Equipe de France : Après moult essais automnaux, Deschamps a-t-il trouvé le 11 type pour l’Euro ?

FOOTBALL Les titulaires alignés par Deschamps à Lisbonne ont convaincu

William Pereira

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On est enseeeeemble
On est enseeeeemble — Armando Franca/AP/SIPA

L’heure des essais est révolue, les derniers réglages avant l’Euro sont terminés. Didier Deschamps n’a eu de cesse de répéter cet automne qu’il se laissait jusqu’à fin 2020 pour tester différentes mises en place tactiques et/ou individuelles, nous y voilà. A un match de l’échéance qu’il s’est fixée avant de basculer dans la préparation pour l’Euro, DD semble avoir trouvé le juste équilibre. Pas dans un 3-5-2 ni dans un 4-4-2 en losange, on peut d’ailleurs lui reconnaître d’avoir entrepris de nouvelles choses ces derniers mois. Non. Dans un bon vieux 4-3-3 (ou 4-3-1-2). C’est dans ce schéma que les Bleus ont maîtrisé le Portugal​ pendant 70 bonnes minutes et archi-dominé la première période. De quoi enorgueillir le sélectionneur. « Face à un tel adversaire, c’est une grande fierté pour moi de voir mes joueurs comme ça. »

Ça change forcément du discours entendu après la défaite scandaleuse contre la Finlande en milieu de semaine, qualifiée de « bonne gifle », ou « piqûre de rappel » par Deschamps, alors soucieux de dédramatiser. Mais à regarder de plus près le fossé qui sépare les deux visages affichés par les Bleus et quand on connaît un tant soit peu les méthodes de management de DD, on ne peut pas s’empêcher de penser que beaucoup ont laissé filer leur chance face aux Finlandais. A contrario, les titulaires en qui la confiance du sélectionneur a été renouvelée ont répondu avec gratitude en se montrant à la hauteur. Osons le dire : samedi, la France s’est très probablement trouvé un onze type pour l’Euro, dans lequel il faudra bien évidemment inclure Kylian Mbappé. Mais ça, nous y reviendrons plus loin.

Varane, Pogba, Griezmann et le refuge bleu

Si DD sait se montrer impitoyable avec ceux qui le déçoivent, il fait aussi preuve de mansuétude à l’égard de ceux qui l’ont aidé à reconquérir le monde en 2018. C’est peu dire que Raphaël Varane, Paul Pogba et Antoine Griezmann ne sont pas au mieux en club. Le premier marque des buts contre son camp au Real, le second n’est plus indispensable à Manchester United et pour le troisième, vous connaissez déjà l’histoire.

Dans une logique purement sportive, il n’aurait pas été délirant de remettre en cause leur place au sein de la hiérarchie. Mais Deschamps a encore prouvé qu’il avait raison de ne pas fonctionner ainsi. Face aux Portugais, Varane a réalisé son meilleur match depuis bien longtemps, Pogba a brillamment régulé le jeu au milieu et Griezmann s’est illustré dans la dernière passe. Si le sélectionneur estime que la victoire de samedi démontre « la capacité à répondre présent dans les grands rendez-vous » des Bleus, ces trois-là en sont la parfaite incarnation. Et à ce niveau, ils ont dont toute leur place dans ce onze.

Le duc Rabiot marche sur le milieu

Reprenons ligne par ligne. Derrière, autour d’un Varane impérial, pas grand-chose à redire en dehors d’une fin de match poussive que l’on doit aussi bien à la fatigue qu’à la qualité offensive de l’adversaire quand celui-ci s’est résolu à (bien) jouer. Lucas Hernandez a par exemple failli concéder un penalty naïf pour une charge sur Trincão en fin de match mais avant ça, il avait régné sur son couloir alors qu’on lui prédisait le pire contre le très offensif Cancelo. Au bout du compte, on l’aura plus vu que son vis-à-vis portugais. Lucas Digne pourra toujours espérer gratter des miettes, guère plus. De l’autre côté, RAS. Pavard-Dubois ne sera jamais un débat. Et à côté de Varane, Kimpembe ne fait pas tâche du tout même si d’aucuns lui reprocheront toujours de prendre beaucoup de risques à la relance. Il a donné son corps à la France pour empêcher Ronaldo de marquer, n’est-ce pas le principal ?

Un peu plus haut, le milieu à trois pouvait sembler risqué face à une équipe aussi dense dans l’axe, mais le trio Kanté, Pogba, Rabiot a passé le crash-test sans sourciller. Deschamps, dans le détail :

« Ça a été complet, chacun dans leur registre spécifique avec une grande maîtrise technique, du volume. Kanté est très utile à la récupération, on le sait, Paul a été très performant aussi. Adrien peut jouer à plusieurs postes, il a cette aisance technique et beaucoup d’agressivité. Le cœur de l’équipe c’est le milieu, ça donne le tempo. »

Avec une mention spéciale pour la progression surhumaine du joueur de la Juve, et une pensée émue pour les reins de José Fonte qui a pris dix ans sur une accélération franche du duc en seconde période. « Adrien n’a pas de limites, c’est un joueur complet, poursuit le sélectionneur. Il a une telle qualité technique, une telle capacité à se projeter vers l’avant, une telle intelligence de jeu. » Et dire qu’on le pensait perdu pour les Bleus...

Giroud, une place au chaud sur le banc ?

Le secteur offensif demeure quant à lui le plus ouvert. Mais pas trop non plus. Absent de la feuille de match à la Luz à cause d’une cuisse récalcitrante, Mbappé est titulaire matin, midi et soir sur le front. Il reste donc deux places, ou plutôt une, car Griezmann est unique en son genre et que DD a décidé de faire fi de sa déprime catalane. Tout se jouera a priori entre Kingsley Coman, en admettant que les blessures le laissent un jour tranquille, et Anthony Martial, que Deschamps a tenu à défendre – et on sait ce que ça signifie – malgré son manque de réalisme au Portugal. « Il n’y en a qu’un pour qui j’ai été un peu malheureux, c’est Anthony Martial, il aurait mérité de marquer. Il a fait les bons gestes mais le gardien a fait la différence », a-t-il déclaré en conférence d’après-match.

Vous l’aurez compris, la place de titulaire d’Olivier Giroud, transparent contre la Finlande et entré en fin de match à Lisbonne, ne tient plus qu’à un fil, si tant est qu’il ne soit pas déjà coupé. La situation précaire de l’avant-centre à Chelsea pose problème à DD, lequel s’en cache de moins en moins. « Il a tout intérêt pour lui que cette situation ne perdure pas en club afin de rester compétitif. Si sa situation s’éternise, il sait très bien ce que je pense. » Loin de nous l’envie de jouer les devins, mais on peut facilement deviner que Giroud restera dans le groupe dans un nouveau rôle. Il est peut-être l’heure de laisser place à la jeunesse. Samedi, elle l’a bien mérité.