France-Suède : « Ce seront des choix très durs à faire »… Est-ce qu’on a avancé sur la liste pour l’Euro ?

FOOTBALL Didier Deschamps a profité des huit matchs au programme entre septembre et novembre pour procéder un large tour d’horizon de ses possibilités

Nicolas Camus
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Les Bleus face à la Suède, le 17 novembre 2020 au Stade de France.
Les Bleus face à la Suède, le 17 novembre 2020 au Stade de France. — FRANCK FIFE / AFP
  • L’équipe de France a battu la Suède, mardi soir, en Ligue des Nations.
  • Ainsi s’est achevé un enchaînement de huit matchs depuis la rentrée en septembre.
  • Didier Deschamps a procédé à de nombreux essais, autant tactiques que dans le choix des joueurs, en vue de l’Euro l’été prochain.

Au Stade de France,

Comme prévu, Didier Deschamps s’est servi des huit matchs exceptionnellement au programme cette année entre septembre et novembre pour faire toute une série de tests. Enfin, de « changements », vaut-il mieux dire pour ne pas froisser le sélectionneur, qui bondit à chaque fois qu’il entend ce mot. On ne voit pourtant pas bien quoi dire d’autre, quand on prend le temps de s’arrêter sur tout ce qu’on a vu depuis le match aller en Suède. Que ce soit au niveau du système ou des hommes, DD a procédé à une large revue d’options possibles. On va tenter d’y voir un peu plus clair, alors qu’il n’y aura plus qu’un rassemblement, en mars, avant la liste pour l’Euro en 2021.

  • Les systèmes tactiques

Deschamps a fait simple. Il a testé le 3-5-2 contre la Suède et la Croatie en septembre, le 4-4-2 losange contre l’Ukraine, le Portugal et la Croatie en octobre, et le 4-4-2 type « Mondial 2018 » en ce mois de novembre. Résultat des courses, le schéma asymétrique sorti du chapeau en Russie est toujours celui dans lequel les Bleus sont le plus performants. Encore ce mardi, avec pour une fois le côté gauche plus offensif (avec Thuram) que le droit (avec Sissoko), alors que jusque-là c’était l’inverse (Mbappé ou Coman à droite, Matuidi ou désormais Rabiot à gauche).

« Il n’y a pas de système qui m’a déplu, mais celui de ce soir, on le maîtrise, c’est le plus rationnel pour nous, analyse Deschamps. J’ai pris cette option contre le Portugal car il y avait de l’enjeu et c’était important d’avoir des repères. C’était le moment de travailler d’autres options, que je pourrai utiliser, peut-être, en compétition. Tout dépendra de ce qu’on a en face aussi, de ce que peut nous proposer l’adversaire. »

Dans cette optique, on n’enterrera pas le losange, très intéressant avec des milieux comme Camavinga et Tolisso (qui n’étaient pas disponibles pour ce rassemblement) et qui a le mérite de laisser Griezmann en électron libre tout en permettant à Mbappé de jouer dans l’axe. Le 3-5-2 part de beaucoup plus loin, car il nécessite une refonte totale des habitudes des joueurs. Et Deschamps semble tenir à ses trois milieux travailleurs.

  • Les hommes

Pas grand-chose à signaler en défense. Sauf blessure ou méforme, on peut considérer que Pavard, Dubois, Varane, Zouma, Kimpembe, Lenglet, Hernandez et Digne sont en place. La seule surprise pourrait venir des jeunes Upamecano, Koundé ou Fofana, qui s’ils continuent de pousser pourraient convoiter la place de Zouma ou Lenglet.

Au milieu de terrain, Rabiot a sans doute gagné sa place au Portugal, comme il l’avait peut-être perdue en Bulgarie pour la Coupe du monde. Aligné dans une position plus basse face à la Suède, aux côtés de Pogba, il s’est montré plus sobre mais tout aussi efficace. Derrière les incontournables Kanté et Pogba, Tolisso et Camavinga, absents, n’ont pas trop de soucis à se faire s’ils sont à leur niveau. Il restera une place parmi les défensifs, entre Sissoko et Nzonzi, ce qui pour le coup constituerait un vrai choix entre deux profils très différents.

Abondance en attaque

C’est évidemment en attaque que le choix s’annonce le plus cornélien. Si Deschamps prend six milieux, cela fait six hommes à choisir parmi Mbappé, Griezmann, Giroud, Martial, Coman, Ben Yedder, Thuram, Aouar, Fekir et Ousmane Dembélé. Liste non exhaustive. Beaucoup de choses qui auront leur importance peuvent évoluer d’ici au mois de mars et à la fin de saison, bien sûr. Le temps de jeu de Giroud est une incertitude, la capacité de Dembélé à jouer cinq matchs d’affilée sans se blesser à nouveau aussi.

En attendant, certains ont marqué des points – même si Deschamps n’aime pas cette expression non plus. Marcus Thuram, le petit nouveau du mois de novembre, a fait très forte impression. « Ce n’est jamais évident quand on vient pour la première fois. Lui il est imperméable à tout ça, il n’a pas d’émotion particulière, observe DD. Il aime jouer, et plus le niveau est haut plus il aime. Il a eu du temps de jeu, et il a montré ce qu’il était capable de faire, avec le ballon, cette capacité à percuter. Et ce qu’il fait sur le deuxième but, tout le monde ne peut pas le faire. »

Thuram en route vers l'Euro?
Thuram en route vers l'Euro? - FRANCK FIFE / AFP

Oui, cet enchaînement de dribbles entre trois joueurs à l’entrée de la surface, avec une roulette à la Zizou dedans, il fallait le tenter. L’audace du gamin a plu. Il a participé aux trois matchs, dont deux dès le coup d’envoi. Le sélectionneur n’est pas toujours aussi généreux avec les bizuts.

Anthony Martial a beaucoup joué, aussi. Sept matchs sur les huit, dont quatre en tant que titulaire, alors que ça ne lui était plus arrivé depuis 2018. Il n’en a pas profité pour marquer son deuxième but en sélection, qu’il attend désespérément depuis plus de quatre ans, mais Deschamps a aimé ses prestations et son attitude. « Il a changé sur le terrain et en dehors, a estimé le patron des Bleus après le Portugal. Avec les années, on gagne en maturité. Il est beaucoup plus déterminé dans tout ce qu’il fait. »

Ben Yedder, comme tout le monde, est passé à côté contre la Finlande et n’a pas eu l’occasion de se rattraper à cause du Covid, mais son profil plaît toujours. Dans un autre registre, Aouar, qui a dû décliner pour cette fois après avoir été timoré contre l’Ukraine le mois dernier, a peut-être plus de soucis à se faire. « Je verrai au mois de mars, élude DD. Ce seront des choix durs à faire. Le fait d’incorporer beaucoup de joueurs laisse à tout le monde l’occasion d’espérer, et c’est normal. »

Il ne s’en plaindra pas. C’est exactement ce qu’il cherchait. « J’ai une grande partie de la liste, oui, et ensuite on a des options différentes. Marcus peut en être une, par exemple, mais d’autres qui ne sont pas là peuvent revenir en mars. On va réfléchir avec le staff, ce sera une question d’équilibre par rapport à ces options. » Pour le talent, il y a ce qu’il faut.