Toulouse : Rêve olympique, avenir américain… Léon Marchand, l’immense promesse de la natation française

JO Le nageur très polyvalent des Dauphins du Toec (18 ans) disputera à partir de jeudi les championnats de France à Saint-Raphaël. Avec de l’ambition à foison

Nicolas Stival

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Léon Marchand lors des championnats de France à Rennes, le 16 avril 2019.
Léon Marchand lors des championnats de France à Rennes, le 16 avril 2019. — Damien Meyer / AFP
  • Médaillé européen et mondial junior, Léon Marchand (18 ans) a déjà été sacré chez les seniors lors des championnats de France 2019.
  • A Saint-Raphaël, de jeudi à dimanche, le jeune Toulousain s’alignera sur quatre épreuves, en papillon et en quatre nages.
  • Fils et neveu de nageurs olympiques, Marchand vise les JO de Tokyo, avant d’aller s’entraîner aux Etats-Unis avec Bob Bowman, l’ancien coach de Michael Phelps.

Malgré le Covid-19, les championnats de France de natation auront bien lieu de jeudi à dimanche à Saint-Raphaël, dans le Var. Avec vue sur les championnats d’Europe en mai 2021 à Budapest, et surtout sur les Jeux olympiques de Tokyo (du 23 juillet au 8 août 2021).

Le très jeune Toulousain Léon Marchand (18 ans) s’alignera sur quatre épreuves (100 et 200 m papillon, 200 et 400 m quatre nages) avec un énorme appétit, pour cette fin de semaine varoise comme pour la suite.

A peine majeur mais si prometteur

Pour le sociétaire des Dauphins du Toec, 2019 aura été bien remplie, avec son premier sacre national senior aux « France » de Rennes (200 m papillon), deux médailles de bronze aux championnats d’Europe juniors de Kazan (200 m brasse et 400 m quatre nages) puis un autre bronze aux Mondiaux juniors de Budapest (400 m 4 nages, record de France seniors à l’appui en 4:16.37).

Ensuite, le Covid-19 a bouleversé 2020. « Il y a bien eu une compétition voici un mois à Toulouse, mais on n’était pas forcément en forme. Je vais à Saint-Raphaël pour m’amuser, voir si l’entraînement a payé et si je peux me rapprocher des temps de qualification. » Les nageurs français ont jusqu’au 21 mars pour réaliser un temps équivalent à une finale olympique et ainsi composter leur billet pour Tokyo. Sinon, ils pourront s’offrir un sésame pour les JO lors des championnats de France de Chartres, du 15 au 20 juin.

Léon Marchand sur le podium après son titre de champion de France sur 200 m papillon, le 18 avril 2019 à Rennes.
Léon Marchand sur le podium après son titre de champion de France sur 200 m papillon, le 18 avril 2019 à Rennes. - Damien Meyer / AFP

« Mon objectif ? Etre champion olympique, assène Léon Marchand. Que ce soit à Tokyo, à Paris [2024] ou à Los Angeles [2028]. C’est le but principal à long terme. »

Un enfant de la baille

La natation aux JO, ce ne sera pas une nouveauté dans la famille. Son oncle Christophe Marchand (nage libre et quatre nages) a participé aux JO de Séoul 1988 puis à ceux de Barcelone en 1992, où figurait aussi sa mère Céline Bonnet, spécialiste du dos et du quatre nages. Son père Xavier, vice-champion du monde sur 200 m quatre nages en 1998, a enchaîné avec les Jeux d’Atlanta et de Sydney, en 1996 et 2000.

Difficile d’échapper à son destin, même si « mes parents ne m’ont pas du tout poussé », promet Léon. « J’ai quand même toujours été dans le milieu, on aime ça, c’est notre passion, on en parle souvent. » Pression supplémentaire ou avantage ? « Je pense plutôt que c’est plus facile pour moi. Ils me donnent plein de conseils et ils partagent leur vécu. »

S’il a commencé à sept ans dans le club de ses parents, sur l’île du Ramier, à deux pas de chez lui, Léon a tâté du judo et du rugby avant de se jeter à l’eau pour de bon. « J’ai commencé à vraiment me plaire en natation vers 10 ans. A 12 ans, ça s’est intensifié, avec des horaires aménagés. Puis les résultats ont suivi. »

L’amour de la polyvalence

Outre son record national senior sur le 400 m quatre nages, Léon Marchand collectionne les meilleures performances françaises en catégories de jeunes. « Je pense que les courses sur lesquelles j’ai le plus de chances sont le 400 m quatre nages et le 200 m papillon mais il faudra voir au fil des années, indique l’ultra-polyvalent, qui se définit comme un gabarit moyen [1,85 m, 68 kg]. J’aime bien varier. Quand on n’est pas bien dans une nage à l’entraînement, on peut changer. »

Hors de question donc de privilégier une course plutôt qu’une autre. Ni de se laisser submerger par le poids des attentes qui pèsent sur lui. « Au début, c’était dur à gérer, reconnaît-il. En 2019, je suis passé de rien à tout. Je suis arrivé aux "France", je me suis qualifié pour les "Monde" juniors, où j’ai fait une médaille. Il y a eu une bonne escalade de performances. Au début de l’année 2020, tout ça m’a fait un peu bizarre mais j’ai appris à le gérer. Il faut que je me fasse confiance, que je sois plutôt centré sur moi-même que sur les attentes des autres. »

Un avenir américain

L’annonce qu’il a faite en septembre sur les réseaux sociaux a créé un certain émoi dans le petit monde des bassins. Après les Jeux de Tokyo, l’été prochain, Léon Marchand rejoindra l’Arizona State University et son coach Bob Bowman, ancien mentor de la légende Michael Phelps. « Je dois y rester quatre ans, plus une année supplémentaire si je fais un Master. Je ne sais pas encore exactement ce que je vais étudier, mais ce sera plutôt dans l’ingénierie informatique. »

Là encore, ses parents, qui ont nagé à Auburn en Alabama au cours de leur carrière, ont donné quelques tuyaux à leur fils. « Le but, ce sera de préparer les Jeux de Paris en 2023, mais je vais pouvoir disputer les compétitions universitaires avec les meilleurs Américains. »

D’ici là, l’actuel protégé de l’entraîneur Nicolas Castel chez les Dauphins continue sa routine hebdomadaire toulousaine : cours d’informatique à la fac Paul-Sabatier, 25 heures dans l’eau, deux séances de musculation avec un préparateur physique plus une autre d’haltérophilie.

Une discipline de forçat, dans un sport où seuls les cadors arrivent à très bien vivre de leur passion. « Je ne fais pas de la natation pour gagner de l’argent, sinon j’aurais arrêté, plaisante Léon Marchand. Mais des choses se mettent en place pour les meilleurs, comme l’ISL [International Swimming League] à laquelle j’aimerais bien participer. »