JO 2021 – Judo : Les Bleus prennent « possession du Budokan » et leur triomphe retentit jusqu'en France

JEUX OLYMPIQUES La France a remporté la première épreuve par équipes mixtes au programme olympiques, ce samedi à Tokyo

Nicolas Camus
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L'équipe de France médaillée d'or par équipe mixte lors de JO de Tokyo.
L'équipe de France médaillée d'or par équipe mixte lors de JO de Tokyo. — Yuta Hoshino/AP/SIPA
  • L'équipe de France de judo a laminé le Japon, ce samedi, pour remporter l'épreuve par équipes mixtes. 
  • Une sacrée victoire qui conclut parfaitement une semaine très réussie pour le judo français. 
  • Les Bleus, comme ils le voulaient, ont donné une belle image de leur sport, durement touché par la pandémie de coronavirus.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Un pied monumental. L’équipe de France de judo a bouclé ses Jeux par un feu d’artifice, ce samedi, en bottant les fesses des Japonais dans leur antre du Budokan en finale du tout premier tournoi par équipes mixtes olympique. Une victoire 4-1, avec le point de la gagne apporté par Sarah-Léonie Cysique, portée en triomphe par Teddy Riner. Dans la folie du moment, le judoka déjà médaillé de bronze a littéralement laissé tomber Clarisse Agbegnenou pour se jeter sur la poids légère. Le bonheur du colosse, qui en a vu d’autres, dit tout de la beauté de ce triomphe absolu.

« On va tous se souvenir très longtemps de cette journée, assure le désormais triple champion olympique, entouré de ses partenaires. Maintenant, on est liés. En tout cas, moi, je n’oublierai jamais ce moment. Qu’on ait 32, 36 ou 21 ans, on a fait quelque chose de grandiose pour l’histoire de notre sport. Certains ne se rendent peut-être pas compte, mais le judo ici à Tokyo, c’est infernal. C’est là où il a été créé et on s’est fait un plaisir de mettre 4-1 aux Japonais. C’est plein d’émotions qui vont nous submerger pendant quelques jours, qui vont nous fracasser même. »

Toute la bande est là, dans la zone mixte de la mythique salle tokyoïte. Elle vient d’y faire résonner la Marseillaise et elle a eu bien du mal à descendre du tatami, voulant étirer ce moment encore et encore. « C’est extraordinaire, on a vécu une journée de dingue. On a pris possession du Budokan », se marre Guillaume Chaine. Ce n’est pas une image. « Si vous aviez vu la salle d’échauffement, c’était vraiment deux ambiances [par rapport aux Japonais]. Ils sont très scolaires, nous c’était musique à bloc, ça dansait, décrit Kevin Le Blouch. Ça transpirait le plaisir, c’était fluide. Le titre couronne ça aussi. »

Nan ça va, pas trop stressés surtout.
Nan ça va, pas trop stressés surtout. - CHINE NOUVELLE/SIPA

Les Bleus se sont régalés toute cette semaine. Ils vont rentrer avec huit médailles, record de Barcelone et Londres égalé, dont deux titres. Au moment de poser des mots sur ce bilan, Larbi Benboudaoud hésite un peu. Alors que les Japonais ont boulotté neuf titres, il n’aurait pas craché sur une ou deux transformées en or. « Il y a un peu de frustration sur la semaine, mais finir là-dessus, c’est génial, dit le patron des équipes de France. On a marqué l’histoire grâce à notre collectif. Ça, j’y tiens. C’est primordial. Regardez Teddy, c’est un extraterrestre, seul dans les étoiles. Regardez l’écart de palmarès avec certains de ses coéquipiers. Et vous voyez bien comment ils sont, là, ensemble. »

Comme des fous, on peut le dire. Ils se répondent, se chambrent, partent dans leur délire. L’avion du retour, partagé demain soir avec les escrimeurs et les triathlètes ? « Retourné. » L’Elysée, où vient de les inviter Emmanuel Macron, qui a pris son téléphone pour les féliciter ? « Retourné » aussi. « Et la Légion d’honneur les gars ! », lance Chaine dans l’hilarité générale.

Agbegnenou, madame l’ambassadrice

Après des mois et des mois à bloc et une semaine à haute pression, la bande a bien mérité de se lâcher. Avec le sentiment du devoir accompli, c’est encore meilleur. Au sein d’une délégation française aux résultats un peu tristounes, les judokas ont tenu la baraque. Et, ils espèrent, suscité des vocations. Le judo, comme tous les sports, a morflé avec la pandémie. Alors au moment de partir, les Bleus ont une pensée pour tous les clubs de France et ceux qui les font vivre.

« J’espère qu’on a montré les belles valeurs de ce sport et qu’on aura plein de petites judokates et de petits judokas qui viendront à la rentrée », lance Clarisse Agbegnenou​. Elle, particulièrement, a tout fait pour en tout cas. La porte-drapeau tricolore a réalisé des Jeux monstrueux, avec un titre plein d’émotion en individuel et une fin de tournoi de mutante par équipe. En demie puis en finale, la patronne des -63 kg a martyrisé la médaillée de bronze et la championne olympique de la catégorie supérieure (-70 kg). Hallucinant.

Rayonnante, l’ambassadrice poursuit son plaidoyer : « Essayez ce sport, il est très beau. Il est très dur, aussi, mettez-le vous dans la tête quand même, mais il est magnifique et il vous apporte beaucoup de valeurs. Il construit de belles personnes et de belles amitiés. »

« Ces Jeux, ça rebooste à fond »

Larbi Benboudaoud prend lui aussi le temps de saluer ce qu’il appelle « la base de la pyramide ». « Là, on est au sommet avec nos grands champions, notre vitrine, c’est extraordinaire. Mais si tu n’as pas une bonne base, ta pyramide, elle ne monte pas bien haut, elle ne brillera pas beaucoup. On leur dédie cette médaille. C’est un message sincère, très important pour nous. J’insiste là-dessus. »

Que l’ancien champion du monde se rassure, il est déjà arrivé jusqu’en France. Au Randoris club de Villeneuve-le-Roi, là où Romane Dicko a commencé, en tout cas. « On a suivi tous les jours, cette semaine a fait un bien fou, raconte Frédéric Blet-Charaudeau, le président. Nous, on est bénévoles, on adore le judo et depuis un an et demi on ne fait plus grand-chose. Pour les gosses c’est pas facile, ça rouvre, ça referme, ils en ont bavé aussi. »

Avant les Jeux, les dirigeants avaient fait venir Dicko pour passer un peu de temps avec eux, discuter, prendre des photos. Vendredi, pour la journée de combat de la star locale (finalement médaillée de bronze en +78 kg), un écran avait été installé à la salle des fêtes de la ville. Même chose ce samedi, tant qu’à faire. Evidemment, ça a crié très fort. « On en a bien profité et on espère qu’il y en aura beaucoup qui viendront ou reviendront à la rentrée, ajoute le président du club. Ces Jeux, ça rebooste à fond. C’est ce qu’il fallait au judo français. »

Les Bleus étaient partis au Japon en mission. Ils peuvent rentrer la tête haute. « Après une belle fête au village », rappelle Guillaume Chaine. Evidemment. On l’a dit un peu plus haut, on n’oublie pas les bases.