Bordeaux – Losc : Pourquoi Gérard Lopez et Olivier Létang se frictionnent-ils depuis un an ?

FOOTBALL Les présidents des Girondins de Bordeaux et de Lille s’accrochent régulièrement au sujet de la gestion passée du Losc par le premier

Clément Carpentier
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Gérard Lopez et Olivier Létang, les présidents de Bordeaux et Lille.
Gérard Lopez et Olivier Létang, les présidents de Bordeaux et Lille. — Philippe LOPEZ - FRANCOIS LO PRESTI / AFP
  • Les Girondins de Bordeaux accueillent le Losc pour le « Lopezico » à l’occasion de la 19e journée de Ligue 1, ce mercredi à 21 heures.
  • Depuis un an, Gérard Lopez et son successeur à la tête des Dogues, Olivier Létang, s’accrochent par médias interposés sur la gestion du club lillois par le premier de 2017 à 2020.
  • Mais pour une fois, avant la rencontre entre des Bordelais, 15es de L1, et des Lillois, 11es, on préfère jouer l’apaisement des deux côtés.

C’est très souvent à ce genre de détails que l’on remarque à quel point un dossier est sensible. En « off », tout le monde est bavard. On vous rappelle même pour vous donner quelques précisions. En revanche, au moment d’appuyer sur « on », il n’y a plus personne. Il faut dire que depuis un an, la situation est un petit peu tendue entre Gérard Lopez, le nouveau propriétaire et président des  Girondins de Bordeaux et Olivier Létang, son successeur à la tête du  Losc. Bon, on n’en est pas encore aux « guignol », « faux cul » et « petit président » du duel Aulas-Labrune de la dernière décennie. Mais quand même.

Pour l’instant, l’attaque personnelle n’est pas à l’ordre du jour. Et elle ne le sera sûrement jamais. Un peu de respect. D’ailleurs, les deux hommes, contactés par 20 Minutes ces derniers jours, ne souhaitent pas remettre de l’huile sur le feu. On est même pas loin du : « Circulez, y’a rien à voir » ! Et c’est vrai que leur animosité, exprimée par médias interposés ces derniers mois, est toute récente et peut-être uniquement passagère. Gérard Lopez et  Olivier Létang n’avaient en effet jamais ferraillé par le passé. Mais le Losc est passé par là. Le 16 décembre 2020, le premier rendait son tablier faute d’avoir remboursé à temps certaines de ses dettes. Deux jours plus tard, le second débarquait aux côtés du nouvel actionnaire majoritaire du club, le fonds d’investissement Merlyn Partners.

« Il faut laisser la justice faire son travail »

Petit clin d’œil du destin, les deux hommes auraient aussi pu se croiser sur les bords de la Garonne. Le dirigeant français avait rencontré le maire de Bordeaux de l’époque, Nicolas Florian, au printemps 2020 pour un possible rachat des Girondins avant qu’un certain Gérard Lopez s’y intéresse et passe, lui, à l’action un an plus tard. C’est à ce moment-là que le ton monte une première fois entre eux. Et fort. Très énervé par les fuites dans la presse sur sa gestion passée du Losc, l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois menace alors Olivier Létang [et Christophe Chenut, un administrateur des Dogues] d’une mise en demeure. Il se dit même prêt à les attaquer en justice. Il est persuadé que l’on veut lui nuire en plein processus de rachat des Marine et Blanc.



On apprend à l’époque que la justice enquête de très près sur les transferts d’Osimhen ou encore de Lihadji. « Notre position est très claire : nous avons demandé un travail de ''due diligence'' à un cabinet d’avocats experts [Moyersoen] dans l’activité du sport, et du football plus particulièrement. Nous souhaitons veiller à ce que le cadre légal ait bien été respecté », affirme alors Olivier Létang dans L’Equipe. Aujourd’hui, un proche du club lillois précise simplement que « des investigations existent sur d’autres dossiers de l’époque Lopez » sans en dire plus. Plus récemment, on peut aussi parler de l’affaire de la convention entre le Losc et  le club belge de Mouscron, propriété du nouveau patron des Girondins. Bref, les points de friction ne manquent pas.

A ce stade, il n’est pas question d’en rajouter dans l’entourage d’Olivier Létang. En substance, le mot d’ordre est limpide : « Il faut laisser la justice faire son travail ». En revanche, on n’en démord pas sur la situation dans laquelle Gérard Lopez a laissé le club. Oui, il était en grande difficulté financière. Oui, il allait être en cessation de paiements. Et l’actuel président des Dogues n’avait pas du tout apprécié que son prédécesseur relativise cette situation. « Au bout d’un moment je dis stop, surtout si on me soupçonne de mentir, il faut dire la vérité et arrêter de raconter des histoires, expliquait-il au micro de RMC Sport. Quand un club génère un déficit opérationnel structurel, et présente une dette au 31/12/2020, hors dette financière, de près de 160 millions d’euros [87 de dettes auprès des clubs à qui vous avez acheté des joueurs, 39 de dettes fournisseurs dont 29 de dettes d’agents et 33 de dettes fiscales et sociales dont 18 de dettes vis-à-vis de l’URSSAF selon l’actuel président lillois] avec un cash disponible de 9 millions d’euros, ce club était dans une situation de naufrage économique. C’est factuel donc il faut arrêter de mentir et manipuler. » Une dette qui sera réduite à la fin de cette année civile à 106 millions d’euros selon les informations de 20 Minutes.

« Il noircit beaucoup les choses ! »

Bien sûr, ce tableau dressé en septembre dernier par Olivier Létang n’est pas du tout du goût des équipes de Gérard Lopez : « Ce qui nous énerve, c’est qu’il noircit beaucoup les choses ! » En réponse, le nouveau patron des Girondins et ses proches ont toujours eu le même discours. « Il [Gérard Lopez] a laissé le club sans une ligne de crédit auprès d’une banque et avec l’effectif d’une valeur de 300 millions d’euros ». Tout en soulignant les excellents résultats sportifs du LOSC ces dernières saisons et en rappelant que ça va un peu moins bien cette saison (11e de L1 avec six victoires, sept nuls et cinq défaites) : « Je pense qu’il y a une fin de cycle et peut-être que les joueurs se reconnaissent un peu moins dans le nouveau projet », glissait Gérard Lopez mardi dans La Voix du Nord.

D’ailleurs, c’est bien sur cette gestion sportive que son entourage attaque Olivier Létang. Il se serait par exemple tout de suite mis à dos Christophe Galtier notamment en s’impliquant beaucoup plus dans le sportif qu’un Gérard Lopez. Une version que tient pour le coup à démentir fermement le principal visé. Depuis un an, au-delà de « Galette » qui a rejoint l’OGC Nice l’été dernier, cinq responsables (commercial, sécurité, opération, communication et centre de formation) ont quitté le club. Dans le Nord, si l’on assume le départ des deux derniers… pour Bordeaux ces derniers mois, on explique que pour les trois premiers, cela n’a rien à voir avec Létang.

Létang a-t-il manqué de classe ?

Mais, il y a quelque chose qui agace encore plus Gérard Lopez et ses équipes. C’est qu’Olivier Létang récolte les lauriers du travail de ses prédécesseurs, sans même un mot pour eux. L’homme d’affaires ne le reconnaîtra jamais, ce n’est pas son genre. Le soir du titre de champion de France, il était juste « triste » de ne pas fêter celui-ci avec les joueurs, le staff, les salariés et le public et jurait n’avoir « aucune amertume ». On a le droit de ne pas le croire. Pour rappel, 23 des 27 joueurs de l’effectif actuel ont été recrutés par Luis Campos, son directeur sportif à l’époque. Au final, Gérard Lopez préfère retenir les hommages réguliers de Christophe Galtier pour son travail dans la capitale des Flandres ou les nombreux messages de remerciement de ses anciens joueurs. Encore récemment, José Fonte a par exemple écrit à son ancien patron après la qualification en 8e de finale de la Ligue des champions.

Ce manque de « classe », Olivier Létang y a souvent répondu en affirmant que Lille n’aurait jamais été champion sans son arrivée car le club a pu garder ses meilleurs joueurs en janvier dernier. Et pour le coup, Gérard Lopez le rejoint sur ce point : « Si j’avais vendu plus de joueurs, je serais peut-être encore président, mais le LOSC ne serait certainement pas champion de France donc je ne regrette pas. » Preuve que les deux hommes peuvent s’entendre au moins sur quelque chose.