Sports extrêmes : Le Marathon des Sables pieds nus, le nouveau défi de Loury l’explorateur

HORS-TERRAIN Ce Français de 35 ans, explorateur professionnel, va tenter de relever ce défi inédit à partir de vendredi

Nicolas Camus (avec J.Lau.)
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Loury Lag, un explorateur français, va courir le Marathon des Sables pieds nus, du 1er au 11 octobre 2021.
Loury Lag, un explorateur français, va courir le Marathon des Sables pieds nus, du 1er au 11 octobre 2021. — @benjifre
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous vous proposons de partir à la découverte de Loury Lag, un aventurier de l'extrême spécialiste des grandes expéditions dans les coins les moins accueillants de la planète. 
  • A partir de vendredi, il va tenter de devenir le premier homme à boucler le Marathon des Sables (250 km dans le Sahara marocain) pieds nus. 

On n’y connaît absolument rien en survie, mais avec ce genre de personne, on a l’impression qu’on pourrait partir au bout du monde demain. Et tant pis pour ces histoires de piqûres de scorpion et d’arrêts respiratoires, on fera semblant de ne pas avoir entendu. Loury Lag, un Français de 35 ans, est ce qu’on appelle un explorateur de l’extrême. Cela fait six ans maintenant qu’il en a fait son métier, après avoir vendu sa boîte de construction de maisons écologiques.

Depuis, son palmarès est impressionnant. Il est notamment devenu en 2018 le premier homme à traverser le Vatnajökull, l’un des plus grands glaciers d’Europe situé en Islande, en autonomie totale et sans assistance en 12 jours. A partir de vendredi, il s’attaque à une autre grande première, dans un genre différent mais avec l’aventure toujours au cœur du projet : courir le Marathon des Sables pieds nus.

«Le tout, c'est de faire passer ton pied sous la couche de sable chaud.»
«Le tout, c'est de faire passer ton pied sous la couche de sable chaud.» - @benjifre

« Etre pieds nus développe mon système immunitaire »

Il est vrai que cette course de 250 kilomètres répartis en sept étapes dans le Sahara marocain, sans aucune assistance extérieure, n’était pas assez dure comme ça. Autant se rajouter une petite difficulté supplémentaire. Mais pourquoi ? « Etre pieds nus, c’est une sensation que j’aime beaucoup, répond Loury. C’est un style de vie qui me correspond, chez moi [à Biarritz] je vis comme ça. Ça dénote de ma liberté, je suppose, et puis ça a de grands bienfaits pour moi. Ça développe mon système immunitaire, ce qui est important pour mes expéditions. »

C’est la première fois qu’un concurrent s’attaque à cette course mythique dans ces conditions. C’est bien pour ça qu’il le fait, d’ailleurs. « Ce qui m’intéresse, c’est faire la différence, marquer les esprits », reconnaît-il. Le leitmotiv de ses aventures. En réalité, celle-ci n’est qu’un entraînement pour ce qui va suivre, une manière de ne pas perdre la main en attendant que la pandémie de Covid-19 se tasse et qu’il puisse repartir. L’année dernière, elle l’a contraint à rentrer en catastrophe alors qu’il attaquait avec un ami l’ascension du Denali, en Alaska, via le passage du Nord Ouest. La deuxième étape de son grand projet Icarus, qui consiste à gravir le plus haut sommet des sept continents (les fameux « seven summits ») et les relier sans motorisation.

Il reçoit les conseils de Mathieu Blanchard, troisième du dernier UTMB

« Il a fallu le digérer. Quand tu as préparé une expédition qui fait 18 mois et que tu es rapatrié au bout de 15 jours, c’est compliqué, raconte-t-il. Mais ça fait partie de la vie. J’ai redirigé ma philosophie de travail, je me suis inscrit à des courses, tout en restant dans ma dynamique aventure. » Va donc pour le Marathon des Sables, qu’il va découvrir un peu plus d’un mois après avoir terminé la MCC de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (40 km et 2.300 m de dénivelé positif) à la 88e place sur 1000. Pas mal pour quelqu’un qui n’est pas un traileur de compète.

Pour se préparer, Loury a toutefois pu compter sur les conseils d’un maître en la matière, Mathieu Blanchard, l’un des tout meilleurs ultra-traileurs du monde, 3e de ce dernier UTMB. Les deux hommes se sont rencontrés en avril dernier. L’entente a été immédiate, et ils se sont organisé des sessions d’entraînement. « Le trail, ça ne s’improvise pas, c’est très technique. J’ai beaucoup appris avec lui », note Loury.

Goût du risque et vie de famille

« Il est très solide mentalement, déterminé, il fait preuve de beaucoup de rigueur dans la préparation et la réalisation de ses aventures, analyse de son côté Mathieu. Nous avons beaucoup de similitudes dans nos personnalités. Sa volonté est immense, et ce défi dans le désert du Sahara sera pour lui juste une étape dans le cheminement de réalisation d’aventures bien plus grandes. »

En effet, il s’agit là d’une préparation pour une nouvelle expédition prévue pour 2023-2024, avec beaucoup de biotopes subsahariens au programme. L’année prochaine, il emmènera aussi ses deux filles, âgées de 5 et 6 ans, traverser un désert. Une manière de leur faire découvrir ce qu’est sa vie, car on ne peut pas partir régulièrement plusieurs mois d’affilée sans conséquences sur sa famille.

Loury et ses filles, Pita et Eli.
Loury et ses filles, Pita et Eli. - @benjifre

« C’est très dur à concilier, conçoit-il. Il m’est arrivé beaucoup de choses, des moments où j’ai failli mourir. Je voulais leur passer un coup de téléphone satellite mais elles n’ont pas décroché. En grandissant, ça fait de plus en plus sens pour elles. Je leur raconte ce que je traverse, les animaux que je rencontre. Je sais les valeurs que je veux leur transmettre. C’est un choix, une autre manière de s’investir, mais quand je suis avec elles, je le suis à 100 %. »

« Un véritable enfer » vécu dans le Grand Canyon

Loury Lag a bien conscience de jouer avec le feu. Autodidacte de la survie, il lui est arrivé 1.000 choses, pas toutes racontables, depuis sa première expédition menée à 17 ans aux Etats-Unis, où il était parti pour fuir un foyer familial dans lequel il ne trouvait pas sa place. On en relatera une, quand même, cette fois où il s’est fait piquer par un scorpion dans le Grand Canyon. Il a bien failli y passer, mettant 36 heures à se sortir de là à cause d’une paralysie des membres. « Un véritable enfer », résume-t-il. Sur cette notion de peur, qui est tout de même la première chose qui vient à l’esprit quand on découvre ses aventures, il développe :

Je ne suis pas un exemple à suivre. J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, mais j’ai besoin de vivre des sensations fortes, parfois de manière brutale, pour apprendre. Je vois ça comme une sorte de « masterclass », et le seul moyen de la réussir est d’y aller. C’est comme ça que j’ai mené mes premières expéditions. J’ai peur de mourir mais je n’ai pas peur d’affronter la mort, la nuance est importante. J’ai un concept de temps bien défini, j’aime profiter de la vie tant que je peux. J’ai pris beaucoup de risques. Après, je suis quelqu’un de débrouillard. Et la survie devient plus simple dès qu’on s’y connaît un petit peu. »

Si l’expérience vous tente, sachez que le « Mike Horn du Pays basque » organise aussi des stages de survie ou de découverte des milieux polaires et tropicaux pour le grand public. Juste après le Marathon des Sables, par exemple, il part en Guyane pour guider 10 personnes dans la forêt amazonienne. Sensations fortes garanties, mais dans un cadre bien balisé, rassurez-vous. Petit préalable, tout de même : « Mieux vaut ne pas avoir peur des fourmis », dit-il en se marrant. On a bien compris l’idée.