Coronavirus dans le tennis : « Aider ceux et celles qui galèrent »… Comment la Fédération gère la crise qui frappe les pros

TENNIS L’épidémie de Covid-19 a eu des conséquences sur l’économie du sport, notamment du tennis. De nombreux joueurs et joueuses pro doivent faire face à un calendrier bouleversé, et donc à des difficultés économiques

Nicolas Stival

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Les effets économiques du Covid-19 pèse lourdement sur le monde du tennis.
Les effets économiques du Covid-19 pèse lourdement sur le monde du tennis. — Jean-Marc Haedrich / Nivière / Sipa
  • En cette période où les tournois de tennis sont annulés pour cause de crise sanitaire et économique, la Fédération a créé plusieurs épreuves, dont le Challenge Pro FFT.
  • L’objectif : « proposer au Top 100 garçons et au Top 60 filles des tournois qui leur permettent de renouer avec la compétition et de gagner leur vie. »

Huit dates pour tenter d’amortir la crise. Après l’annulation des Interclubs, victimes du contexte sanitaire, la Fédération française de tennis (FFT) a lancé cet automne le Challenge Pro, dont les quatre dernières épreuves s’achèveront ce mercredi. A Poitiers (hommes et femmes), à Colomiers et à Sorgues (hommes), ces tournois réunissent chacun 16 participants, répartis en poules de quatre, avec demi-finales et finale.

« Cela s’inscrit dans la suite du plan de soutien et de relance de la FFT, explique Pierre Cherret, directeur technique national (DTN). On a créé ce Challenge sur pas mal de dates de façon à proposer au Top 100 garçons et au Top 60 filles des tournois qui leur permettent pendant trois jours de s’affronter, de renouer avec la compétition et de gagner leur vie. »

Si Benoît Paire s’est inscrit in extremis à Sorgues, et si la nouvelle coqueluche Hugo Gaston s’est alignée à Poitiers, avant de déclarer forfait sur blessure lundi, le Challenge Pro FFT s’adresse surtout à « la deuxième division » tricolore. Des joueurs et joueuses classés au-delà de la 150e place mondiale, très, très loin des revenus des meilleurs mondiaux, et que le Covid-19 a parfois contraint au chômage forcé en gelant le calendrier puis en provoquant une cascade d’annulations de tournois.

Espoirs et trentenaires dans la même galère

Parmi eux, des Espoirs (Selena Janicijevic, Arthur Reymond…) et des pros plus mûrs, voire trentenaires (Alizé Lim, Kenny De Schepper…). « Nous prenons en charge l’intégralité du "prize-money", qui est le même pour les garçons et les filles, et on aide les clubs à monter les compétitions, détaille Pierre Cherret. Sans eux et les bénévoles, ces compétitions auraient été impossibles à bâtir. »

Vainqueurs du Challenge Pro de Bressuire, Johan Sébastien Tatlot (24 ans, 475e à l’ATP) et Gaëlle Desperrier (32e, 767e à la WTA) ont chacun empoché 4.600 euros. « Mais ceux qui nous intéressent, ce sont les joueurs qui ne gagnent pas, reprend le DTN. Cette compétition est faite pour ces joueurs-là. Ils ont des frais de déplacement à hauteur de 200 euros. Ils sont logés sur place par le club et ils ont un repas par jour. Celui ou celle qui perd ses trois matchs de poule gagne 2.400 euros. Nous voulons aider ceux et celles qui galèrent aujourd’hui, leur donner une bouffée d’air. »

Des tournois en voie de disparition

Ces sommes ressemblent à des pourboires pour Djokovic, Nadal ou Federer, ogres des Grands Chelems, mais pas pour des pros habitués à disputer des compétitions bien moins lucratives (ATP Challengers, ITF Futures) et en voie de disparition. « Pour l’instant, il y a encore des tournois mais en janvier-février, ça va être chaud, assure Pierre Cherret. Les règles sanitaires à mettre en place pour organiser un tournoi ITF sont très lourdes, ce qui est normal, mais ça augmente la facture. Les organisateurs choisissent à un moment donné de faire "WO". »

Moins de compétitions signifie plus de concurrence pour rentrer dans les tableaux, un niveau qui s’élève et toujours plus de joueurs et joueuses laissées sur le côté. De là à provoquer des retraites anticipées ? « Chez les garçons, je ne pense pas, répond le DTN. Chez les filles, c’est un peu plus compliqué. Pas mal d’entre elles se posent des questions. Dans nos compétitions, nous proposons le même "prize-money", mais sinon, elles gagnent moins d’argent. »

La FFT avait déjà monté des compétitions à l’issue du premier confinement, et ajouté une aide à celle délivrée par le gouvernement. Elle réfléchit désormais à muscler un calendrier étique. Si les cadors du circuit mondial sont dans l’incertitude avec le décalage en février de l’Open d’Australie, la masse des pros baigne dans un flou à peu près complet.

« Ce sont des joueuses, mais aussi des joueurs hyper importants pour la Fédération car elles ou ils sont présents dans les qualifs de Grand Chelem, souligne Pierre Cherret. Il y a aussi nos jeunes, dont la formation est très compliquée. » Cette année, sur les quatre tournois du Grand Chelem, seuls l’Open d’Australie et Roland-Garros ont proposé une épreuve junior. C’est dur d’avoir moins de 20 ans en 2020.