Rennes : Le Stade Rennais pousse ses jeunes dans « la vraie vie » pour les ouvrir au monde

FOOTBALL Une dizaine d’espoirs du club de football ont découvert le handibasket dans le cadre d’un programme d’échange autour du sport

Camille Allain
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Le Stade Rennais pousse ses jeunes hors du foot pour une session handisport — 20 Minutes
  • Des jeunes du centre de formation du Stade Rennais ont participé à une séance de handibasket.
  • L’objectif du club de football est de s’ouvrir sur le monde d’extérieur et de mieux insérer ses jeunes dans la société.
  • Les encadrants alertent les jeunes sur la nécessité de sortir de la bulle du centre de formation pour apprendre la vie à l’extérieur.

Certains ont bien tenté d’esquiver, parce qu’ils ne se sentaient pas à l’aise. Sans doute intimidés par le handicap, par ce monde qu’ils côtoient peu et dont ils ignorent tout. Jeudi soir, onze jeunes joueurs inscrits au centre de formation du Stade Rennais ont ôté leurs crampons pour fouler le parquet du gymnase des Hautes-Ourmes, dans le quartier du Blosne. Pendant plus d’une heure, ces adeptes de la balle au pied ont été privés de leurs jambes à l’occasion  d’une séance de basket en fauteuil roulant. « J’ai déjà des ampoules, c’est fou », lâche un des minots. Assis dans leur fauteuil, les footballeurs se frottent à un univers nouveau. Le handicap, mais aussi le sport amateur, le sport santé, le sport mixte… La vraie vie quoi.

Tous les jeunes prenant part à ce match de handibasket sont issus de la génération 2005. Et tous rêvent un jour de devenir joueur professionnel de foot. Combien y parviendront ? « Deux, peut-être trois par génération », glisse Vincent Françoise, l’un de leurs encadrants. Arrivé récemment au club, cet ancien éducateur spécialisé a pris en charge le projet éducatif du centre formation. Son ambition ? « Développer une appétence pour autre chose que le foot, sortir les jeunes de leur zone de confort, de  leur bulle du centre de formation. Ils sont focalisés sur le projet sportif parce que cela décidera de leur carrière. Mais ils ne doivent pas oublier de vivre leur jeunesse, de s’ouvrir au monde. Ils doivent s’aérer, connaître autre chose pour acquérir un savoir être en dehors des terrains », explique l’éducateur.

Des jeunes du centre de formation du Stade Rennais ont participé à une séance de handibasket afin de s'ouvrir au monde du handisport.
Des jeunes du centre de formation du Stade Rennais ont participé à une séance de handibasket afin de s'ouvrir au monde du handisport. - T. Le Banner

Attaquant des U17, parfois surclassé en U19, Noah Maboulou-Lebret fait partie de ces jeunes qui vivent H24 pour le football. Lui apprécie particulièrement ces sorties hors du centre de formation proposées par son club. « Ça fait du bien de sortir du centre, on a de la chance. On sort pour voir des choses nouvelles », explique le jeune homme. Et son expérience de basket fauteuil ? « Ça m’a surpris, je ne pensais pas que c’était aussi dur. Dans la vie de tous les jours, on fait marche arrière pour faire les replis défensifs. Là, on est tout droit, on doit regarder derrière. C’est vraiment compliqué ». Le garçon a visiblement la tête bien remplie. Mais que deviendra-t-il s’il n’obtient pas le statut professionnel tant convoité ? « Nous avons la responsabilité de les accompagner eux et leurs familles, qu’ils réussissent ou pas. Il y a parfois des accidents dramatiques, des jeunes qui tombent en dépression quand ils ne peuvent pas faire carrière. Comme s’ils n’avaient rien d’autre », détaille Vincent Françoise.

Jeudi soir, les gamins du centre de formation ont croisé la route de Marie-Paule, leader de l’équipe de handibasket amputée d’une jambe ou de Franck, qui a perdu l’usage des siennes lors d’un accident de moto il y a vingt-deux ans.

 « Quand on vient au gymnase, on est tous égaux. On oublie un peu son handicap le temps d’un entraînement ou d’un match. Ça fait du bien au moral », explique Franck.
 

Son regard sur la présence des futurs cracks du foot ? « Ils lisent bien le jeu, ça se voit. Pour nous, c’est un moyen de leur montrer que notre sport existe, que c’est une discipline à part entière ». Une leçon de vie pour des minots dont le quotidien est d’éviter à tout prix les blessures.

Des jeunes du centre de formation du Stade Rennais ont participé à une séance de handibasket afin de s'ouvrir au monde du handisport.
Des jeunes du centre de formation du Stade Rennais ont participé à une séance de handibasket afin de s'ouvrir au monde du handisport. - T. Le Banner

Depuis quelques années, bon nombre de clubs ont opté pour un meilleur accompagnement de leurs jeunes. Le Stade Rennais fait partie de ceux-là. Pour s’ouvrir au grand public et pas seulement à ses supporters, le club a notamment lancé un programme baptisé « Bouge ». L’objectif : lutter contre la sédentarité  et faire la promotion du sport-santé. « Nos joueurs ont des rôles d’ambassadeurs, ils doivent en être conscients. Parfois, le message passe mieux quand il vient d’un footballeur connu que quand c’est un médecin. Nous avons une responsabilité », estime Mathilde Lakhdar, qui mène la politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) au Stade Rennais.

Un programme pour faire la promotion du sport santé

En novembre, la génération 2004 avait été amenée à pousser les portes de la prison de Rennes-Vezin pour une rencontre organisée avec des détenus. Le « match retour » s’était déroulé sur les terrains de la Piverdière et dans les travées du Roazhon Park, où plusieurs détenus avaient été guidés par l’ancien joueur pro Romain Danzé. « Dans toutes les situations, le sport réunit, il fédère. Il faut juste accepter de sortir de sa bulle », témoigne Vincent Françoise. Le temps d’une soirée, onze gamins l’ont fait, et avec le sourire.