Equipe de France féminine : Comment Corinne Diacre a évolué pour mieux préparer l’Euro

FOOTBALL La sélectionneuse, qui a décidé de laisser Le Sommer et Henry durablement sur la touche, a intégré une nouvelle génération de joueuses et apporté quelques retouches à son management en vue du grand rendez-vous de l'été prochain, dont le tirage au sort a lieu ce jeudi

Nicolas Camus
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Corinne Diacre lors de France-Estonie, le 22 octobre 2021 à Créteil.
Corinne Diacre lors de France-Estonie, le 22 octobre 2021 à Créteil. — JOHN SPENCER/SIPA
  • Le tirage au sort de l'Euro féminin 2022 a lieu ce jeudi, à Londres. 
  • Tête de série, l'équipe de France, qui n'a jamais passé le stade des quarts de finale, a pour ambition de faire partie des prétendantes au titre.
  • Dans l'optique de cette compétition, la sélectionneuse Corinne Diacre, après les grosses tensions de la saison dernière, semble avoir fait évoluer sa manière gérer son groupe.

C’était il y a un an presque tout pile. L’équipe de France féminine prenait feu, avec les prises de parole de Sarah Bouhaddi et Amandine Henry, qui avaient décidé de se lâcher à propos du management de Corinne Diacre. Quelques mois auparavant, une autre historique, Eugénie Le Sommer, avait préparé le terrain. Les mots notamment de Henry, qui avait décrit sur Canal un « chaos total » et « des filles qui pleuraient dans leur chambre » pendant la Coupe du monde, avaient fait exploser le brasier.

Après une saison tourmentée, la sélectionneuse a fait place nette, cherchant à créer une nouvelle dynamique en vue l’été prochain. Après l’échec en quart de finale de la Coupe du monde à la maison, en 2019, elle se sait attendue lors de l’Euro, dont le tirage au sort a lieu ce jeudi (18heures). Les frondeuses ne sont plus appelées (Bouhaddi s’est mise en retrait d’elle-même), et on imagine mal les revoir un jour, même si elles restent « sélectionnables », selon la communication officielle. Parmi celles qui se sont épanchées, seule Wendie Renard est toujours là.

« Elle montre qu’elle peut revenir sur des décisions »

La Réunionnaise est un cas à part. Sonnée par la perte du brassard de capitaine à l’arrivée de Diacre en 2017, et surtout par la manière avec laquelle cela lui avait été notifié, elle s’était livrée à une attaque frontale contre la patronne dans son autobiographie parue en décembre 2019. Les deux femmes s’étaient expliquées, et aujourd’hui, la défenseuse est devenue l’emblème de la nouvelle méthode Diacre. Ou du moins, celui d’un climat apaisé en interne.

« Elle en a parlé, elle s’est remise en question, on sent que les joueuses sont contentes que Wendie Renard récupère le brassard. Ça a permis d’en libérer certaines, note l’ancienne internationale Laura Georges, qui commente les matchs des Bleues sur W9. C’est une étape supplémentaire, une évolution. Elle continue à apprendre sur elle-même, elle montre qu’elle peut revenir sur des décisions, en tout cas évoluer sur certaines d’entre elles, et c’est bien. »

Un début d’auto-critique

La sélectionneuse a en effet mis de l’eau dans son vin. « C’était inattendu, mais elle a fait le pas vers moi, a expliqué la joueuse après le match contre la Grèce en septembre. On a discuté, le plus important est d’avancer. » Au-delà de la défenseuse lyonnaise, Diacre a instauré une nouvelle manière de faire au quotidien lors des rassemblements.

« J’essaie d’être un petit peu plus proche d’elles sur les temps off, racontait-elle dans L’Equipe au début du mois. Je me l’interdisais pour les laisser tranquilles. Mais, au fil de certaines discussions, j’ai senti que le recul que je prenais pour leur bien, elles ne le voyaient pas comme ça. Je voulais tellement les laisser tranquilles que je me suis certainement coupée d’elles à un moment. J’en ai tiré des conclusions. »

Préparer l’Euro

La différence se fait déjà sentir. « Les échos que j’ai sont très positifs », rapporte l’agent de l’une des joueuses. Il ne souhaite pas s’étendre davantage, un peu lassé des débats autour de la sélectionneuse. Cela peut s’entendre. La personnalité de l’ancienne coach de Clermont a aimanté les discussions toute la saison passée, jusqu’à l’intervention devenue indispensable du président de la FFF. « Il y a eu des petits dérapages de quelques joueuses, Corinne Diacre n’a pas adouci l’atmosphère, avait reconnu Noël Le Graët. Mais, depuis, les choses ont évolué. Elle a entendu le message. »

Après un ultime soubresaut en juillet avec le départ de l’entraîneur adjoint Eric Blahic, avec qui l’entente était impossible, comme l’expliquait RMC, les Bleues ont ouvert un nouveau chapitre en septembre. Quatre matchs, quatre victoires, 29 buts marqués, les qualifications pour la Coupe du monde 2023, certes dans un groupe de faible niveau, sont bien lancées. Surtout, les choses se dessinent tranquillement en vue de l’Euro.

Une jeune génération, emmenée par les Parisiennes Kadidiatou Diani (26 ans), Grace Geyoro (24 ans) et Katoto (22 ans), est en train de prendre de la place. Une seconde vague, représentée par Sandy Baltimore (21 ans) et Melvine Malard, auteure au même âge de ses premiers buts en Bleue mardi au Kazakhstan, est même déjà là. Laura Georges observe :

« Elles intègrent le groupe petit à petit. Il y a un bon mélange entre les filles expérimentées et les jeunes pousses. On sent beaucoup plus de sérénité dans l’équipe, l’atmosphère est plus détendue, ça se voit sur les attitudes des joueuses et de la sélectionneuse. Il y a des sourires, de la joie, certaines joueuses témoignent du fait qu’elles prennent du plaisir à voir l’équipe de France vivre de cette manière. Elles se sentent à l’aise. C’est important, à huit mois de l’Euro. »

Après avoir buté au stade des quarts de finale lors des trois dernières éditions, l’équipe de France compte bien passer un palier l’été prochain. Les rivales – Angleterre, Pays-Bas, Allemagne, Suède –, sont toujours bien là, mais les Bleues ont un statut de tête de série à honorer. Et Corinne Diacre une contemptrice à faire mentir. « Gagner un titre avec cette sélectionneuse me paraît impossible. Je peux mettre mes deux mains à couper que l’équipe de France ne gagnera pas l’Euro si Corinne Diacre reste », avait lâché Sarah Bouhaddi à l’époque. Réponse dans quelques mois.