Euro 2021 : Oui, les joueurs de l'équipe de France auraient le droit de mettre un genou à terre contre le racisme

FAKE OFF Des responsables politiques et un syndicat de police se sont émus de la volonté des joueurs d'avoir un tel geste pour dénoncer le racisme, estimant qu’ils étaient tenus à une forme de neutralité. Sauf que l’UEFA ne l’interdit pas, voire l’encourage

T.H.

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L'équipe de France avant son match contre l'Allemagne, mardi 15 juin 2021.
L'équipe de France avant son match contre l'Allemagne, mardi 15 juin 2021. — Alexander Hassenstein/AP/SIPA
  • Les Bleus ont créé la polémique, mardi 15 juin, en annonçant leur intention de poser un genou à terre en signe de protestation contre les discriminations et le racisme avant le match contre l’Allemagne, avant de se raviser.
  • De nombreuses voix politiques s’étaient élevées pour rappeler que, selon la Charte olympique et les statuts de la FFF, les joueurs ne devaient pas exprimer de commentaires politiques.
  • L’UEFA, qui organise l'Euro, a toutefois rappelé que tout joueur souhaitant poser un genou à terre était autorisé à le faire.

Ce geste, finalement avorté, était-il vraiment interdit, comme l’affirment des responsables politiques et un syndicat de police ?  L’équipe de France de football a déclenché une polémique d’ampleur, mardi 15 juin, en annonçant son intention de poser un genou à terre en signe de protestation contre les discriminations et le racisme avant le match de l’Euro contre l’Allemagne (1-0). Un geste symboliquement associé au mouvement antiraciste « Black Lives Matter », auquel les Bleus avaient pourtant déjà eu recours par le passé et que la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, soutenait.

Dans une lettre ouverte adressée au président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, le syndicat France police-Policiers en colère a annoncé son intention de saisir la justice pour réclamer la nomination d’un nouvel administrateur provisoire de la FFF si l’équipe de France mettait son geste à exécution. Selon le syndicat minoritaire, dont le secrétaire général Michel Thooris est un ancien conseiller de Marine Le Pen, ce « geste de propagande, éminemment politique », prônerait « la haine anti-flic » et serait contraire à l’article premier des statuts de la FFF.

Cette vision est partagée par de nombreuses personnalités politiques à droite et à l’extrême droite, à l’instar de Thierry Mariani, candidat du rassemblement national en région Paca, qui a exprimé son mécontentement sur Europe 1. Selon lui, « l’article 5 de la Charte olympique rappelle la neutralité du sport », et empêcherait donc les Bleus de poser un genou à terre.

FAKE OFF

L’article premier des statuts de la FFF, cité par le syndicat France police, prévoit bien que « tout discours ou affichage à caractère politique, idéologique, religieux ou syndical » est interdit, de même que « tout acte de prosélytisme ou manœuvre de propagande », sous peine de « poursuites disciplinaires et/ou pénales ». L’article 50 de la Charte olympique (et non le 5), rappelle quant à lui « qu’aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique ».

Sauf que l’Euro de football n’est régi ni par le Comité international olympique (CIO), ni par la FFF, mais par l’UEFA (Union des associations européennes de football). Et cette dernière, loin de condamner le fait de mettre un genou à terre, l’encouragerait au contraire.

Un geste encouragé par l’UEFA

Contactée par nos confrères de France Info, l’UEFA a ainsi expliqué qu’elle appliquait « une tolérance zéro contre le racisme, par conséquent, tout joueur qui veut exiger l’égalité entre les humains en posant un genou à terre est autorisé à le faire ». Elle exhorte même les spectateurs à « faire preuve de respect envers les joueurs et les équipes qui font ce geste ». Si dans ces statuts, l’UEFA se déclare neutre sur le plan politique et religieux, elle a déjà déployé à plusieurs reprises des banderoles « Non au racisme » dans les stades, rappelle France Info, et revendique ses actions de lutte contre les discriminations.