Barça-PSG : « On ne tue pas un arbitre pour un mauvais match »… Qu’est devenu Deniz Aytekin, le sifflet de la remontada ?

FOOTBALL Si la carrière de l’arbitre allemand a été relativement freinée après sa terrible performance du Camp Nou en 2017, il n’a jamais été mis au placard pour autant

B.V.

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L'arbitrage de l'Allemand Deniz Aytekin lors de Barcelone-PSG (1-6), le 8 mars 2017 en 8e de finale retour de Ligue des champions, a été très critiqué.
L'arbitrage de l'Allemand Deniz Aytekin lors de Barcelone-PSG (1-6), le 8 mars 2017 en 8e de finale retour de Ligue des champions, a été très critiqué. — LLUIS GENE / AFP
  • En 2017, l'arbitre Deniz Aytekin avait subi la foudre des supporters parisiens pour avoir sifflé contre le PSG lors de la remontada face au Barça.
  • Nous avons cherché à savoir si ce match avait coûté cher à l'arbitre allemand.

Son nom est réapparu, à l’improviste, au beau milieu du mois de mai dernier. Deniz Aytekin, le célèbre arbitre de la remontada en 2017, enfin reconnu coupable par l’UEFA d’avoir sifflé n’importe comment lors de la catastrophe du Camp Nou. Pourquoi trois ans plus tard ? Et dans quel cadre, exactement ? Impossible à dire, pour la bonne raison qu’il s’agit d’une bien belle fake news, pourtant reprise par de nombreux médias influents dont le Daily Mail. Son origine, un tweet moyennement honnête d’un influent journaliste espagnol, citant – sans le préciser – un article encore moins honnête de 2017, dans lequel la question d’une sanction de l’arbitre allemand était évoquée.

Il n’en fut évidemment rien. Disons-le d’entrée, Deniz Aytekin n’a jamais été sanctionné pour ses drôles de coups de sifflet, entre les penalties plus que généreux accordés au Barça et ceux plus qu’évidents oubliés au PSG. Présent dans la liste « élite » des arbitres de l’UEFA depuis 2014, sorte de top20/25 des meilleurs sifflets européens, Aytekin n’en est jamais sorti, surtout pas après la soirée au Camp Nou et encore moins cette saison, alors qu’il soigne une longue blessure.

La liste des arbitres élites quelques mois après le Barça-PSG
La liste des arbitres élites quelques mois après le Barça-PSG - Capture d'écran

« Il n’y a pas de règle définitive, ça arrive à tout le monde de se planter pendant un match, explique un ancien arbitre français, présent de longues années dans la commission arbitrale de l’UEFA. Si à chaque fois que des joueurs ont raté un match ils n’étaient plus titulaires… On ne tue un arbitre pour un mauvais match et en général, l’UEFA est au soutien derrière les arbitres s’ils sont accusés. »

C’est d’ailleurs peu ou prou ce qu’Alexandre Ceferin, le boss de l’UEFA, avait expliqué en 2017 : « Quand quelque chose se passe mal, nous pouvons en discuter mais il n’est pas question d’une suspension. C’est comme si un joueur qui ratait un penalty était banni ou suspendu. »

D’autant que l’UEFA a au moins une petite part de responsabilité dans cette histoire. En règle générale, la commission profite en effet des matchs retours considérés comme pliés d’avance – et donc avec moins d’enjeu – pour donner un peu d’expérience à certains arbitres prometteurs. Alors ce PSG-Barça avec un 4-0 à l’aller, Aytekin devait être un beau tremplin pour un arbitre qui n’avait jusque-là officié que dans une dizaine de matchs de Ligue des champions, dont un seul de phase finale, un huitième aller entre Monaco et Arsenal en 2015.

Jamais désigné sur de très gros matchs

Donc l’UEFA ne l’a pas lâché. En revanche, elle l’a un peu « mis au frigo, poursuit notre ancien arbitre. Un peu de repos, ça lui fera du bien. C’est un peu diplomatique, il faut voir s’il a été marqué par la campagne de presse autour de lui. L’UEFA ne sera jamais dans la provocation, on évite de le remettre tout de suite, ou sur des matchs moins importants… »

Pour Aytekin, ça n’a pas loupé. Après le Barça-PSG, l’Allemand n’a plus touché à un match européen de la saison. Il fera son retour à l’automne suivant, mais généralement pour des matchs de poule de seconde zone ou déséquilibrés (Maribor-Spartak, Atletico-Qarabaq, etc.). Au final, depuis 2017, Aytekin n’a fait qu’une dizaine de matchs de poules de Ligue des champions et Ligue Europa réunies, pour un seul match à élimination directe, un huitième de C3 entre Benfica et Zagreb. C’est peu, très peu, pour un arbitre élite.

Sa carrière internationale non plus n’a pas décollé. « Pour ça, il était de toute façon bloqué par Felix Brych, la star allemande de l’arbitrage, nous explique un connaisseur du milieu. On ne peut pas non plus dire que sa carrière a été fauchée en plein vol, il n’a jamais fait partie des top-top sifflets ».

Et qu’est-ce qu’il en pense, lui, de tout ça ? Impossible à dire. Jamais l’arbitre allemand ne s’est exprimé publiquement sur cette rencontre et la vague qui en a suivi. « En général, l’UEFA n’autorise pas de communication publique », soufflent nos sources. Certes, mais ça n’a pas empêché Aytekin de donner des interviews à des médias allemands. La plus étonnante, en 2019, au quotidien Bild, n’évoque jamais ce Barça-PSG.

« Cette histoire du Barça-PSG n’est pas très importante en Allemagne ».

Tout juste évoque-t-il des regrets pour un penalty non sifflé à Marco Reus alors qu’il jouait encore à Mönchengladbach et qui le « hante depuis ». Interrogé, l’auteur de l’interview Lars Wallrodt assure qu’il n’avait reçu aucune demande de ne pas évoquer le Barça-PSG, précisant que « cette histoire n’était pas très importante en Allemagne ».

Auteur d’un documentaire de 30 minutes en immersion avec Aytekin pour la chaîne publique ARD, le réalisateur Tom Häussler confirme lui aussi avoir choisi de ne pas traiter la question.

Personnage public, habitué des médias et de conférences publiques, Aytekin est resté une sommité de l’arbitrage dans son pays, où l’on se fout un peu de ce qu’il aurait pu coûter au PSG. Il a d’ailleurs été meilleur arbitre de Bundesliga en 2019, puis une nouvelle fois l’année dernière par un sondage officieux sur le site Kicker. A croire que le PSG est vraiment tombé sur le mauvais jour.