Bayern Munich-PSG : Qu’est-ce qui cloche dans la nouvelle réforme de la Ligue des champions ?

FOOTBALL Dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, le nouveau format pour 2024 n’a toujours pas été officialisé, faute d’accord sur la gestion des revenus générés par l’épreuve

Julien Laloye, avec N.C

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 Aleksander Ceferin, président de l'UEFA, remet le trophée de vainqueur de la C1 à Manuel Neuer, en août 2020.
Aleksander Ceferin, président de l'UEFA, remet le trophée de vainqueur de la C1 à Manuel Neuer, en août 2020. — Julian Finney - UEFA/SIPA
  • L’UEFA tarde à annoncer la nouvelle mouture de la Ligue des champions après 2024.
  • L’adoption d’un système suisse avec une centaine de matchs supplémentaire est privilégiée.
  • Un moyen de contrer provisoirement la création d’une Superligue fermée à l’initiative de l’ECA, le puissant syndicat des plus grands clubs européens.

Les dernières indiscrétions depuis Nyon se rejoignent dans les grandes lignes : on tient le bon bout sur la réforme de la Ligue des champions post 2024, malgré quelques pousse-au-crime, plutôt hispano-anglais que franco-allemands, qui retardent encore l’officialisation du nouveau format. Un système à la suisse, une idée soufflée par Edwin Van der Sar, le directeur général de l’Ajax, avec 36 équipes au lieu de 32, une phase de poules plus longue qu’un Scorsese, et double ration de matchs au final (180 vs 96), quitte à s’en faire pétarder l’estomac avant même le printemps.

« Le système suisse est un bon système »

Le meilleur compromis et de loin selon Danel Rommedahl, directeur général du FC Copenhague et membre du tout-puissant syndicat ECA (le Medef des grands clubs), joint par 20 Minutes : « Beaucoup de gens ont mis des idées sur la table, et l’UEFA a mixé ces idées pour trouver le bon équilibre, en respectant les piliers de la coupe d’Europe. Le système suisse est un bon système, même si on peut avoir des désaccords sur le nombre de matchs. Moi par exemple ça ne me dérange pas que mon club joue davantage, il faut simplement que ce soit des affiches plus attractives. » Beaucoup d’encens tartiné sur les murs pour enrober la vérité : la capitulation en rase campagne de l’UEFA, soucieuse d’éviter le fameux spectre d’une Superligue, agité avec encore moins d’amour-propre que d’habitude par le cartel du foot européen à la fin 2020.

A travers son syndicat, l’aristocratie de la Ligue des champions ne fait plus semblant de cacher ses visées hégémoniques. « Quand vous interrogez les petits qui sont invités parfois à des AG de l’ECA, ils reviennent outrés de ce qu’ils ont entendu, éclaire Domnique Courdier, directeur de l’information chez News Tank Football, une agence d’informations à destination des dirigeants. L’ECA, c’est le business pur, sans scrupule. Ils cherchent depuis longtemps une formule avec plus de matchs, pour dégager plus de recettes "matchday", plus de droits TV et plus de sponsoring, tout en protégeant les gros. Là, ils sont allés chercher loin avec ce format inspiré des échecs. »

L’ECA en veut toujours plus

Certains prêtent même au Belzébuth présidé par Agnelli, le boss de la Juve, une stratégie plus perfide encore : proposer une formule imbitable pour mieux refaire le coup du 18-Brumaire avec la ligue fermée. Des accusations qui font sourire notre interlocuteur danois. « Vous savez, je comprends la position des très grands clubs. Copenhague, en Europe ce n’est pas grand-chose, mais nous sommes le Real Madrid du Danemark. Je comprends ce qu’ils pensent pouvoir amener. Tout n’est pas éclairci, il manque des pièces du puzzle, mais on est sur le bon chemin. » Soit. Les pièces manquantes sont d’importance, pourtant.

Oh, sur le plan sportif, on ne se bat plus que pour ces clopinettes. Savoir, en gros, à qui vont échoir les quatre places supplémentaires. L’ECA, qui n’a peur de rien, en réclame au moins la moitié pour les cadors qui passeraient au travers de leur saison domestique (Arsenal cette année, au hasard). L’association des championnats européens refuse d’en entendre parler, jusqu’ici. « Les négociations continuent, explique son président Lars-Christer Olsson à 20 Minutes. Il n’y a pas de ligne rouge, mais on souhaiterait que trois champions de petits pays supplémentaires aient accès à la compétition plutôt que des clubs des grands championnats. Cette nouvelle formule nécessite encore des ajustements. »

Si un compromis est attendu sur ce point, les positions sont encore très éloignées entre l’UEFA et les clubs sur la gestion des revenus financiers de la nouvelle formule. Aujourd’hui, l’UEFA fait sa petite tambouille avec deux sociétés suisses, Team Marketing (droits TV des coupes d’Europe), et CA Eleven (matchs internationaux), et joue à je-te-tiens-par-la-barbichette avec les grands clubs. D’un côté, ces derniers ont droit à une place prépondérante à la table des négociations via l’UCC (la filiale qui gère les compétitions), de l’autre, l’UEFA conserve un droit de veto sur un changement de format de la coupe d’Europe.

Pour qui la gestion des revenus commerciaux du nouveau format ?

Selon les informations du Times, l’ECA exigerait, en échange du maintien de ce droit de veto, de prendre en charge elle-même la gestion des droits TV et marketing autour de la C1, histoire de se servir directement dans la caisse, mais aussi de se donner du mou sur la place accordée aux sponsors dans les stades pendant les matchs, ou bien sur la commercialisation d’une partie des plus belles actions en streaming quasi immédiat, par exemple. « Ce joint-venture représente en quelque sorte la moins mauvaise solution, estime Pierre Rondeau, économiste du sport. C’est un bon équilibre entre la volonté de l’ECA de récupérer davantage de droits et la nécessité de conserver le label "Ligue des champions" qui dépend de l’UEFA ».

Cela ressemblerait à une paix carthaginoise pour Ceferin et l’UEFA, mais ce dernier n’a plus vraiment le choix. La pandémie a sabré dans les revenus des grands clubs, qui veulent reprendre la main pour se refaire la cerise. « Ils prennent l’exemple de la NFL qui a renégocié ses droits TV pour 10,27 milliards de dollars par an jusqu’en 2033. Ça donne des idées aux clubs, qui se disent qu’avec un format en ligue presque fermée avec la crème de la crème, ils pourraient exciter les supporteurs et générer plus d’argent. » Les organisateurs de la Superligue tablaient sur quatre milliards d’euros de droits TV, quand l’épreuve actuelle génère un peu plus de trois milliards, un chiffre déjà en constante augmentation depuis dix ans.

Nasser Al-Khelaïfi salue Karl-Heinz Rummenigge et Uli Hoeness, en septembre 2017 au Parc des Princes.
Nasser Al-Khelaïfi salue Karl-Heinz Rummenigge et Uli Hoeness, en septembre 2017 au Parc des Princes. - David Niviere/SIPA

Le PSG et le Bayern, des alliés en sous-main

Dans ce grand jeu de dupes, on entend assez peu le PSG et le Bayern, qui agissent plutôt en passagers clandestins de la réforme, malgré la présence de Nasser Al-Khelaïfi au comité exécutif de l’UEFA. « Son influence sur les débats ? Je ne peux pas parler à la place de Nasser, mais si on regarde le contenu de la réforme, avec un quatrième qualifié pour la cinquième nation à partir de 2024, je pense que les clubs français peuvent être satisfaits du résultat », souffle Daniel Rommedhal. C’est gentil de le dire comme ça, puisque cela supposerait que « NAK » démontre un vague intérêt pour le sort de ses congénères de L1, ce qui reste à prouver. Le PSG avait en effet donné son accord au projet récent de Superligue, sans en référer à qui que ce soit, comme le Bayern d’ailleurs.

Le champion d’Allemagne se plaît à adopter la posture du chevalier blanc depuis quelque temps (« une ligue fermée, comment osez-vous ? »), alors qu’il était à l’initiative de la dernière grande tentative de scission avec l’UEFA en 2016, comme l’ont révélé les Football Leaks. D’ailleurs, quand on demande à Lars-Christer Olsson si les deux adversaires du jour sont des interlocuteurs plus compréhensifs que le Real Madrid ou Manchester United dans les négociations, le dirigeant suédois répond de manière énigmatique : « Plus raisonnables ? Je ne sais pas, je suppose que ça dépend de quoi on parle ». Verdict prévu le 19 avril, aux dernières nouvelles.