Transat Jacques-Vabre : « J’essaie de savourer et surtout de partager », souffle Thomas Ruyant après la victoire en Imoca

INTERVIEW Avec le Réunionnais Morgan Lagravière, le Nordiste est arrivé premier de la catégorie Imoca à bord de LinkedOut, ce jeudi à Fort-de-France

Propos recueillis par Nicolas Stival
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Thomas Ruyant (à droite) et Morgan Lagravière savourent leur succès dans la Transat Jacques-Vabre à bord de LinkedOut dans la catégorie Imoca, ce jeudi à Fort-de-France.
Thomas Ruyant (à droite) et Morgan Lagravière savourent leur succès dans la Transat Jacques-Vabre à bord de LinkedOut dans la catégorie Imoca, ce jeudi à Fort-de-France. — Lionel Chamoiseau / AFP
  • Constitué pour l’occasion, le duo Thomas Ruyant – Morgan Lagravière a remporté sa première Transat Jacques-Vabre, ce vendredi à Fort-de-France.
  • Si l’objectif principal du navigateur nordiste reste le Vendée Globe 2024, Ruyant savoure ce succès – « un objectif en soi » – sur LinkedOut, dont 20 Minutes est partenaire.
  • S’il a souffert de la chaleur, le natif de Dunkerque a particulièrement apprécié l’apport de Lagravière, sur les plans technique comme humain.

Pour les amateurs de voile et de chiffres, il aura fallu très précisément 18 jours, 1 heure, 21 minutes et 10 secondes à Thomas Ruyant et Morgan Lagravière pour remporter la Transat Jacques-Vabre dans la catégorie Imoca. A bord de LinkedOut, dont 20 Minutes est partenaire, le Nordiste de 40 ans et le Réunionnais de 34 ans ont assez largement dominé la concurrence sur les 5.800 milles qui séparent Le Havre de Fort-de-France, en Martinique, où ils sont arrivés ce jeudi après-midi.

Exténué mais heureux au terme de la bagarre avec les duos Charlie Dalin – Paul Meilhat (Apivia) et Jérémie Beyou – Christopher Pratt (Charal), Thomas Ruyant est revenu sur cette belle aventure.

Quelles sont vos premières impressions à l’arrivée ?

Elles sont fantastiques. Ce sont des moments rares. Des victoires sur de grandes classiques comme celle-là, ça n’arrive pas tous les jours. J’essaie de savourer et surtout de partager avec ceux qui sont venus en Martinique, l’équipe, les partenaires, les copains, la famille… Je mesure la chance que j’ai de piloter des bateaux comme celui-là. Je suis aux anges.

Que représente cette première victoire sur la Transat Jacques-Vabre ?

Le sentiment du travail accompli. Pas seulement le mien. Je suis un peu l’attaquant (sourire), mais il y a une équipe derrière. C’est un travail de longue haleine aussi. Cela fait quelques années que je fais de la course au large. Il y a eu quelques victoires, mais gagner la Transat Jacques-Vabre, ça reste exceptionnel. Ce sont des mois, voire des années de préparation, pas juste 19 jours de course. Cela implique beaucoup de monde. C’est une victoire collective et c’est vraiment ça qui fait plaisir.

La fin de course a-t-elle été aussi « facile » qu’elle en a eu l’air, vu de la terre ferme ?

Non, pas du tout. Tant que la ligne n’est pas franchie, la victoire n’est pas faite. Il risque d’y avoir de la casse, les aléas de la météo et il y en a eu en fin de parcours, avec des moments où l’on allait beaucoup moins vite que les bateaux qui se trouvaient derrière et qui sont revenus fort. Nous sommes restés vraiment très concentrés avec Morgan du début à la fin, et il le fallait.

Quand on essaie de faire marcher les bateaux à 100 % de leur potentiel, la vie à bord n’est pas facile. On a eu très chaud parce qu’on a passé beaucoup de temps sous les tropiques. Il fallait rester lucides jusqu’à l’arrivée.

Qu’est-ce qui a fait la différence, et vous a permis de creuser l’écart avec la concurrence après le Cap-Vert ?

Déjà, la confiance dans le bateau, mais aussi les choix de route, de trajectoire, la vitesse… Il faut aller vite au bon endroit. C’est un ensemble de choses et c’est ce qui me plaît aussi dans la course au large. Il y a beaucoup de paramètres à gérer, et on a réussi à le faire. C’est une grosse satisfaction.

Comment s’est passée la cohabitation avec Morgan Lagravière ?

Super ! Je ne me suis vraiment pas trompé dans le choix du co-skipper. Il a apporté beaucoup au bateau, à moi, à l’équipe. L’objectif principal, c’est le Vendée Globe 2024, mais il y a plein d’échéances d’ici là. La Jacques-Vabre était un objectif en soi, celui de l’année. Ces courses en double servent le solitaire. Je m’en étais déjà rendu compte, mais elles font progresser. Morgan a un talent, mais il n’y a pas que ça que je suis allé chercher. Il y a un vrai engagement humain au moment de partir 19 jours à deux sur un bateau, avec un espace de vie restreint.

Avez-vous connu des moments de tension ?

Bien entendu, et ils sont normaux. Ils sont liés à la course, quand la concurrence est proche, quand il y a un choix compliqué à faire…

Est-ce que le « feeling énorme » de votre coéquipier avec la mer, dont vous parliez avant le départ, vous a servi pendant la course ?

Bien sûr. Nous sommes sur des bateaux bardés de capteurs, mais il faut plus que ça. On confronte des sensations avec des choses plus cartésiennes. Un marin comme Morgan, avec son feeling, c’est intéressant pour faire progresser le bateau. Cela permet d’aller dans le détail pour faire les différences que l’on a réussi à faire.

A vous entendre, vous avez particulièrement souffert de la chaleur.

On a traversé l’équateur une première fois, on a tourné autour de l'archipel Trindade et Martim Vaz (au large du Brésil) et on est remontés pour traverser de nouveau l’équateur. Chaque manœuvre coûte de l’énergie, ce n’est pas facile de dormir. Il n’y a pas vraiment de hublots sur ces bateaux. Nous sommes dans une coque de carbone et ça chauffe. La chaleur, ça a été un vrai sujet pour moi.

Votre gros défi reste le Vendée Globe 2024. Est-ce que cette transat vous a servi dans cette optique, malgré la différence entre les courses ?

Oui. Nous avons des bateaux complexes, des foilers. Il faut du temps pour les apprivoiser. On a vraiment passé un cap dans la compréhension du bateau, sur la manière de le faire aller vite.

Et maintenant, quel est le programme ?

Déjà, prendre un peu de repos. Il y a aussi la confection d’un bateau en cours, et une grosse, grosse saison l’année prochaine avec beaucoup de courses, et en point d’orgue la Route du Rhum avec le bateau actuel. La prochaine Transat Jacques-Vabre (en 2023) s’effectuera avec un autre.

Quelle sera la différence entre LinkedOut et le futur bateau ?

Il ira intrinsèquement plus vite. Avec l’actuel, tu vas à 100 % ou à 70 %, mais il n’y a pas d’entre deux. L’idée, c’est qu’on puisse le mener à 85 ou 90 % si on en a besoin, avec peut-être une exigence un peu moins importante que le bateau actuel où tu es sur le fil en permanence. Nous voulons un bateau plus facile, mieux adapté aux solitaires.