Comment Lavillenie est en train de redevenir « le Renaud de 2014 »

ATHLETISME Le perchiste a franchi la barre des 6 mètres, dimanche, pour la première fois depuis près de cinq ans

Nicolas Camus

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Renaud Lavillenie a franchi la barre des 6m pour la première fois depuis près de 5 ans, le 31 janvier 2021 à Tourcoing.
Renaud Lavillenie a franchi la barre des 6m pour la première fois depuis près de 5 ans, le 31 janvier 2021 à Tourcoing. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
  • Dimanche, à Tourcoing, Renaud Lavillenie a signé la meilleure performance mondiale de l'année en s'envolant à 6,02m. 
  • Le champion olympique 2012, miné par les blessures, n'avait plus passé la barre mythique des 6 mètres depuis près de cinq ans. 
  • A quelques mois des Jeux olympiques de Tokyo, il se sent à nouveau en pleine possession de ses moyens. 

De retour chez lui, lundi midi, Renaud Lavillenie s’est offert un petit plaisir. Pourquoi s’en priver, en même temps ? Avec son pote d’entraînement Stanley Joseph, il s’est posé devant le replay du meeting de Tourcoing, ne se lassant pas de se voir réussir ce saut à 6,02m. Moins de 24 heures après, l’émotion est toujours là. Cela faisait près de cinq ans qu’il n’avait pas atteint de telles hauteurs.

Renaud Lavillenie entouré de ses partenaires d'entraînement clermontois après avoir franchi 6,02m.
Renaud Lavillenie entouré de ses partenaires d'entraînement clermontois après avoir franchi 6,02m. - FRANCOIS GREUEZ/SIPA

« C’est incroyable de revenir et de refaire 6 mètres, après toutes les galères qu’il a connues », souffle son compère au bout du fil. Stanley Joseph fait partie de la joyeuse bande de Clermont qui s’est jetée sur le champion olympique 2012 une fois la prouesse accomplie. Après toutes ces années à partager son quotidien, il est presque aussi heureux que lui. Il l’a vu souffrir de mille maux, plus ou moins gros (genou, cuisse, tibia…), qui minaient ses séances d’entraînement et ses performances depuis l’hiver 2017. Mais il l’avait vu aussi, ces dernières semaines, revenir en pleine forme après s’être enfin débarrassé de tous ses bobos.

« On s’y attendait un peu. Ça faisait longtemps qu’on ne l’avait pas vu avec une telle forme pendant les séances. En ce moment, il ne fait pas semblant ! C’est du grand Renaud, raconte le perchiste de 29 ans. C’est la première fois depuis longtemps qu’il n’a aucun pépin, il construit quelque chose qu’il ne pouvait pas construire ces dernières années. Là il est réglé comme une horloge, il sait exactement ce qu’il fait. »

Le renouveau de Lavillenie trouve sa source dans le premier confinement, en mars dernier. Cloîtré chez lui, l’Auvergnat a mis de côté les séances physiques indispensables en temps normal mais qui l’obligeaient à tirer sur la corde, se contenant d’exercices ludiques avec les jouets de sa fille et de quelques sauts dans son jardin. De quoi se vider la tête et se régénérer. « Cette période m’a permis de retrouver un équilibre physique », disait-il dimanche soir à nos confrères du Parisien.

« On est peut-être plus à l’écoute de son corps »

Avant ça, tout de même, certaines petites choses du quotidien avaient évolué. « La charge de travail et les séances sont davantage adaptées à l’état dans lequel se trouve Renaud, explique son préparateur physique Yann Rémondin. Par exemple, à une période, Philippe [d’Encausse, son entraîneur] a arrêté les séances avec des haies. Elles l’aidaient pour ses performances mais elles ne lui faisaient pas du bien pour son genou. »

Entre l’athlète et son staff, le dialogue est plus important que jamais. « On est peut-être plus à l’écoute de son corps, avec plus de rigueur sur certains aspects, reprend Rémondin. Mais c’est toujours compliqué de savoir exactement quels sont les effets de quoi. C’est quelque chose de global, entre le physique, les humeurs, le bien-être général, etc. Après, ce n’est pas non plus parce qu’on est mieux qu’on saute plus haut. La performance est une notion complexe. »

Renaud Lavillenie dans les bras de son entraîneur Philippe d'Encausse dimanche.
Renaud Lavillenie dans les bras de son entraîneur Philippe d'Encausse dimanche. - FRANCOIS GREUEZ/SIPA

Ce qui est sûr, c’est que Lavillenie est en train de retrouver une seconde jeunesse. A 34 ans, alors que tout le monde le voyait enterré par la nouvelle génération, et notamment le prodige Mondo Duplantis, qui lui a chipé son record du monde (6,17m puis 6,18m en début d’année dernière), le voilà de retour à des hauteurs inespérées.

« J’ai l’impression qu’il est soulagé, confie Stanley Joseph. 99 % des gens pensaient qu’il ne referait jamais 6 mètres. Il a mis une bonne claque à tout le monde. Je ne sais pas s’il avait douté de les refaire un jour. En tout cas, pendant longtemps, il n’en parlait plus, alors que ces dernières semaines oui. Samedi soir, je suis passé dans sa chambre, il n’avait que ça en tête. »

Il l’a fait, et même « un peu plus tôt que prévu » dans la saison, selon ses propres termes. De quoi donner faim pour la suite. Car ça n’aura échappé à personne que cette renaissance intervient en année olympique – enfin, normalement. « Les JO c’est bientôt et en même temps un peu loin, il peut se passer beaucoup de choses d’ici là, tempère Yann Rémondin. Chaque chose en son temps, même s’il vaut mieux faire 6,02m maintenant que de ne pas les faire. »

De retour à son « meilleur niveau », comme il l’a estimé dimanche, Lavillenie retrouvera dans un premier temps Duplantis et l’Américain Sam Kendricks le week-end prochain à Rouen, pour une confrontation directe très attendue. Et puis, dans quelques semaines, ce seront les championnats d’Europe en salle (5-7 mars). « Il peut encore aller plus haut, est persuadé Joseph. Quand on voit comment il passe dimanche, sans toucher la barre… Et on n’est qu’en janvier. Ce que je vois en ce moment à l’entraînement, c’est le Renaud de 2014. » L’année de son record du monde à 6,16m sur les terres de Sergueï Bubka.