Roland Garros 2022 : Amélie Mauresmo, une directrice pas si novice que ça

TENNIS L'ancienne numéro 1 mondiale va vivre son premier Roland Garros en tant que directrice du tournoi

François Launay et Nicolas Camus
— 
Amélie Mauresmo est la première femme à diriger le tournoi de Roland-Garros
Amélie Mauresmo est la première femme à diriger le tournoi de Roland-Garros — Lucas Barioulet / AFP
  • Nommée en décembre dernier directrice de Roland Garros, Amélie Mauresmo est la première femme à occuper ce poste.
  • Une fonction taillée sur mesure selon ses proches, en raison notamment de sa personnalité.
  • L’ex-numéro 1 mondiale devra sans doute apprendre à gérer de nombreux imprévus, mais elle arrive dans de bonnes conditions à la tête de ce tournoi qui se déroulera sans contraintes sanitaires pour la première fois depuis trois ans.

Une évidence. Quand Amélie Mauresmo a été nommée en décembre dernier directrice de Roland-Garros, une première pour une femme, personne dans son entourage n’est tombée de sa chaise. Il faut dire que l’ancienne championne a l’habitude de défricher avec succès des terres inconnues, comme le rappelle Camille Pin.

« Je trouve qu’elle a beaucoup plus cassé les codes comme pionnière quand elle est devenue entraîneur d’Andy Murray (en 2014). Aujourd’hui, cette nomination coule de source. Qu’une femme comme Amélie soit directrice d’un des plus grands événements sportifs au monde, c’est génial mais elle ne l’est pas parce que c’est une femme. Elle a surtout cette légitimité d’être directrice d’un tournoi du grand chelem en tant qu’ex-numéro 1 mondiale (en 2006) et double vainqueur de grand chelem. C’est une nouvelle ère mais c’est tellement logique », assure l’ex-joueuse pro, désormais consultante pour Amazon.

« Quand elle est investie dans un projet, il faut que ça file droit »

Pour tout le monde ou presque, ce nouveau rôle de patronne de Roland-Garros était forcément taillé pour elle. Sauf que l’ancienne championne âgée de 42 ans assure que non. « Ce n’était pas un plan de carrière. Je ne l’avais pas envisagé mais le défi m’a semblé intéressant » a assuré Mauresmo le 12 mai dernier sur France Inter.

Bon, même si elle a toujours été plus à l’aise sur l’herbe de Wimbledon que sur la terre battue de la Porte d’Auteuil, on n’est pas non plus obligé de la croire sur parole. Car sur le papier, elle a toujours eu la gueule de l’emploi. « Elle a cette rigueur, ce cadre qu’elle s’est fixée tout au long de sa carrière. Ce n’est pas en faisant n’importe quoi qu’on devient numéro 1 mondiale. Quand elle est investie dans un projet, il faut que ça file droit. Toute l’exigence qu’elle s’est imposée dans sa carrière, on le ressent quand on travaille avec elle. Il faut que les choses soient bien faites », assure l’ex-joueuse Pauline Parmentier qui a eu Mauresmo comme capitaine en Fed Cup.

« Roland-Garros, c’est une énorme machine mais qui est très bien rodée »

Mais avoir été leader sur un court ou dans un vestiaire est-il suffisant pour faire passer ses messages depuis un bureau aux 400 personnes qui bossent sur Roland-Garros ? Oui, selon Guy Forget, son prédécesseur à ce poste.

« Roland-Garros, c’est une énorme machine mais qui est très bien rodée. Quand tu débarques là-dedans, tu apprends des nouvelles choses chaque mois. Amélie va se faire aider, conseiller, et elle va amener sa petite touche. Je ne suis pas inquiet pour elle. Amélie adore le tennis, elle aime ce tournoi et elle est appréciée de l’ensemble des Français. Je suis convaincu que le feeling va très bien passer dans ce rôle avec les acteurs de Roland », poursuit l’ancien patron du tournoi (2016-2021).

Une première expérience de directrice à l’Open GDF-Suez

Surtout que Mauresmo n’en est pas à son coup d’essai. Tout le monde l’a oublié ou presque mais la tenniswoman a déjà dirigé un tournoi. De 2011 à 2014, elle était à la tête de l’Open féminin GDF-Suez où elle partageait la direction avec Régis Brunet. A lui, la gestion du tournoi, à elle la promotion médiatique de l’événement et les relations partenaires.

« Ça s’est bien passé, jusqu’au moment où Engie a décidé d’arrêter le tournoi, se souvient Régis Brunet. Amélie a bien fait son travail, mais était un peu frustrée de ne pas pouvoir accueillir les meilleures joueuses par manque d’argent. Elle ne pouvait pas aller au bout de ce qu’elle voulait faire, notamment en termes d’animation. Ce ne sera pas le cas à Roland-Garros. »

Lors de la conférence de presse de présentation de Roland, petit avant-goût de ce qui attend Mauresmo pendant les 15 prochains jours.
Lors de la conférence de presse de présentation de Roland, petit avant-goût de ce qui attend Mauresmo pendant les 15 prochains jours. - CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Le changement de dimension entre l’Open féminin et le tournoi du Grand Chelem ne sera sûrement pas simple à gérer. « Roland-Garros est un tel paquebot que le plus dur pour elle sera d’arriver à se faire sa place. Et je pense que ce ne sera pas facile de le faire entre Gilles Moretton (président de la FFT) et Amélie Castéra (directrice générale de la FFT) . Il faudra voir qui va prendre les décisions, qui va communiquer. Je pense qu’elle a la personnalité pour s’imposer mais il faut surtout que les trois arrivent à bien s’entendre. Le plus dur commence », poursuit Régis Brunet.

Pour se faire sa place, Mauresmo pourra toutefois s’appuyer sur sa personnalité assez rassembleuse. « Le charisme, on peut l’avoir en dégageant quelque chose de très fort, ou de très austère parfois. Elle, elle a un charisme qui réchauffe, estime ainsi Camille Pin. On s’est toujours senti proche d’elle. C’est une joueuse qui était très sensible et d’ailleurs, on l’a peut-être parfois un peu taillée là-dessus. Mais malgré cette sensibilité, elle va transmettre ce côté humain. En tant que directrice, il y a ce besoin de proximité. »

« Tu veux satisfaire le plus de monde possible mais des fois tu déplais à certaines personnes »

Très bonne en relationnel, Mauresmo est du genre à appeler directement les joueurs pour leur annoncer qu’ils ont reçu une wild-card pour le tournoi. Même si la bienveillance peut vite atteindre ses limites dans le millier de choses à gérer quand on est à la tête du tournoi.

« Quand on se lève le matin, il y a un rayon de soleil, a priori tout va bien et puis il y a plein de problèmes qui arrivent. Il y a toujours des arbitrages à faire. Tu veux satisfaire le plus de monde possible mais des fois tu déplais à certaines personnes. Ce n’est pas toujours simple », reconnaît Guy Forget, qui va cette fois pouvoir suivre l’événément avec un peu plus de recul en tant que consultant pour Prime Video. L'ancien patron des lieux ne dit pas ça au hasard. Il se souvient bien qu'il y a trois ans, Mauresmo avait poussé un gros coup de gueule contre la programmation des deux demi-finales dames à 11h00 sur d'autres courts que le Central.

Un cru 2022 aux airs de renouveau

Reste que l'ancienne numéro 1 mondiale a quand même du bol pour sa première édition à la tête du tournoi. Plus de masques, plus de couvre-feu, plus de jauges, un stade tout neuf et des night sessions enfin remplies, le cru 2022 est un peu celui du renouveau de Roland-Garros après deux ans de crise sanitaire.

« On est dans une période importante, une période de transition sur Roland avec beaucoup de nouveautés l’an passé qu’il faudra optimiser notamment avec les night sessions à pleine capacité. Ça va être une autre envergure », estime l’ancien joueur Arnaud Clément. Une nouvelle page du tournoi s’ouvre, ce qui pourrait éviter à Mauresmo d’entrer dans le jeu des comparaisons. Il n’empêche, tout le monde attend de la voir à l’œuvre dans ce nouveau plongeon sur terre battue.