« C’est un sport ultra "safe" », artistes des airs, Karine Joly et Greg Crozier partagent leur passion du freefly

HORS-TERRAIN Les deux parachutistes, champions du monde de freefly en 2018 en Australie, profitent de leur passion pour enchaîner les figures artistiques au-dessus de la plage de Copacabana ou des pyramides d’Egypte

Jérémy Laugier
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Greg Crozier et Karine Joly se régalent avec le freefly depuis 14 ans.
Greg Crozier et Karine Joly se régalent avec le freefly depuis 14 ans. — Ewan Cowie
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors-terrain », 20 Minutes explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Cette semaine, nous nous consacrons à l’épatante carrière de Karine Joly et Greg Crozier, parachutistes et champions du monde de freefly en 2018 en Australie.
  • Les deux athlètes nous présentent leur passion, qu’ils partagent aussi désormais avec les pratiquants amateurs grâce à des films en réalité virtuelle.

Leur terrain de jeu se situe entre 4.000 et 1.000 m d’altitude. La Lyonnaise Karine Joly et le Stéphanois  Greg Crozier sautent alors d’un avion pour enchaîner durant 45 secondes de spectaculaires figures, tels des patineurs artistiques, de 250 à 280 km/h, le tout dans les airs. Leur collaboration dans la chute libre remonte à août 2007, trois ans après la rencontre « dans une drop-zone » entre ces deux jeunes pratiquants de parachutisme en loisirs. Avec le freefly, ils ont tenu à opter pour le volet artistique du parachutisme. « Ce qui me plaît dans le freefly, c’est l’interaction », explique Karine Joly.

Celle-ci ne risque pas de manquer, à l’instar de leur « figure signature », le Down under, avec l’un des athlètes à l’horizontale, l’autre à l’envers, la tête appuyée sur le dos de son binôme. Filmé par leur déterminant +1, Baptiste Welsch, « vidéoman performeur invisible », qui envoie les images à un jury prenant en compte la technique et l’artistique, le tandem Airwax multiplie les titres depuis 12 ans. Quadruples champions de France et vice-champions d’Europe en 2017, les Rhônalpins ont même touché à la consécration en 2018, avec un premier sacre de champions du monde en Australie, à 37 ans.

Dubaï, Maldives, Namibie, Copacabana, qui dit mieux durant le Covid-19 ?

Si les compétitions marquent le pas depuis l’an passé avec le Covid-19, le duo n’a pas si mal vécu cette période. « Pendant que tout le monde était confiné, nous avons eu de la chance, sourit Greg Crozier. On a enchaîné des sauts à Dubaï, en Namibie, aux Maldives, et même au-dessus de la plage de Copacabana durant nos deux mois au Brésil. » OK, le coronavirus n’a vraiment pas d’emprise sur la créativité de ces artistes des airs.

Karine Joly, qui va publier en septembre son premier livre La Liberté de gagner, consacré à la chute libre, poursuit : « Nous sommes toujours en quête des lieux les plus exceptionnels au monde, surtout s’ils n’ont jamais été survolés en freefly, comme nous avons pu le faire au-dessus de la Grande Barrière de corail et des pyramides d’Egypte. L’idée est de partager tout cela avec le public ». Et de quelle manière, puisque Karine et Greg se lancent désormais dans des films en réalité virtuelle.

L’importance cruciale des souffleries dans leurs entraînements

Les images de leur survol des centres-villes de Lyon et de Marseille vont ainsi être diffusées dans des simulateurs de vol vertical en indoor comme iFly Lyon, à Saint-Priest (Rhône). Avec un casque sur la tête, quel que soit leur niveau, les pratiquants pourront totalement se projeter dans les airs, au-dessus de Confluence et de la place Bellecour, pendant près d’une minute. « Les parachutistes ayant essayé notre projet dans des souffleries sont bluffés par le résultat, raconte Karine Joly. Les gens qui ne peuvent pas sauter en parachute, par exemple pour des raisons médicales, vont retrouver les sensations de pareil saut. »

Qui peut se fendre de pareil selfie devant le Corcovado?
Qui peut se fendre de pareil selfie devant le Corcovado? - Ewan Cowie

Si on est très loin de l’évasion de Copacabana et de la Grande Barrière de corail, les entraînements depuis cinq ans de ce couple dans la vie, à iFly Lyon, se révèlent très précieux. « Sans les souffleries, nous n’aurions pas eu la possibilité d’être des compétiteurs de haut niveau, estime Karine Joly. Etant donné les contraintes de la chute libre, nous ne pouvons effectuer qu’une dizaine de sauts par jour dans un entraînement en plein air. Là, on en enchaîne 80 durant 1h30 à iFly Lyon. C’est comme pour les pilotes Air France, ils travaillent souvent sur simulateur durant leur carrière. »

« Le Cirque du Soleil a toujours été une source d’inspiration pour nous »

« Certaines postures auraient nécessité des années d’entraînement en extérieur, complète Greg Crozier. Là, on n’a pas un parachute de 8 kg dans le dos, donc on peut tester ce qu’on veut et ensuite déterminer si c’est adaptable dans les airs. » Depuis leurs débuts, de nombreuses disciplines artistiques comme le patinage et l’acroyoga ont pu influencer les parachutistes tricolores. « Le Cirque du Soleil a également toujours été une source d’inspiration pour nous, précise Greg Crozier. On fait en sorte de ne jamais rater leurs passages quand on est par là. Nous prenons beaucoup de notes en découvrant leurs spectacles en duo. » Contrairement aux idées reçues, l’équipe Airwax ne prend pas forcément plus de risques que les artistes canadiens. Karine et Greg n’ont ainsi subi aucune grave blessure depuis le début de leur collaboration il y a 14 ans.

Les deux champions du monde tentent de lister les endroits merveilleux dans le monde qui n'ont pas encore été survolés en freefly.
Les deux champions du monde tentent de lister les endroits merveilleux dans le monde qui n'ont pas encore été survolés en freefly. - Ewan Cowie

« Notre sport est très méconnu et c’est frustrant de voir que beaucoup ne voient dans le freefly qu’une discipline à risques, regrette Karine Joly. Il faut savoir que notre pratique, qui compte une cinquantaine d’athlètes de haut niveau dans le monde, est très encadrée. » « Pour nous, c’est un sport ultra safe, poursuit Greg Crozier. Notre matériel bipe pour que le parachute soit ouvert quand nous nous retrouvons à 1.000 m d’altitude. Au niveau des risques, nous sommes en dessous d’une sortie à vélo dans le centre de Paris. » Et au niveau du kif ?