Coupe de France: «L'important, c'est l'image qu'on laisse sur son passage», estime Papy Leye, coach de Châteaubriant

INTERVIEW Les Voltigeurs de Châteaubriant joueront le premier 16e de finale de Coupe de France de football de leur histoire, dimanche à Romorantin. Sur le banc du club de Loire-Atlantique, Papy Leye, un entraîneur historique attaché à son département

David Phelippeau

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Papy Leye, l'entraîneur de Châteaubriant.
Papy Leye, l'entraîneur de Châteaubriant. — Illusion&réalisme
  • Les footballeurs amateurs de Châteaubriant (N2) affronteront Romorantin (N2) dimanche en 16e de finale de Coupe de France.
  • Sur le banc, Papy Leye, un entraîneur emblématique et historique, à Châteaubriant.

Une grande première pour les Voltigeurs de Châteaubriant. Dimanche (18 h 30), le club de Loire-Atlantique, pensionnaire de N2, va jouer à Romorantin (N2) son premier 16e de finale de Coupe de France. En 2007, les Castelbriantais s’étaient qualifiés à ce stade de la compétition, mais avaient finalement perdu sur tapis vert le 32e de finale (gagné 1-0) contre Bois-Guillaume. Pour Daouda Papy Leye (57 ans), le coach historique de Châteaubriant, c’est forcément « un petit événement ». Celui qui a été entraîneur de 1998 à 2012 puis depuis 2017 aux Voltigeurs l’a dit à ses joueurs : « Dans 25 ans, on parlera peut-être de ce match de dimanche. Ce qui est important c’est ce qu’on laisse, ça va au-delà du foot… » Un discours qui correspond parfaitement à la philosophie de cet ancien joueur professionnel d’Ancenis (44), d’origine sénégalaise.

Racontez-nous votre arrivée en 1985 en France et votre histoire d’amour avec le football…

Je jouais au foot au Sénégal. Je n’avais cependant le droit que deux mois dans l’année pendant les vacances scolaires. Quand je suis arrivé à Paris pour venir faire des études, un agent m’a repéré à la porte de Clignancourt. Il m’a demandé si je voulais jouer au foot en club. Celui d’Ancenis avait passé une annonce dans France Football. Le match durant lequel j’ai été testé, c’était contre… Châteaubriant. Après, il a fallu trouver un stratagème pour que mon père pense que je continuais mes études. C’est pour ça que je suis devenu entraîneur. J’ai passé les diplômes. Dès que j’en avais un, je lui envoyais.

Ancenis, vous y êtes resté huit années en tant que joueur…

Sur le plan humain, j’ai rencontré des gens exceptionnels. Cela m’a marqué, c’est pour ça que je n’ai jamais quitté Ancenis en tant que joueur car je leur devais beaucoup. On a joué jusqu’en L2 et c’était une belle histoire.

Et ensuite, en 1998, vous devenez coach de Châteaubriant [qu’il a fait monter de DSR en CFA 2 à l’époque]. Une histoire qui a duré aussi…

De toute façon, entre Ancenis [où il a aussi été coach de 2013 à 2016] et Châteaubriant, je n’ai jamais quitté le département. La Loire-Atlantique a marqué ma vie avec ces deux villes. Je n’ai pas fait autre chose ailleurs.

Vous n’avez jamais eu envie de quitter le département pour un nouveau défi après toutes ces années ?

On sait ce qu’on laisse, mais on ne sait jamais ce qu’on va trouver. C’est toujours ce que j’ai dit. Et l’herbe n’est pas toujours verte ailleurs. L’argent et la notoriété n’ont jamais été mon moteur. Je n’ai jamais été carriériste. Je n’ai jamais eu de plan de carrière ou essayé d’avoir des soutiens par-ci, par-là. J’ai toujours fait en fonction de dirigeants, des joueurs et des bénévoles à qui j’avais à faire. Quand je me sentais bien avec eux, je ne me voyais pas aller ailleurs. Ce n’est pas un manque d’ambition. C’est ce que je suis…

Il y a eu un peu de frilosité de votre part ?

Ce n’est pas de la frilosité. L’éducation et la stabilité de mes quatre enfants comptaient aussi. L’environnement a surtout toujours fait que je me sentais bien. Je me voyais mal partir alors que ça allait bien. Oui, j’ai eu des sollicitations en tant que joueur et coach, mais je ne suis pas allé plus loin. Je n’ai jamais déposé de candidature, jamais essayé de me vendre.

C’est quoi votre moteur ?

A Châteaubriant, il y avait tout à construire. Le club était en DSR quand je l’ai pris. Ce qui va rester le jour où j’arrêterai, c’est cette reconnaissance du travail effectué et pas que j’aurais pu gagner 2.000 ou 3.000 euros de plus ailleurs. Peu importe qui on est, l’important c’est l’image qu’on laisse sur son passage. Par rapport à mon histoire, je n’aurai jamais de regrets.

C’est cette idée de transmission qui vous anime toujours ?

Quand j’ai entraîné la section féminine il y a quatre ans, on a gagné la Coupe de district et j’étais aux anges. J’avais couru comme un fou à la fin du match… Quand une fille ne savait pas jongler et qu’à force de travail, elle arrivait ensuite à faire cinq jonglages, j’étais le plus heureux du monde. C’est ma vie ça. Je n’ai pas besoin de reconnaissance supplémentaire. Je vis bien et je mesure la chance que j’ai tous les jours.