Jo Tokyo 2021 : « Physiquement ça brûlait », la team Yavbou raconte ce deuxième set de folie contre le Brésil

VOLLEY BALL Les Bleus ont remporté les deux sets dont ils avaient besoin contre le Brésil pour se qualifier en quarts de finale, où ils défieront la Pologne

Julien Laloye
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Ngapeth a été décisif contre le Brésil.
Ngapeth a été décisif contre le Brésil. — Anne-Christine POUJOULAT / AFP
  • L'équipe de France de volley s'est qualifée en quarts de finale pour la première fois de son histoire aux JO.
  • Les Bleus défieront la Pologne dans un nouveau sommet du jeu, après un grand match réussi face au Brésil malgré la défaite. 

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Deux hommes parmi d’autres à remercier que la France du volley prolonge un peu son bail jusqu’en quarts de finale, après une remontada depuis le cercueil digne d’Uma Thurman dans le Kill Bill. Le DJ de l’Ariake Arena de Tokyo, d’abord qui a envoyé du son de la maison pour encourager nos troupes : I Will Survive, Maître Gims, Vegedream, En bande organisée, on se serait cru le samedi soir au camping des flots bleus. Et un peu Earvin Ngapeth, aussi.

« Physiquement, ça brûlait »

L’attaquant numéro un des Bleus, transparent en début de tournoi, comme les copains, a envoyé du bois face au Brésil. 26 pions, dont 14 sur ce deuxième set interminable qui nous a replongé dans nos souvenirs d’Isner-Mahut à Wimbledon. 39-37 pour les Bleus au final, avec certains points à encadrer au musée d’Orsay, à côté des impressionnistes. On pense notamment à cet échange de maboule à 32-33 sur une balle de set brésilienne, alors que la France était au bord du précipice. Le ballon a bien navigué cinq fois dans les deux camps, une rareté en volley, alors qu’un dernier contre dehors d’une tour brésilienne ne soulage tout le banc français.

« Il y a eu tellement de points incroyables qu’on pourrait faire un highlight de quinze minutes de ce match, résume Yacine Touati. On était fatigués, on était juste concentrés sur ce qu’on devait faire. On voyait les têtes de chacun, un peu blanches, au bout du rouleau, mais c’était ce qu’il fallait donner pour en arriver là ». Il fallait un dernier ballon d’Earvin Ngapeth subtilement glissé le long de la ligne une sorte de feuille morte pour boucler ce set de 50 minutes et envisager, enfin, les quarts de finale, avec un deuxième remporté plus tranquillement. « Physiquement c’était dur, ça brûlait, on a eu beaucoup moins de repos qu’eux, souligne la star des Bleus. C’est vraiment avec les tripes et le cœur qu’on est allés chercher ce set qui commence à les faire douter. On sait que les équipes comme ça, c’est le moment où tu mets le doute il faut pousser ».

Un match de plus pour Laurent Tillie

« J’ai vu un moment qu’on avait eu neuf balles de match, puis j’ai arrêté de compter », rigole Benjamin Toniutti. Mais c’est important de les gagner ces sets-là, c’est bien pour le moral ». Et comment. Cela donne une première qualification pour les quarts de finale d’un tournoi olympique et un match de rab pour Laurent Tillie, l’homme du renouveau du volley tricolore, qui laissera sa place à un coach… brésilien après les Jeux. Promis, le sélectionneur des Bleus n’a pas pensé à lui. Pas eu le temps, après une première semaine en montagne russes, avec descente du Mont Oural en chute libre et remontée sans télésiège entamée face à la Russie, justement. « On est des survivants. On ne veut penser qu’au prochain match, rester dans le flow et c’est tout. On ne pense à rien d’autre qu’à garder notre niveau, notre envie de jouer, retrouver de la récupération et du dynamisme ».

Il en faudra mardi contre la Pologne, l’autre meilleure équipe du monde avec le Brésil, pour le dire vite. Mais victoire, ou pas, l’équipe de France a un fait un pas de plus dans sa permanence du haut niveau. D’abord se qualifier aux JO deux fois de suite, puis sortir de poule. C’est la première fois qu’une équipe vit des Jeux et que la moitié de cette équipe rejoue ceux d’après. Au handball et au basket, c’est constant. C’est pour ça que ces JO de Tokyo étaient primordiaux pour Paris 2024. L’expérience, ça ne s’achète pas et ça ne se décrète pas.​ Il faut avoir la patience, et on est dans un pays patience, on voit bonsaï comment ils font. Un athlète, une équipe et une fédération se nourrissent de l’histoire et de la continuité ». Si les Bleus prennent un peu d’avance en jouant la médaille, on ne dit pas non.