Multiplex Ligue 2 : « S’il y a du suspense et de l’émotion, on aura gagné », assure Bertrand Latour

INTERVIEW Le journaliste présentera ce samedi le premier multiplex de Ligue 2, diffusé gratuitement par la chaîne L’Equipe

Propos recueillis par Nicolas Stival
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Bertrand Latour, premier présentateur du multiplex Ligue 2 sur la chaîne L'Equipe.
Bertrand Latour, premier présentateur du multiplex Ligue 2 sur la chaîne L'Equipe. — Stéphane Mantey / L'Equipe
  • Toute la saison, la chaîne L’Equipe diffusera en multiplex les huit matchs de Ligue 2 programmés le samedi à 19 h.
  • La présentation de la soirée sera tournante. Ce samedi, c’est Bertrand Latour qui animera la première, au côté du consultant Régis Brouard.
  • « J’ai hâte que ça débute », indique le journaliste, qui espère séduire un large public avec ce « feuilleton de 38 épisodes le plus passionnant possible ».

C’est la surprise de l’intersaison, dans un monde des droits TV du football parti dans tous les sens. Dans le cadre d’un partenariat avec Amazon, la chaîne L’Equipe diffusera lors de l’exercice 2020-2021 huit matchs en multiplex par journée de Ligue 2. Pendant les dix premières journées, ces huit matchs du samedi 19 h seront également visibles en intégralité et tout aussi gratuitement sur des canaux de diffusions dédiés. Dans le cadre d’une présentation « tournante », Bertrand Latour (28 ans) sera le M. Loyal de la soirée inaugurale au côté du consultant Régis Brouard, ce samedi à partir de 18h40.

Quel sera votre rôle samedi soir ?

Présenter, distribuer la parole aux différents commentateurs et la laisser bien volontiers s’il y a un but sur l’un des terrains. Mais aussi solliciter l’avis de Régis Brouard, qui connaît parfaitement la Ligue 2 pour avoir disputé de nombreux matchs, notamment en tant qu’entraîneur (Clermont, Niort, Red Star).

C’est la première fois que vous allez gérer un multiplex…

Je découvre l’exercice en télé mais j’en ai fait pas mal à la radio, pendant plusieurs années sur RTL. J’étais autour de la table même si ce n’était pas moi qui présentais.

Ressentez-vous du stress ?

Non. Plutôt de l’excitation. J’ai hâte que ça débute. C’est la première fois que la L2 est diffusée en clair. C’est une fierté pour tout le monde de pouvoir proposer ça aux téléspectateurs. J’ai pu constater un vrai enthousiasme chez les fans de foot lorsqu’il y a eu l’annonce de la diffusion du multiplex par la chaîne L’Equipe. L’idée, c’est d’être à la hauteur.

Avez-vous révisé tous les effectifs ou comptez-vous sur Régis Brouard ?

Je regardais déjà les matchs. J’ai travaillé encore plus attentivement ces derniers jours pour être au top. Régis est là pour délivrer son expertise mais j’ai envie d’en savoir le plus possible pour être le plus précis dans mes questions et mes échanges avec les commentateurs.

Et aussi, tout simplement, par respect pour ceux qui nous regardent, qui seront pour une bonne partie des supporteurs des clubs diffusés lors du multiplex, qui connaissent les 20 joueurs de leur effectif pro sur le bout des doigts. Il y aura aussi des téléspectateurs qui connaissent moins la Ligue 2, qui vont la découvrir et peut-être se prendre de passion pour ce championnat. Il s’agit d’être à la fois le plus précis possible pour les gens qui connaissent, et d’être capable de vulgariser.

La cible est large…

Nous sommes sur une chaîne grand public, en clair. Il ne faut pas exclure les gens. Le but, c’est de les prendre par la main et de décrypter ce qui se passe. On a huit stades, antenne ouverte pour tout le monde. L’idée, c’est qu’il y ait des buts dans tous les sens, que les mecs ouvrent leur micro en disant « but » d’un côté, « but » de l’autre, et qu’ensuite Régis soit là pour montrer au téléspectateur ce qu’il n’aura pas vu. Du suspense, de l’émotion… S’il y a ça, on aura gagné.

Pourquoi avoir choisi TFC – Ajaccio comme premier match directeur ?

L’an dernier, Toulouse a fait une très belle saison, la Ligue 1 n’était pas loin. Mais on ne s’interdit rien. On ne va pas être aveugle à ce qui se passe ailleurs. Le principe du multiplex, c’est la surprise. On part avec une idée mais c’est du sport, ce n’est pas écrit d’avance.

Y aura-t-il une sonnerie ou un « jingle » à chaque but marqué ?

Non. Ce n’est pas le choix que nous avons fait. On préfère que les commentateurs hurlent dès que le ballon franchit la ligne. Ce sera à moi puis aux autres présentateurs de gérer ce joyeux bordel organisé. On veut que ce soit instantané et que l’on puisse être surpris.

Depuis plusieurs années, cela coûte cher de suivre le foot de club…

C’est pour ça que c’est exceptionnel. Personne ne s’attendait à ce que la Ligue 2 puisse être diffusée en clair sur la chaîne L’Equipe. C’est une chance pour la chaîne, les gens qui y travaillent, comme pour les téléspectateurs, qu’ils supportent ou pas les équipes concernées. Avec huit matchs, il y aura forcément des buts, il se passera forcément des choses.

On va s’attacher à des personnages, comme à des entraîneurs qui viennent de l’élite et que les gens connaissent. Et puis, il y a du suspense. La saison dernière, jusqu’au dernier moment, on ne savait pas qui allait monter, qui allait disputer les barrages, qui allait descendre. Les gens se prennent au jeu et ça va aller crescendo.

Le président de la Juventus, Andrea Agnelli, prétend que les jeunes auraient du mal à suivre un match entier. Est-ce que le principe du multiplex, où l’on zappe d’un match à l’autre, peut correspondre à certaines attentes, à un certain public ?

Je ne cautionne pas les propos d’Agnelli. Je trouve ça grave de la part d’un dirigeant d’un grand club de dénaturer le sport. Après, quand vous regardez un match à la fois, il peut arriver d’être déçu. Quand il y a en a huit, il y a moins de chances de l’être. On a pris le parti d’avoir un match directeur pour qu’il y ait une trame dans la soirée, mais aussi de ne rien rater. Les buts, les cartons rouges, les penaltys vont dynamiser la soirée.

Cela rend le produit attractif et peut-être que pour un public plus jeune, c’est encore mieux. Mais je veux espérer – je ne suis moi-même pas très vieux – que l’on peut tenir 90 minutes devant un match de football.

La gratuité peut-elle attirer un nouveau public ?

Forcément. Je le vois et le mesure parce que je vais dans différents stades de France, car je suis souvent envoyé spécial, sur la Ligue 1 et aussi la Coupe de France. Je sens que les gens ont une lassitude de payer, de devoir changer d’abonnement car les détenteurs de droits changent au fil des années. Il y a aussi une crise. Les laissés-pour-compte de la télé à péage vont pouvoir regarder ces matchs avec un produit particulièrement intéressant. Il y a des gens qui vont redécouvrir le foot en clair. Il faut rendre ce feuilleton de 38 épisodes le plus passionnant possible.

Vous a-t-on fixé un objectif d’audience ?

Pour être transparent, il ne m’a jamais été fait mention de quelque chiffre que ce soit. On m’a demandé de présenter ce multiplex de manière la plus professionnelle possible, avec enthousiasme car c’est une chance de pouvoir lancer cette saison de L2 sur la chaîne L’Equipe.