Open d'Australie: A quoi aurait ressemblé la carrière de Tsonga s'il avait battu Djokovic à Melbourne en 2008?

TENNIS Et si dans une autre vie, Tsonga avait battu Djokovic...

William Pereira

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Si seulement les trophées étaient inversés
Si seulement les trophées étaient inversés — TORSTEN BLACKWOOD / AFP
  • Jo-Wilfried Tsonga affronte Novak Djokovic au deuxième tour de l'Open d'Australie
  • Il retrouve son bourreau de la finale de 2008
  • Un match qui aurait pu changer sa carrière s'il l'avait remporté. Ou pas. 

A l’heure où le « ten years challenge » sévit sur les réseaux, les retrouvailles entre Jo-Wilfried Tsonga et Novak Djokovic au deuxième tour de l’Open d’Australie, onze ans après la finale de 2008, tombent presque à pic. Cette année-là, le Manceau avait écarté – entre autres - un Murray déjà quasi top 10, un Richard Gasquet 8e mondial et poutré Rafael Nadal en demies (6-2, 6-3, 6-2) pour venir s’écraser contre le mur serbe en finale. Performance inédite dans la carrière du Français et jamais égalée dans un tournoi de cette ampleur malgré une régularité fort respectable en Grand Chelem (cinq demi-finales).

Manque d’expérience

Les années ont défilé, mais Melbourne 2008 s’impose toujours comme la plus grande œuvre inachevée du tennis masculin tricolore au XXIe siècle, avec le lot de frustrations et de fantasmes que cela implique. Que se serait-il passé si Novak Djokovic n’avait pas sauvé cette balle de break à 5-5 dans la quatrième manche ? Où en serait aujourd’hui la carrière de Jo s’il avait soulevé le trophée à la place de Nole ? « Je pense que ça aurait pu modifier un peu celle de Jo s’il avait gagné cette finale en 2008 », croit savoir l’ex-joueur et capitaine de Coupe Davis Jean-Paul Loth. Contacté par 20 Minutes, le mentor de Tsonga à l’époque, Eric Winogradsky abonde

« Gagner un titre majeur ça change toujours d’après moi beaucoup de choses. […] Les autres ne vous regardent plus de la même manière. Ça donne un surplus de confiance en soi, même si c’est pas quelque chose qui manque aux grands champions. Ça donne de l’assurance. »

Loth confirme, estimant qu’une victoire finale à Melbourne aurait fourni au Manceau un matelas d’expérience utile pour les années à suivre (« cet acquis l’aurait peut-être à aller encore très loin dans un Grand Chelem. Quand on a une fois confiance à ce niveau, ça peut se reproduire. ») Expérience dont Tsonga manquait, de son propre aveu, lors de ce qui était sa première finale sur le circuit principal en 2008. « D’un coup, je passais du petit gars de Savigné-l’Evêque qui allait à la pêche avec ses potes dans la Sarthe à un finaliste en Grand Chelem ! » « Ce qui a manqué à Jo c’est que c’était sa première grande finale sur un tournoi, même pas un grand tournoi mais ne serait-ce qu’un tournoi du tour. Il n’y a qu’à voir la fois suivante, il a rejoué Djokovic à Bangkok et ça s’est passé d’une autre manière [victoire de Jo en deux manches] », ajoute Wino.

Intéressant mais rien qui nous dise ce qu’il se serait passé si Jo l’avait battu A MELBOURNE en 2008. Pas à Rio, à 's-Hertogenbosch ou en Papouasie. Mais bon, paraît qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, donc on a imaginé la fin alternative comme des grands.

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Malmené pendant le 2e et 3e set par Djoko après avoir remporté la première manche, Tsonga retrouve sa première balle et son coup droit pour faire le break à 5-5 dans le quatrième et embarquer le Serbe dans un cinquième set à sens unique (6-2). Jo jubile tandis que le finaliste perdant mettra la défaite sur le compte d’une intoxication au gluten.

Oui, bon, la main est blanche
Oui, bon, la main est blanche - AFP (Montage WP)
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Incontournable membre du Big Four depuis son succès à Melbourne, le Français rêve maintenant d’un succès à la Porte d’Auteuil pour succéder à Yannick Noah. Après sa victoire sans appel contre Federer en quarts, il maîtrise à l’expérience David Ferrer en demies, mais doit s’incliner devant la supériorité de Rafael Nadal en finale, à qui il arrache malgré tout le premier set.

Tsonga avait perdu contre Ferrer dans la vraie vie
Tsonga avait perdu contre Ferrer dans la vraie vie - PATRICK KOVARIK / AFP
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Fort d’un parcours bien géré malgré la bataille en cinq manches contre Nishikori en quarts, Tsonga joue sa deuxième demie à Roland contre Wawrinka qu’il connaît bien pour l’avoir battu en finale de Coupe Davis 2014 (remportée par les Bleus). Jo a du mal à se mettre dedans mais se qualifie en mode diesel pour la finale en quatre manches (3-6, 7-6,7-6, 7-6). Nadal absent, il maîtrise facilement un Novak Djokovic toujours en quête de son premier succès en Grand Chelem en finale et fait enfin oublier Yannick Noah.

Ca se serait passé exactement comme ça
Ca se serait passé exactement comme ça - MIGUEL MEDINA / AFP
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Incapable de garder son titre à Roland, Jo fait briller sa première balle et son coup droit ravageur au All-England Club, dans un tournoi marqué par sa remontée épique contre Murray en quarts et une fin de parcours facile contre les sans-mental Berdych et Raonic pour s’offrir un troisième titre majeur et monter sur le trône du tennis mondial.

Jo-Wilfried Tsonga
Jo-Wilfried Tsonga - AFP (Montage WP)

Tout ceci eut été beau mais notre histoire omet une donnée cruciale : le physique récalcitrant de Tsonga, principale source de regrets du Français et de son entourage, bien plus encore que l’échec de 2008. Winogradsky : « Quand on se retourne sur ces moments qui étaient fabuleux mais il y en a eu bien d’autres, en fait, la plus grande frustration, c’était encore le cas l’année dernière, il n’a jamais été en mesure d’enchaîner sur une période suffisamment longue pour pouvoir se rapprocher des tous meilleurs et de la victoire finale. A chaque fois qu’il a été en situation de, malheureusement il a été stoppé par une blessure. »

Sur un one-shot, on sait jamais…

Mais ne ramener l’échec de l’ancienne tête de gondole du tennis français qu’à ses pépins, c’est oublier tout le reste, c’est oublier que devant, il y avait quatre - cinq ou six en rajoutant Wawrinka et Del Potro - joueurs au-dessus en termes de talent. Jean-Paul Loth est là pour le rappeler.

« Tsonga fait partie de cette catégorie de joueurs, avec Berdych, avec Ferrer, qui n’a jamais pu malgré un travail acharné et constant se départir de cette 5-6e place mondial pendant que les quatre autres trustaient le podium pendant 10 ans. S’il est resté collé derrière les tops, c’est qu’il était vraiment en dessous au niveau des qualités naturelles. »

A l’inverse, Loth est d’avis à penser qu’une défaite de Novak Djokovic contre le Manceau n’aurait rien changé à son destin (« Il était très jeune, ça lui aurait fait une première finale perdue, bon, ok… Ça ne lui aurait pas enlevé ses qualités de base »). Un joueur au-dessus du lot finit toujours par gagner. Murray a perdu cinq finales avant de glaner un Grand Chelem. Wawrinka a attendu d’avoir 30 balais pour se révéler. De fait l’Open d’Australie 2008 aurait pu être à Tsonga ce que l’US Open est devenu pour Del Potro et Cilic. Un one-shot auquel Winoradsky croit encore.

« Je pense qu’il a encore une petite chance, elle est petite mais elle existe. Ça sera dur mais il va s’y accrocher si son corps lui en laisse la possibilité. » Réussir à faire mentir les pronostics contre Djoko sur son terrain favori pourrait le mettre sur la bonne voie, et le Français n’a pas manqué de rappeler en conférence de presse que son parcours doré, il y a onze ans, s’est fait dans la peau de l’outsider. « C’est comme si j’étais de retour en 2008 : les gens attendent moins de moi, je travaille de mon côté et j’essaie de revenir, de progresser. » Reste à changer la fin de l’histoire.