léguer son héritage au tennis français

TENNIS A 37 ans, Jo-Wilfried Tsonga, qui affronte le Norvégien Casper Ruud au premier tour, prendra sa retraite dès son élimination sur la terre battue de Roland-Garros

François Launay
— 
Jo-Wilfried Tsonga va prendre sa retraite à l'issue de Roland-Garros
Jo-Wilfried Tsonga va prendre sa retraite à l'issue de Roland-Garros — Valery HACHE / AFP
  • Jo Wilfried Tsonga dispute à partir de mardi son dernier Roland-Garros.
  • Mais le meilleur joueur français des quinze dernières années n’a pas prévu de disparaître de la circulation.
  • Que ce soit dans son académie ou en tant que parrain de jeunes talents, Tsonga va continuer à transmettre son expérience et ses conseils à la nouvelle génération.

A Roland-Garros,

Voilà, c’est fini (ou presque). En lice mardi pour son dernier Roland-Garros, Jo-Wilfried Tsonga sera un retraité du tennis dans les prochaines heures ou les prochains jours. Une grande page du tennis française va se tourner. Meilleur joueur tricolore de ces quinze dernières années, « Jo » aura été le seul des quatre Mousquetaires à tutoyer un sacre en Grand Chelem en se hissant en 2008 en finale de l’Open d’Australie, sans oublier deux demi-finales à Roland mais aussi à Wimbledon, 18 titres en simple ou encore une Coupe Davis. Bref, du très lourd et pas mal d’émotions forcément avant la der des ders dans son tournoi favori.

« Sur toutes ces années, cela a été une suite de tournois fantastiques, la manière dont j’ai été porté par le public sur le Chatrier, le Suzanne Lenglen. Je suis ravi de mon parcours tennistique à Roland-Garros », expliquait vendredi Tsonga pour sa dernière conf d’avant-match. Mais que faire de tous ces souvenirs une fois les raquettes rangées et les trophées placés sur la cheminée ?

Un après-carrière déjà bien balisé

« Un joueur de tennis ce n’est pas comme un musicien. Par exemple, les Rolling Stones peuvent jouer des concerts au Stade de France à 75 ans alors que quand un tennisman décide d’arrêter c’est fini. Tu te dis : « J’ai une famille, j’ai des enfants, je suis à l’abri du besoin financièrement. Je finis la saison et je vais faire autre chose ». C’est un moment très particulier », reconnaît Guy Forget qui est aussi passé par là il y a près de 30 ans.

Mais pour Tsonga, 37 ans au compteur, l’après-carrière semble déjà bien balisé. Si certains joueurs préfèrent se replier dans leur cocon et tout couper une fois arrivé le (jeune) âge de la retraite, le Manceau n’a pas encore prévu de raconter ses souvenirs au coin du feu. Au contraire, Tsonga compte bien transmettre son vécu et son expérience du haut niveau aux plus jeunes.

Tsonga transmet déjà son expérience aux plus jeunes

Depuis trois ans, Tsonga travaille avec son entraîneur historique Thierry Ascione au développement de la All In Académy. Un projet pharaonique de plusieurs millions d’euros réparti sur trois centres d’entraînement (Paris, Villeneuve-Loubet et Lyon en 2023). Une structure énorme, 100 % privée, sorte de country club à l’américaine, qui vise à former les stars de demain via le tennis évidemment mais aussi les études. Le tout sous couvert de l’expertise du meilleur joueur français de sa génération.

« Par le biais de l’académie qu’il a mise en place, Jo va passer du temps et essayer de convaincre les jeunes que c’est possible. Il va leur montrer quelle est sa méthode mais ce sera aux joueurs de trouver le chemin », explique Guy Forget. « C’est une transmission qui est hyper riche et qui peut faire gagner beaucoup de temps aux jeunes joueurs », poursuit l’ancien tennisman Arnaud Clément, consultant sur Prime Video.

« Il m’a redonné confiance car on peut vite stresser à 15 ans »

Mais il n’y a pas que dans son académie que Tsonga explique sa méthode. Depuis 2018, le joueur est le parrain de la Team Jeunes Talents BNP Paribas. Cette structure mise en place conjointement par BNP Paribas et la FFT permet à une centaine d’espoirs du tennis français de bénéficier d’un soutien financier mais aussi des conseils de différents experts pour mener au mieux leur carrière. Plusieurs fois par an, le champion raconte déjà son expérience du haut niveau et donne des conseils aux futures pépites du tennis français comme Sarah Iliev, âgée de 15 ans, qui a eu longtemps un poster du joueur dans sa chambre.

« Il intervient par exemple sur des situations de stress qu’on peut rencontrer en match. Il nous a donné son avis à travers ses expériences de joueurs. Ça m’a permis de me rendre compte que c’était normal de ne pas sentir la balle tous les jours. Il m’a redonné confiance car on peut vite stresser à 15 ans. Je trouve ça vraiment intéressant qu’un champion comme lui puisse nous parler de ça. On peut lui parler de tout, il est ouvert et fait tout pour nous aider quand on lui pose des questions », apprécie la jeune joueuse.

« Ça nous booste de côtoyer des joueurs comme ça »

« Il a vraiment un rôle de grand frère », apprécie Arthur Cazaux, 19 ans et autre membre de la Team Jeunes Talents. « Il nous donne des conseils sur le mental, la diététique ou encore la technique, tout ce qui englobe le tennis quoi. Ça nous aiguille dans notre début de carrière et c’est top car Tsonga est un joueur modèle. C’est bien qu’un joueur comme lui puisse nous transmettre son expérience. Ça nous booste de le côtoyer, c’est un vrai plus pour des jeunes comme nous et on aimerait bien continuer à le côtoyer. », espère le 320e joueur mondial.

Ça tombe bien, le futur retraité n’a pas prévu d’arrêter de donner des conseils aux jeunes. Bien au contraire, entre son académie privée et la structure soutenue par la FFT, l’ex numéro 6 mondial a donc fait du partage d’expérience sa priorité d’après-carrière. Ce qui n’a pas toujours été le cas par le passé chez les anciens joueurs comme Arnaud Clément.

« Je m’étais toujours dit qu’à la fin de ma carrière, ça me plairait d’entraîner, de transmettre. Mais j’ai ma vie de famille et je ne serai pas capable aujourd’hui de repartir sur un rythme de 30-35 semaines loin de chez moi. Mais il y a plusieurs manières de transmettre à différents degrés. Par exemple, avoir une académie, c’est encore autre chose, c’est une autre gestion. Après, il y en a qui n’ont pas envie, qui n’ont pas la fibre », reconnaît l’ancien tennisman. Pendant longtemps, rares ont été les anciens joueurs français à venir coacher les jeunes dès leur fin de carrière. Pas l’envie, pas le temps, pas le palmarès aussi. Avec Tsonga, la formation à la française est peut-être enfin en train de trouver ce qui lui manquait depuis un bail : la transmission.