Mercato : Roi de la formation, le Stade Rennais peine à retenir ses jeunes champions

FOOTBALL Plusieurs espoirs de l’effectif de Julien Stéphan comme Brandon Soppy ou Georginio Rutter sont annoncés sur le départ

Camille Allain

— 

Brandon Soppy et Eduardo Camavinga font partie des jeunes talents que le Stade Rennais aimerait conserver.
Brandon Soppy et Eduardo Camavinga font partie des jeunes talents que le Stade Rennais aimerait conserver. — Damien Meyer / AFP
  • Le jeune attaquant Georginio Rutter ne devrait pas prolonger son bail au Stade Rennais. D’autres jeunes joueurs se posent la question de leur avenir.
  • Le « nouveau statut » du club breton, réputé comme l’un des meilleurs centres de formation, rend difficile l’intégration de jeunes talents.
  • L’absence de compétition chez les jeunes et en réserve en raison de l’épidémie de Covid-19 n’aide pas les joueurs, qui sont privés de matchs.

"On a tout tenté pour séduire, charmer, et présenter tous les arguments possibles et imaginables pour la saison prochaine et la suite de la collaboration. Il semblerait qu’il ait fait un autre choix". A écouter Julien Stéphan, Georginio Rutter ne devrait pas rester à Rennes bien longtemps. Affublé de son numéro 35, le numéro du département d’Ille-et-Vilaine, le jeune attaquant du Stade Rennais n'a pas résisté aux sirènes des clubs étrangers. En fin de contrat en juin, l’attaquant de 19 ans a joué quelques bouts de matchs pros cette saison avec son club formateur, plantant même un penalty en Ligue des champions.  Il devrait signer à Hoffenheim (Bundesliga), au grand dam de son coach, sans que l'on ne sache s'il partira dès ce mercato hivernal ou en juin.

La semaine dernière Julien Stéphan s'était déjà exprimé au sujet de ses jeunes pousses  avant le match à Brest. L’ancien entraîneur de la réserve du club avait adressé un message à tous ses minots, comme Rutter mais aussi Brandon Soppy, qui hésiterait à rester. « On peut croire par moments que l’herbe est plus verte ailleurs mais en réalité ce n’est pas souvent le cas. J’ai pu observer ceux qui sont partis de Rennes ces dernières années, voir leur parcours et il est dur à dire que la majorité a eu plus de temps de jeu ».

« On veut tous jouer rapidement »

Réputé comme l’un des meilleurs centres de formation français, le Stade Rennais fait jouer ses jeunes comme Camavinga, Truffert ou Gboho, qui pourrait partir en prêt à Nîmes. Mais sur le banc ou en réserve, de nombreux talents toquent à la porte d’un effectif déjà bien étoffé. « Quand on voit des jeunes qui veulent partir, on a tendance à penser qu’ils sont impatients. Mais il faut les comprendre. Ils ont souvent signé pros à 16 ans et attendent de jouer. Quand ce n’est pas le cas, ils s’interrogent, ils font le bilan des années passées », estime Laurent Mommeja, dénicheur de jeunes talents et fondateur du site espoirsdufootball.com. Du haut de ses 23 ans, Gerzino Nyamsi a parfois été dans le doute à Rennes, mais il est resté. « Je pense que c’est important d’être patient. Ce n’est pas que ça ne m’atteint pas, c’est juste qu’on patiente. On veut tous jouer rapidement. »

« Le cas Camavinga n’aide pas »

La situation est rendue encore plus compliquée par le gel des compétitions de jeunes et de la réserve. Sevrés de matchs, les minots s’impatientent et saisissent la moindre opportunité de jouer. Pour Laurent Mommeja, le « nouveau statut » du club présidé par Nicolas Holveck rend encore plus difficile l’éclosion de nouveaux talents. « L’effectif est très étoffé. Les jeunes entrent dans une rotation et il n’est pas simple de les faire jouer beaucoup. Julien Stéphan n’a pas peur de lancer des jeunes mais certains jouent peu. Peut-être qu’il estime qu’ils ne sont pas prêts. Le cas de Camavinga n’aide pas. Il est tellement précoce que l’on pense que tout le monde peut faire pareil ». Laurent Mommeja prend l’exemple de Thomas Tuchel, qui a lancé quelques jeunes du centre de formation du PSG mais n’a pas su les faire rester. « Des joueurs comme Christopher Nkunku ou Moussa Diaby ont préféré partir pour jouer plus. »

La solution la plus courante est de proposer ces jeunes en prêt, afin qu’ils gagnent du temps de jeu et s’aguerrissent. C’est déjà le cas pour Sacha Boey (Dijon) et Lilian Brassier (Brest) et ce le sera bientôt pour Yann Gboho. Par le passé, plusieurs talents ont ainsi pris en maturité en arpentant les pelouses de Ligue 2. On citera l’exemple de Sofiane Diop, qui avait quitté Rennes pour signer pro à Monaco en 2018. Il lui avait fallu une saison à Sochaux pour revenir s’imposer sur le Rocher. Le jeune Wilson Isidor a presque pris le même chemin. Prêté par Monaco à Laval avant d’atterrir à Bastia (National), le jeune attaquant formé à Rennes s’impose enfin, deux ans après son départ de Bretagne. L’herbe met parfois du temps à pousser.