Touch : Qu’est-ce donc que ce cousin du rugby qui se joue tout en caresses ?
HORS-TERRAIN•Le Touch rugby est un sport encore tout frais dans l’Hexagone. Il aspire à gagner en crédibilité et en nombre de licenciésLuc Sorgius
L'essentiel
- Chaque jeudi, dans sa rubrique « Hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
- Cette semaine, focus sur le Touch, un sport importé d’Australie au début des années 2000 qui ressemble beaucoup au rugby. En apparence.
- Dans les faits, le Touch s’affirme comme une discipline complémentaire de ce cousin éloigné, avec ses propres règles et sa propre fédération.
Un ballon ovale que l’on aplatit derrière une ligne d’en-but, des passes vers l’arrière, une franche camaraderie et beaucoup d’intensité… Pour qui observe de loin le ballet en chasubles sur le terrain d’entraînement de la Rotonde, à Strasbourg, la scène ressemble à s’y méprendre à un entraînement classique de rugby. A un détail près : ici, les plaquages sont proscrits et la différence se fait du bout du doigt.
Bienvenue dans le monde merveilleux du Touch, discipline née en Australie dans les années 1970 et importée en France au début du millénaire, dont le nom se prononce à l’anglaise et s’adjoint encore régulièrement la mention « rugby ». Impossible de ne pas évoquer la filiation directe entre les deux sports, tant le Touch s’est inspiré de ce cousin éloigné pour définir les grandes lignes de son règlement.
« Une ambiance hyper chouette »
Sur le pré en revanche, les différences sont fondamentales. Outre l’absence du plaquage, il est interdit de jouer au pied ou de percuter l’adversaire. Chaque équipe est composée de six joueurs et/ou joueuses, qui s’affrontent deux fois vingt minutes sur un terrain de 70 mètres sur 50. Ah, et comme son nom l’indique, il suffit de toucher le porteur de balle, ne serait-ce que du bout des ongles, pour le stopper et engendrer une nouvelle phase de jeu. Il s’agit donc de se faufiler telle une anguille pour aplatir le cuir derrière la ligne d’en-but adverse, et ainsi marquer un essai qui compte pour un seul et unique point.
Autre particularité du Touch : la mixité. Comme chaque jeudi, les Lions de Strasbourg se retrouvent pour l’un des deux entraînements hebdomadaires. Parmi la vingtaine de personnes qui s’échauffent dans une atmosphère à la fois sérieuse et rigolarde, sept femmes se disputent à leurs coéquipiers le bon mot qui fera rire l’assemblée. Pour le plus grand plaisir de Clémentine, 26 ans : « L’aspect mixte, c’est vraiment un plus parce que tu as le meilleur des deux. Et l’ambiance est vraiment hyper chouette ».
« Je n’ai pas arrêté le rugby parce que c’était trop violent »
Ancienne rugbywoman, elle s’est convertie au Touch il y a trois ans. Et elle l’assure : « Je n’ai pas arrêté le rugby parce que c’était trop violent, j’aimais bien ça. » La jeune femme a surtout trouvé « un bon compromis » dans cette nouvelle discipline. « Il y a le côté sport d’équipe, le côté "ballon ovale", mais sans l’appréhension du plaquage. »
Clémentine cite l’exemple d’une copine venue au Touch après avoir essayé le rugby « parce qu’elle n’aimait pas trop le contact », ou encore « des anciens du rugby qui se sont blessés gravement et ne peuvent plus pratiquer ». « Ça leur fait garder le plaisir du sport. Le Touch, c’est vraiment un bon complément du rugby, que ce soit la porte d’entrée ou de sortie. »
« Un super moyen de faire entrer les gens dans le monde de l’ovalie »
Un point que partage Thibault Zettel, directeur du développement chez Touch France, l’équivalent fédéral de ce sport encore méconnu. « On ne remplace pas le rugby, indique-t-il. Au contraire, c’est même un super moyen de faire entrer les gens dans le monde de l’ovalie. » Avant de citer l’exemple australien et son million de pratiquants. « Et il existe beaucoup de pays dans le monde où plusieurs types de rugby existent. »
Aussi s’attendait-il à ce que la puissante Fédération française de rugby (FFR) s’intéresse à ce sport « très exigeant, dans lequel il faut être très agile, mobile et avoir un très bon cardio ». Les caractéristiques d’un joueur de rugby moderne, en somme. Sauf que cela ne s’est pas passé comme prévu. « La FFR n’a pas voulu développer cette discipline et met en avant un rugby à 5 pour lequel il n’y a pas de règles établies. Contrairement au Touch qui s’appuie sur une fédération internationale. »
« 35 % de femmes » parmi les 2.000 licenciés
Avec 2.000 licenciés, dont « 35 % de femmes », le Touch œuvre encore pour se bâtir une crédibilité dans le paysage sportif français. Pour cela, une demande d’agrément va être déposée ce mois-ci auprès du ministère des Sports. « L’agrément serait déterminant pour lever certains freins. Dans le rugby, beaucoup nous voient comme du sous-rugby », estime Thibault Zettel, qui garde dans un coin de la tête la Coupe du monde organisée dans l’Hexagone en 2023.
« Notre objectif, c’est d’être reconnu à la hauteur de ce que l’on peut représenter et d’augmenter le nombre de pratiquants pour atteindre les 5.000 licenciés d’ici trois ans. Je n’ai aucun doute sur le fait que notre potentiel soit énorme. » Le directeur du développement compte notamment sur la vingtaine d’écoles de Touch déjà existantes, réparties sur tout le territoire. « Elles rencontrent déjà un franc succès. A Strasbourg par exemple, pour la troisième saison de l’école, nous avons 30 enfants inscrits. Et aucun d’entre eux ne vient du rugby. »
« Une école de la tolérance »
Ainsi, il n’est pas rare de voir des ados se mêler aux seniors lors des entraînements. A Strasbourg, Benjamin et Léo (14 ans) se sont parfaitement fondus dans le collectif. Tout comme Olivier (53 ans) : « Ce qui m’a plu, c’est le côté mixte et intergénérationnel. C’est vraiment une école de la tolérance, avec l’idée qu’on peut jouer ensemble et que la qualité de l’équipe prédomine sur la qualité individuelle. » Une certitude : sur le terrain, pas le temps de s’ennuyer. « L’avantage, c’est qu’on touche énormément de ballons, ça permet de mettre tout le monde sur un pied d’égalité », note Quentin, le responsable sportif des Lions de Strasbourg, qui continue de jouer au rugby à côté.
Notre dossier « Hors-terrain »
« Au rugby, il y en a qui ont froid en hiver ! », sourit-il. Même constat pour Marguerite, 26 ans : « A XV, je n’aimais pas les arrêts de jeu, là on s’amuse plus. » Du fun, du plaisir, mais aussi de l’ambition. Dans une optique de professionnaliser la structure Touch France, Thibault Zettel est devenu le premier salarié de la fédération en janvier 2021. Deux mois plus tard, Titouan Marsan l’a rejoint en tant qu’alternant en charge notamment de la communication. Histoire de toucher encore davantage de monde, cela va sans dire.


















