« Quand on fait du canicross, on vole »… Faire du sport avec son chien, une activité au poil

HORS TERRAIN En France, le canicross attire de plus en plus de pratiquantes et de pratiquants, comme le caniVTT

Nicolas Stival
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Le canicross et les disciplines voisines ont leur championnat d'Europe, comme ici en 2016 à Nove Mesto en République tchèque.
Le canicross et les disciplines voisines ont leur championnat d'Europe, comme ici en 2016 à Nove Mesto en République tchèque. — Lubos Pavlicek / AP / Sipa
  • Chaque jeudi, dans sa rubrique « hors terrain », « 20 Minutes » explore de nouveaux espaces d’expression du sport, inattendus, insolites, astucieux ou en plein essor.
  • Aujourd’hui, découvrons le canicross et son cousin le caniVTT, qui impliquent une grande complicité entre le maître ou la maîtresse et son chien.
  • Ces disciplines sont accessibles à tous les humains et à (presque) tous les chiens si l’on s’en tient au niveau loisir.

Depuis plus de 30.000 ans, l’homme et le chien font cause commune. Chasse, surveillance du bétail, traque des stupéfiants… Les tâches attribuées par Homo sapiens sapiens à Canis lupus familiaris sont innombrables. Canicross et caniVTT font partie des derniers avatars de cette fructueuse complicité. « Il faut pratiquer pour comprendre. Avec le chien, on est fusionnel », assure Anne Fulleringer, référence française du caniVTT, titrée au niveau européen et mondial.

Un vélo, une longe avec amortisseur pour protéger le dos de l’animal, un harnais de traction adapté à son gabarit et ça roule. Vite. « Avec Tails, l’une de mes quatre chiennes, on fait du 33 ou 35 km/h en moyenne sur des courses de 6 km, avec des pointes à 50 km/h en descente », précise l’Ardéchoise de 38 ans, qui travaille dans le nucléaire quand elle n’écume pas les compétitions.

Ça roule donc, ou ça trotte, puisqu’il n’est plus rare de croiser un joggeur ou une joggeuse relié(e) par une laisse à son chien. « La complicité est indescriptible, confirme Yvon Lasbleiz, 68 ans et ancien marathonien. Quand on fait du canicross, on vole. Quand votre foulée est adaptée à celle du chien, c’est formidable. Il va tout donner pour vous, il ne vous lâche pas. »

Plusieurs fédérations pour le même os

Le sexagénaire paimpolais a cofondé en 2006 la Fédération des sports et loisirs canins (FSLC), qu’il préside toujours. « Dans les années 1980, un vétérinaire lyonnais, Gilles Pernoud, a eu connaissance du ski joering pratiqué dans les pays nordiques, reprend le Breton. Il s’en est inspiré et a lancé un circuit en France, qui est longtemps resté assez confidentiel. » Canicross et dérivés ont vraiment pris leur essor dans les années 2010, et « maintenant ça explose », assure Yvon Lasbleiz.

Avant d’aller plus loin, un petit point institutionnel. La FSLC, qui fait uniquement dans le « monochien », comme le rappelle son dirigeant, occupe une place très importante dans le petit monde des sports et loisirs canins. Mais elle n’est pas « la fédération agréée et délégataire », précise Frédéric Borgey. Ce Drômois de 56 ans préside lui la Fédération française des sports de traîneau (FFST), née en 1987 et qui a reçu patte blanche de l’État au début de la décennie suivante.

Le malinois, ce n'est pas que pour les policiers et les gendarmes.
Le malinois, ce n'est pas que pour les policiers et les gendarmes. - FSLC

« Nous balayons un spectre très, très large, du canicrosseur avec un chien jusqu’à l’attelage de longue distance qui part en Alaska, confie cet ancien membre de l’équipe de France de sport de traîneau. On établit les règlements, on sélectionne les équipes de France, on peut organiser les championnats d’Europe et du monde dans notre pays, on intervient sur la formation des professionnels. Nous avons déjà 30 ans d’expérience en tant que fédération structurée. Alors que la FSLC est née avec l’avènement du canicross et du caniVTT. »

Accessible à tous les chiens, ou presque

La bisbille tourne parfois au quiproquo, par exemple pour savoir qui a le droit de se proclamer champion du monde. Mais peu importe pour le pratiquant de base, soucieux d’aller se dégourdir jambes et pattes avec son chien. Mais avec quelle race au fait ? Toutes, ou presque. La catégorie 1 (staff, pitbull…) est proscrite et les « nez écrasés » (carlin, bouledogue…) qui, à l’effort, peuvent vrombir tel un moteur d’A320, pas franchement conseillés. S’il peut être un charmant compagnon, le chihuahua manque cruellement de puissance.

Le canicross peut se pratiquer très jeune avec, forcément, un chien adapté à l'enfant.
Le canicross peut se pratiquer très jeune avec, forcément, un chien adapté à l'enfant. - Rex Features / Rex / Sipa

Mais les petits chiens ont quand même leur mot à dire pour la pratique loisir. « J’avais un Jack Russell hyperactif et je cherchais une activité pour le défouler, se rappelle Anne Fulleringer qui, au milieu des années 2000, a quitté le milieu de l’équitation pour un autre, beaucoup plus confidentiel. J’ai découvert le canicross sur Internet. Et c’est en participant à des courses que j’ai vu des départs en caniVTT. Je ne savais même pas que ça existait. En canicross, on va chercher un chien avant tout puissant alors qu’en caniVTT, il devra être plus rapide. »

Greyster et ESD, des chiens « fabriqués » pour le canicross et le caniVTT

Aujourd’hui, la championne dirige une « écurie » de quatre chiennes : une husky de 13 ans retirée du circuit et trois Greyster. Ce croisement de lévrier Greyhound et de braque allemand a été spécialement « travaillé » pour la discipline. Yvon Lasbleiz, lui, est l’heureux propriétaire de deux ESD (European Sled Dog), un cocktail tonique de braque, lévrier, pointer et race nordique (husky ou malamute). « C’est un chien très profilé, c’est de la Formule 1 », sourit le sexagénaire, qui depuis quelques années a délaissé le canicross pour le caniVTT.

Que l’on soit relié à une « F1 » ou à un « karting », la pratique se développe, au point d’engendrer des rayons dédiés, avec laisses et harnais, dans des magasins d’articles de sport. Sur la réalité de l’expansion actuelle, freinée mais pas bloquée par la pandémie qui a gelé le calendrier des courses depuis plus d’un an, les deux Fédérations sont d’accord. Pour les chiffres, c’est une autre histoire…

Des chiffres et des êtres

La FFST, agréée et liée au ministère des sports, affiche « un peu plus de 1.000 licenciés » dans toutes les disciplines qu’elle couvre. La FSLC annonce « 3.100 licenciés à l’année en 2019 et plus de 20.000 inscriptions par an à plus d’une centaine d’épreuves que nous organisons, avec 54 % de femmes ». « Ils intègrent des gens qui ne font que du loisir », pointe Frédéric Borgey, le patron de la FFST. On n’oublie pas la CNEAC, émanation de la Centrale canine, qui organise chaque année un Grand Prix de France et revendique sur son site « 1.000 licences à l’année sans compter les licences journée [+ 1.000] ».

« On ne peut pas réguler la pratique occasionnelle, reprend Frédéric Borgey. Mais nous sommes vigilants sur le matériel, le kilométrage, la nature des sols, les modalités d’entraînement, le calcul des températures, de l’hygrométrie et du dénivelé… » Quelle que soit la Fédé, les courses se veulent très codifiées, avec un âge minimal pour les chiens (12 mois pour le canicross, 18 mois pour le caniVTT), une distance généralement comprise de 1 (pour les enfants) à 9 km, sur des sols « mous » car le goudron des routes va blesser voire brûler les coussinets des animaux. Une température trop forte peut entraîner l’annulation d’une course.

Le canitrail et la canitrottinette pointent le bout de leur truffe

« Le chien ne transpire pas, il halète », rappelle Frédéric Borgey. « Passés les 25 °C, une compétition n’a pas lieu, indique Yvon Lasbleiz. Et quand on s’en approche, on la déplace au matin ou au soir. » Encore embryonnaires, le canitrail (jusqu’à 20 km) et le canitrottinette pointent le bout de leur truffe, au côté de la canimarche ou de la canirando, idéales pour les propriétaires peu sportifs et les chiens dont le poil blanchit.

En canitrottinette, avoir le sens de l'équilibre est primordial.
En canitrottinette, avoir le sens de l'équilibre est primordial. - Lubos Pavlicek / AP / Sipa

Pour former son animal, des éducateurs sont disponibles dans les clubs un peu partout sur le territoire. Méfiance, tout de même, selon Frédéric Borgey : « Des éducateurs canins vendent du canicross. S’ils savent très bien éduquer un chien, ils ne savent pas forcément faire faire du sport à un humain. »