« Le record du monde, c’est la cerise sur le gâteau », savoure l'apnéiste Arthur Guérin-Boëri

INTERVIEW Mais pour l’apnéiste niçois, quintuple champion du monde, son record « n’était qu’une étape »

Propos recueillis par Elise Martin

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Arthur Guérin-Boëri, 36 ans, vient de réaliser un record du monde en apnée dynamique sur 120 m dans un lac à 0° C en Finlande avec une combinaison de 2 mm
Arthur Guérin-Boëri, 36 ans, vient de réaliser un record du monde en apnée dynamique sur 120 m dans un lac à 0° C en Finlande avec une combinaison de 2 mm — O. Morin / AFP
  • Arthur Guérin-Boëri a pour objectif de nager dans les eaux glacées du Canada, l’année prochaine, en maillot de bain sur une distance de 105 m. Le record en Finlande « n’était qu’une étape ».
  • L’apnéiste est revenu s’installer à Nice il y a deux ans. Pour son entraînement, il allait nager dans les eaux à deux degrés des lacs de l’arrière-pays avec la difficulté supplémentaire de l’altitude.
  • Il aime être sur la Côte d’Azur pour être proche de la communauté d’apnéistes présente, notamment Guillaume Néry ou Morgan Bourc’his.

Au lac Sonnanen, en Finlande, Arthur Guérin-Boëri a réalisé un nouveau record du monde en apnée dynamique (et en horizontal) la semaine dernière. En brasse, dans une eau glacée, il a nagé 120 m en trois minutes, uniquement équipé d’une combinaison de 2 mm.

Ce Niçois de 36 ans ajoute cet exploit aux autres : il a été sacré trois fois champion du monde d’apnée dynamique (2013, 2014, 2015) avant de devenir le premier à atteindre les 300 m avec palmes (2016). En 2017, il a nagé dans le même lac mais sur 175 m, avec monopalme et en combinaison de cinq millimètres. Ce nouveau record n’est alors « qu’une étape » pour son objectif global, « nager 105 m dans les eaux glacées du Canada dans un an, en slip de bain ». Avec 20 Minutes, Arthur Guérin-Boëri revient sur cette passion dans laquelle il est tombé « quand il était petit ».

Comment un Niçois passe des eaux de la Méditerranée à celles glacées de Finlande ?

C’est dans la mer de Nice que j’ai commencé à mettre la tête sous l’eau. Je trouvais ça fascinant. Puis, j’ai été marqué par Le Grand Bleu. J’adorais ces sentiments de liberté et de plénitude décrits dans le film. Alors, à l’âge adulte, je m’y suis vraiment intéressé et j’y suis allé dans le premier club dans lequel j’ai pu m’inscrire. C’était en 2011. Comme je vivais à Paris, c’est vers l’apnée dynamique que je me suis dirigé. Petit à petit, j’ai exploré complètement la discipline en piscine. Pour me diversifier et sortir des bassins, j’ai commencé à m’intéresser aux environnements naturels.

Pourquoi choisir de réaliser ce nouveau record dans cet endroit ?

J’ai réalisé un premier record en mars 2017 dans ce même lac mais sur 175 m, avec monopalme et en combinaison de cinq millimètres. Ensuite, je n’ai plus rien fait. Je me suis dit qu’il était temps que je me remette dans le bain. Alors, depuis un an, je m’entraîne dans des lacs de l’arrière-pays niçois, je fais de l’apnée en piscine et dans la mer de Villefranche-sur-Mer. En même temps, je devais m’acclimater au froid en me trempant dans de l’eau glacée. C’est vrai que les Finlandais ont dû trouver ça drôle qu’un Français, en plus Niçois, vienne battre les records dans leurs eaux. Mais j’ai aussi choisi ce lieu parce que je connaissais le pays [c’était le même lac que son record en 2017] , je sais qu’en termes d’organisation, tout était carré. Je me suis dit que je pouvais retourner dans cet endroit en profitant d’avoir un lac au niveau de la mer, ce qui permet de partir avec plus de carburant.

Qu’est-ce qu’on ressent quand on passe trois minutes sous 50 cm de glace ?

Ce n’est pas si anxiogène qu’on peut le penser. La lumière est diffuse, l’eau est très claire. Finalement, c’était assez agréable pour un endroit hostile à la vie en général. C’est un moment dont on se souvient. L’eau à 0°C saisit le corps, c’est envoûtant et ça a un effet hibernant. Evidemment, si on ne s’est pas acclimaté avant, on ne vit pas la même chose. Mais c’est tout le cheminement et les rencontres qu’on fait pour arriver à ce moment de réussite qui est gratifiant. Le record, c’est la cerise sur le gâteau. Je me focalise maintenant sur la prochaine étape et l’objectif global du Canada en mars 2022, nager en slip de bain en apnée dynamique. Peut-être qu’entre-temps, une autre personne battra mon titre ou quelqu’un fera plus que les 105 m que je me suis fixés. Alors, je m’adapterai. Ce qui est bien, c’est que je suis assez libre. Comme c’est une activité mentale avant tout, on peut le pratiquer jusqu’à 50 ans facilement. Donc il y a de quoi encore, je peux me lancer à 100 % dans ce sport et dans toutes les sortes d’apnée.

Est-ce qu’à travers vos exploits vous pensez que la discipline va devenir tendance ?

L’apnée est un sport qui explose complètement. Déjà il y a dix ans, c’était difficile de trouver une place dans un club en piscine. Maintenant, il y a même une liste d’attente. Evidemment, 95 % des licenciés le font pour le loisir. Ils veulent trouver ce plaisir du silence, l’apesanteur et tout ce travail sur soi pour dépasser ses limites. On prend vite conscience de ce qu’on est capable de faire et ça rebooste la confiance en soi. La plupart des gens ne sont pas là pour prendre des risques et on ne leur demande pas de battre des records du monde. Mais c’est très complet, que ce soit en mer, en piscine, en profondeur ou dynamique. Ça nous permet d’arriver à des états de concentration et de relaxation similaires à la méditation ou au yoga. Il faut essayer parce que tout le monde peut le faire. Et les sensations sont incroyables. En plus, c’est bon pour le corps et l’esprit !