Basket : Des stars, des perfs, de la densité... La Betclic Elite est « passée dans une autre dimension »

BETCLIC ELITE Le championnat de France de basket, la Betclic Elite, s'est nettement amélioré grâce aux locomotives Monaco et l'Asvel, mais il cherche encore la recette pour développer son attractivité

Antoine Huot de Saint Albin
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Le meneur de l'Asvel Elie Okobo face à Dijon, en octobre dernier.
Le meneur de l'Asvel Elie Okobo face à Dijon, en octobre dernier. — Lyubomir Domozetski/SPP/Shutters/SIPA
  • Les play-offs de Betclic Elite commencent ce mardi.
  • Dans les pas de Monaco et l'Asvel, l'ensemble du championnat de France a connu une énorme amélioration cette année.
  • Mais il reste quand même quelques axes de progression pour développer l'attractivité de la compétition.

Vous souvenez-vous du contre de Nicolas Batum en demi-finale des JO à Tokyo, en août 2021 ? Nous, très bien. C’est même la dernière fois qu’on s’est dézingué la voix devant du basket français. Et on attendait fébrilement l’Euro, début septembre, pour se remettre à pousser derrière Vincent Collet et ses ouailles. Sauf que, entre-temps, on a été pris au collet par Monaco, qui a réalisé une deuxième partie d’Euroligue incroyable, au point de se qualifier pour le Top 8 et même de chatouiller l’Olympiakos pour une place au Final Four.

Le match 5 en Grèce, au Peace and Friendship Stadium, qui portait mal son nom ce soir-là, nous a même faits, en vain, décoller de notre canapé, à vibrer derrière Alpha Diallo, Mike James et compagnie. Et on n’est pas les seuls à avoir pris notre pied. « C’est la première fois depuis longtemps [Villeurbanne en 1997] qu’on a espéré avoir une équipe en Final Four », commente Vincent Collet, entraîneur de Boulogne-Levallois, élu entraîneur de l’année en Betclic Elite, nouveau nom du championnat de France cette saison.



« Ça tire tout le monde vers le haut »

Le sélectionneur de l’équipe de France se réjouit d’ailleurs d’avoir ces deux « locomotives », avec l’Asvel, dans le championnat de France pour amener tout le monde vers le haut : « La qualité du championnat est montée, il y a une évolution nette. C’est le fait des deux gros, qui sont formatés Euroligue. Cela permet d’avoir derrière d’autres clubs qui ont construit des équipes compétitives. Moins complètes et un peu moins fortes que ces deux-là, mais ça tire tout le monde vers le haut. Cette année, on avait une dizaine, une douzaine d’équipes compétitives. Et on n’a pas toujours été dans ce format-là. »

Preuve en est, la lutte pour les play-offs, qui commencent ce mardi, a été acharnée jusqu’à la dernière journée. Cholet a eu le dernier strapontin, au détriment du Mans et de Nanterre. Même en bas du classement, le combat a été rude, et l’ambitieux projet du Paris Basket a failli faire l’ascenseur directement avant de se sauver là aussi à la dernière journée. Bref, du suspense partout et des scénarios fous : « Le championnat a pris une autre dimension, avec l’émergence de Monaco et le projet ambitieux de l’Asvel, confirme Pascal Donnadieu, le coach de Nanterre. Il y a une grosse densité. Mais les plus gros budgets restent en haut. »

Encore des progrès à faire

Boulogne-Levallois, longtemps en tête de saison régulière, est ainsi le 4e budget de feu la Pro A. Le 3e, derrière Monaco et l’Asvel, donc, est Pau-Orthez. Passé sous pavillon américain l’été dernier, le club béarnais a remporté la Coupe de France, son premier trophée depuis 2007. « C’est un championnat qui est devenu très dense, avec beaucoup de talents, de jeunesse, reconnaît Chris Singleton, l’une des voix basket de BeIN Sports, qui diffusera tous les play-offs. J’étais très impressionné par le niveau des étrangers, comme Will Cummings, MVP de la saison, et des joueurs français aussi. Il y a, par exemple, une qualité impressionnante chez les meneurs. »

Reste que, le championnat, même s’il a progressé sur bien des aspects, est encore loin de la meilleure nation européenne, l’Espagne. Et les points d’amélioration sont nombreux : « Par exemple, nous, coachs, sommes concernés. Notre progression va permettre d’aider nos équipes à s’améliorer », explique Vincent Collet, qui sait de quoi il parle. Après avoir été licencié de Strasbourg, il a pris un an de pause et en a profité pour se mettre à la page pour revenir encore meilleur avec les Mets 92 :

J’ai beaucoup travaillé sur tous les éléments du coaching, j’ai fait un travail de veille en regardant énormément de matchs. Cela fait partie de la vie du coach, mais on n’a pas toujours le temps d’étudier le jeu, voir ce qui se fait ailleurs, quand on est dans la machine à laver. »

Le problème de l’exposition

« On est un championnat atypique, avec des qualités physiques et athlétiques hors-normes, reprend Pascal Donnadieu. Il faudrait qu’on améliore, qu’on mélange ça avec des joueurs avec plus d’intelligence, de QI basket. Il faut encore améliorer les acteurs pour que le spectacle soit de meilleure qualité possible. » Et comment améliorer tout ça ? Avec plus d’argent, évidemment. Si les budgets des clubs français sont en nette croissance, il leur est toujours difficile d’attirer les meilleurs joueurs européens et il leur est parfois même compliqué de garder les pépites, rêvant de NBA ou d’Euroligue, sorties du berceau.

Alors, où chercher l’argent ? Pascal Donnadieu a une idée bien précise : « Pour un sport de notoriété publique, avec une équipe de France qui brille, et un club du championnat aux portes du Final Four, on a un contrat télé à 0 €. C’est là où le bât blesse. Les progrès accomplis sur le terrain ne sont pas beaucoup mis en valeur. Le rugby a fait des progrès incroyables en la matière. Nous, on est à des années-lumière. Il faut bien vendre notre produit. »

« Des audiences élevées »

Pourtant, depuis décembre, une affiche du championnat est diffusée chaque semaine sur beIN Sports. « Ils ont apporté une grosse crédibilité, reconnaît Nicolas Lang, arrière de Limoges. Depuis qu’ils diffusent le championnat, j’ai beaucoup de messages de personnes qui ne m’ont jamais écrit après un match. La qualité des images, de la retransmission, des commentaires, c’est quelque chose de très important pour le basket français. »

D’autant que les retours sont bons, à en croire Chris Singleton : « On ne mélange pas les choses : quand on fait un match de Betclic Elite, on ne parle pas de NBA. On met la lumière sur le championnat, les individus. Les audiences sont élevées [les chiffres ne nous ont pas été communiqués]. Si tout va bien, on croise les doigts, c’est une aventure que la chaîne souhaite continuer, parce qu’on a vraiment de bons retours. » Il ne reste plus qu’à faire péter le portefeuille pour que tout le basket français en profite. C’est ça, le ruissellement.