Baisse des salaires en L1 : « On ne le fait pas pour l'image », confie le Rémois Yunis Abdelhamid

INTERVIEW Le capitaine de Stade de Reims explique pourquoi l'ensemble de l'effectif a accepté une baisse de salaire à hauteur de 20% jusqu'à la fin de la saison

Propos recueillis par B.V.

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Yunis Abdelhamid face au PSG
Yunis Abdelhamid face au PSG — SIPa
  • Les joueurs du Stade de Reims ont rendu public, lundi, via une lettre ouverte, qu'ils acceptaient de baisser leurs salaires jusqu'à la fin de la saison.
  • Yunis Abdelhamid, capitaine de l'équipe, explique à 20 Minutes les dessous de ce geste plus que symbolique.

« Parce qu’il nous faut tous agir, parce que le football est l’exemple même de l’expression collective, nous avons tous consenti spontanément à une baisse significative de nos salaires de janvier à juin 2021 ». C’est dans une belle lettre ouverte que les joueurs du Stade de Reims ont annoncé avoir décidé collégialement d’accepter une baisse de 20 % de leur salaire jusqu’à la fin de la saison. Capitaine de l’équipe, Yunis Abdelhamid raconte à 20 Minutes les dessous de cette décision.

Cela fait plusieurs mois que la question de la baisse des salaires en Ligue 1 est évoquée. Comment ça s’est passé dans votre club ?

C’était des bruits de couloir, on en entendait parler à la télé, mais pas trop dans le club. Et puis, il y a quelques semaines, on a fait une réunion avec le président Caillot, Mathieu Lacour (le directeur général) et David Terrier, le représentant de l’UNFP. On nous a présenté tous les chiffres avec les pertes totales du club, à cause de la situation du Covid, des huis clos et de Mediapro. Après cette réunion, chaque joueur a rencontré individuellement Mathieu Lacour, on a discuté réellement de la baisse de salaire et ça s’est plutôt bien passé, tout le monde a accepté.

Quelle est la teneur de cet accord ?

Une baisse de 20 % du salaire pour l’ensemble de l’effectif, sauf en dessous d’un certain montant de salaire, où ce n’est pas le même pourcentage. Les négociations se sont faites de manière individuelle pour des raisons techniques, mais à la fin du mois de juin tout le monde aura eu la même baisse de salaire.

En tant que capitaine, vous avez eu un rôle dans ces négociations ?

Pour moi, c’était inconcevable et irresponsable de discuter pour tous les joueurs. Ce qui me convient à moi peut ne pas convenir à un autre joueur. C’est pour ça que les négociations ont été individuelles et très bien gérées par le club, qui a pris le temps de discuter avec chacun, de répondre aux questions et d’accompagner le joueur.

Votre président expliquait que vous n’aviez pas été dur à convaincre du tout…

C’est un choix logique, naturel. Comme on le dit souvent, au Stade de Reims on est vraiment un club familial dans lequel les joueurs sont proches de tous les employés. Après la réunion, on ne pouvait que prendre conscience de la situation dans laquelle se trouvait le club. Le plus important, c’était qu’il continue à vivre. Et puis, si c’est pour refuser de baisser le salaire pour ensuite entendre dans deux mois que le club ne peut plus payer, ou que le club est obligé de licencier des employés… C’était vraiment normal de penser au bien être du club.

Vous pensez que ce genre de geste est important pour l’image des footballeurs ?

On n’a pas forcément une bonne image, mais on n’y peut rien. Même si on a des salaires confortables, on travaille dur et on fait beaucoup d’efforts pour y arriver. Mais on sait qu’on reste des privilégiés. Pour la plupart, on a des enfants, des gens autour de nous qui dans la vie de tous les jours sont en difficulté, au chômage partiel. Autour de moi, par exemple, des restaurateurs dont je suis proche ont été obligés de rester fermés. C’est une prise de conscience naturelle, une forme de responsabilité. Je ne pense pas à l’image, on ne le fait pas pour ça. Pour nous c’était normal de faire ce geste, de se sentir concerné.

Pensez-vous que ça puisse influer certains de vos collègues dans d’autres clubs ?

Chaque club est différent et a sa propre situation. C’est difficile de faire ce geste en se disant qu’on va convaincre d’autres de le faire. Mais notre priorité, dans un premier temps, c’est de sauver son club et d’aider le football français. On se sent concerné par ce qu’il s’y passe, et c’est dans l’intérêt de tout le monde qu’il puisse continuer à évoluer, à retrouver une situation plus stable.

Depuis la publication de la lettre ouverte, avez-vous eu reçu beaucoup de messages de la part de votre entourage ou d’autres footballeurs ?

Oui, beaucoup de retours positifs, mais plus d’amis ou de la famille. C’est vraiment un geste qui marque les gens autour de nous. Quelques joueurs m’ont contacté aussi pour savoir comment ça s’était passé. Sans parler de montant, j’ai essayé de donner quelques conseils.