Coronavirus : Comment Salomon a devancé la concurrence pour sortir le premier masque sportif « sans la moindre gêne »

EPIDEMIE Après plus de neuf mois de développement, la marque haut-savoyarde va commercialiser fin février 10.000 masques de protection « 100 % made in France » à destination des sportifs

Jérémy Laugier

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Le premier masque de sport français vient d'être officialisé par Salomon.
Le premier masque de sport français vient d'être officialisé par Salomon. — Louis Bertrand / Salomon
  • Après plus de neuf mois de collaboration avec Zebra et Chamatex, Salomon est prêt à commercialiser à la fin du mois les 10.000 premiers masques de sport « 100 % made in France » permettant de se protéger au mieux du coronavirus.
  • Ceux-ci seront vendus autour de 20 euros pour la version de course « classique », et 40 euros pour la pratique des sports d’hiver.
  • 18 athlètes du Team Salomon ont contribué durant un mois à améliorer l’efficacité de ces masques qui vont devancer de quelques semaines ceux lancés par l’enseigne Decathlon.

Decathlon a dégainé un communiqué le premier, le 21 janvier, mais les premiers masques disponibles pour les sportifs en France seront signés Salomon. Alors que la production a commencé début février à Tarare (Rhône), la commercialisation de 10.000 masques aura en effet lieu à la fin du mois, en visant ensuite une production mensuelle de 15.000 exemplaires. Comment la célèbre marque de sport outdoor est-elle parvenue à devancer Decathlon sur cet enjeu majeur, en pleine crise sanitaire du Covid-19 ?

« Dès le premier confinement, j’ai eu l’intime conviction qu’il faudrait concevoir un masque dédié à la pratique du sport », indique Gilles Réguillon, président du groupe Chamatex, qui a produit huit millions de masques « classiques » l’an passé. La PME ardéchoise se rapproche aussitôt de l’agence de stratégie, d’innovation et de design lyonnaise Zebra, mais aussi de Salomon, avec qui Chamatex collabore depuis trois ans sur la fabrication du tissu de ses chaussures de sport.

Kilian Jornet a participé aux tests de ce masque innovant

Depuis son centre de design à Annecy, Salomon se penche sur cette problématique du masque de sport l’été dernier, en suivant de près l’évolution des règles sanitaires et des normes. « Notre principale interrogation était alors de déterminer si, après les quelques mois nécessaires au développement du produit, il y aurait encore un réel besoin de masques de sport, explique Véronique Rémy, directrice marketing France de Salomon. On a pu constater que sur les courses de trail maintenues, il était bien demandé aux participants de porter un masque durant le premier kilomètre. Et puis ces masques ont été conçus pour filtrer la taille des molécules virales mais aussi des particules de pollution, tout en laissant passer le CO2 expiré dans de multiples environnements. »

Athlète vedette du Team Salomon, le traileur espagnol Kilian Jornet a participé à la conception de ce masque sportif.
Athlète vedette du Team Salomon, le traileur espagnol Kilian Jornet a participé à la conception de ce masque sportif. - Valentin Flauraud/AP/SIPA

Salomon a ainsi cherché à répondre aux attentes des sportifs s’entraînant parfois dans des zones extérieures à forte affluence. Parmi lesquels 18 athlètes du Team Salomon, dont la star du trail Kilian Jornet, qui ont testé le produit durant un mois. « Notre connaissance du sport et nos relations avec les meilleurs athlètes de course en montagne nous ont permis de développer ce masque assez rapidement », souligne Guillaume Meyzenq, vice-président de Salomon Footwear. Kilian Jornet et ses partenaires ont ainsi contribué à sensiblement faire évoluer cette innovation.

Une version hivernale avec « un cache-cou respirant »

« Leurs retours ont pu être virulents au départ, jusqu’à ce qu’on aboutisse à une version efficace et confortable, précise Véronique Rémy. On a constaté que les traileurs parvenaient à la même expulsion de CO2 avec et sans masque sur des entraînements à 15 km/h pendant 45 minutes. » Une évolution bénéfique que confirme Gilles Réguillon.

Grâce à Salomon, il y a eu 30 % d’optimisation de notre produit initial. Nous sommes désormais persuadés qu’on peut faire près d’une heure de footing à bon niveau sans avoir la moindre gêne, en ayant même l’impression qu’on n’a rien sur la bouche. »

Conçu avec un maillage structurel qui crée une cage de respiration, le masque est fabriqué à partir de polyesters légers et techniques à haute infiltration, avec des cordons élastiques ajustables. Il peut être lavé jusqu’à 20 fois à 60 degrés, en attendant une homologation pour 50 utilisations. Un constat qui s’applique aussi à la version spéciale sports d’hiver, avec « un cache-cou doux et respirant » garanti « sans lunettes embuées » grâce à une petite barre de nez en silicone.

Le masque Salomon se présente aussi dans une version sports d'hiver avec un cache-cou.
Le masque Salomon se présente aussi dans une version sports d'hiver avec un cache-cou. - Salomon

« Habituellement, il faut plutôt deux ans pour développer un produit »

L’assemblage s’est révélé un défi industriel puisqu’il a fallu le réaliser sans couture traditionnelle, qui implique une perméabilité à éviter en raison des molécules virales. Au moment de lancer le processus industriel, Chamatex s’est donc adressé à la société Bosch à Rodez pour concevoir et installer une ligne de production entièrement automatisée. Celle-ci, qui a entraîné un investissement de 400.000 euros et la création de six emplois, se trouve depuis octobre chez Rocle, une filiale de Chamatex, à Tarare (Rhône).

La dernière étape d’un processus « 100 % made in France » qui a donc nécessité entre neuf et dix mois de développement. « Habituellement, il faut plutôt deux ans pour développer un produit », rappelle Gilles Réguillon. « Ce masque répondant à la norme UNS1, que nous venons de protéger en déposant un brevet, est ultra léger et décapant au niveau de son design », se félicite le président de Chamatex.

Maracineanu attend le masque de Decathlon « avec beaucoup d’espoir »

Salomon est-il persuadé que les athlètes de haut niveau, tous comme les sportifs plus modestes, adhéreront unanimement à cette nouveauté bientôt commercialisée autour de 20 et de 40 euros (selon la version trail ou sports d’hiver) ? « S’il y a une contrainte pour les athlètes avec ce masque, elle sera d’ordre psychologique, car il n’y a pas d’impact au niveau respiratoire, ni d’effet ventouse à craindre », assure Véronique Rémy. Finalement, l’enjeu principal pour le trio Salomon-Chamatex-Zebra n’était-il pas de prendre de vitesse toute la concurrence, afin de revendiquer le premier masque de sport français ? Pas forcément, à en croire Gilles Réguillon, qui cite en exemple le masque de la marque américaine Under Armour, déjà sorti mais « avec plus d’effets de design que de performances ».

« On sait que Decathlon travaille très fort là-dessus, poursuit le boss de Chamatex. Mais on n’a pas fait la course avec les autres, on a suivi notre chemin. » Dans son récent communiqué, Decathlon a annoncé viser une commercialisation de son « masque barrière à usage sportif » pour « la fin du premier trimestre 2021 ». « C’est un masque qui permettrait aujourd’hui la pratique sportive en milieu couvert, tous sports confondus. Un masque dans lequel on place beaucoup d’espoir », expliquait ainsi la ministre des Sports Roxana Maracineanu, le 19 janvier sur France Info. L’espoir passera d’abord par le plein air avec Salomon.

Une commercialisation à la fin du mois

Les masques seront mis en vente dans les magasins Salomon à Paris, Lyon, Toulouse et Chamonix, ainsi qu’en ligne sur le site de Salomon ici, à un prix autour de 20 euros pour la version été, et 40 euros pour la version hiver.