Croatie – France : Repenser l’attaque pour un Griezmann en perte de vitesse, est-ce bien raisonnable ?

FOOTBALL Didier Deschamps essaye de relancer Griezmann en réinventant l'attaque des Bleus

William Pereira
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Grizou et DD
Grizou et DD — Christian Hartmann/AP/SIPA
  • Didier Deschamps a mis en place un 4-4-2 en losange avec Griezmann en numéro 10.
  • Le sélectionneur estime que c'est la meilleure place pour son attaquant.
  • Mais Grizou, en perdition au Barça, a un rendement inquiétant à quelques à huit mois de l'Euro.

Le bonheur tient parfois à peu de chose. Prenez James Rodriguez, par exemple. Le Colombien s’est récemment lancé dans un pamphlet contre un football moderne fossoyeur de numéros 10 dont il est l’une des dernières incarnations. « Plus personne ne joue avec les meneurs de jeu, dit-il dans l’émission Locker Room, et les entraîneurs les écartent du groupe. » S’il s’appelait Jacques Rodrigue, Didier Deschamps aurait sûrement des projets pour lui au sommet du fameux milieu en losange arboré par l’équipe de France, place occupée par Antoine Griezmann contre le Portugal en Ligue des nations avec un succès tout relatif. Très en dedans en première mi-temps et « beaucoup mieux en deuxième » de l’avis du sélectionneur.

Bref, pas une franche réussite même si on est obligé de reconnaître en préambule qu’un remaniement tactique nécessite forcément un certain temps avant digestion. C’est d’ailleurs la ligne de défense choisie par Griezmann pour expliquer le manque d’affinités avec Mbappé dimanche : « on essaie de se trouver avec Kylian. Il y a eu deux occasions où j’aurais pu lui donner mais j’ai raté la passe ou j’ai choisi un autre joueur. Il faut travailler là-dessus et essayer de s’améliorer. »

Griezmann ? Pas un numéro 10

Remarquez quand même que ça fait tache : DD met en place un système dans le but de satisfaire toutes les forces en présence et de conserver Grizou dans un rôle axial (en l’occurrence milieu offensif), et, en retour, celui-ci n’offre aucune garantie en termes de jeu. « Le problème, expliquait lundi Alain Giresse dans L’Equipe, c’est que Griezmann n’est pas un numéro 10. » Ce n’est pas un gros mot que de le dire. A l’Atlético et avec les Bleus, il n’a jamais été aussi bon qu’en neuf et demi, c'est à dire aux côtés d'un autre attaquant de pointe. Et, hasard ou pas, sa meilleure occasion contre le Portugal – une frappe puissante sur Rui Patricio – vient d’un mouvement d’attaquant que son nouveau rôle était censé lui « interdire ».

L'appel est parfait
L'appel est parfait - 20 Minutes Productions

Griezmann n’est pas plus un 10 que l’autre bénéficiaire de ce schéma, Kylian Mbappé, « n’est pas le prototype même du joueur qui va tourner autour de son attaquant », dixit Giresse, en référence au repositionnement du Parisien en pointe au côté de Giroud. D’où l’inquiétude : est-il raisonnable de bâtir un plan d’attaque inadéquat pour ressusciter un seul homme, quand bien même il s’agirait d’un vétéran de la Grande Guerre ? Ou, dit plus franchement par Roland Courbis au micro d’RMC : « J’espère qu’on n’est pas en train de mettre une organisation seulement pour remettre en forme Griezmann. »


La version officielle veut que non. « Je sais où il est le mieux et le plus influent : dans une position axiale. […] Il est dans un registre offensif avec un volume important. Il peut être considéré comme un milieu offensif par moments », se défend Deschamps à la veille du match en Croatie, en prenant soin de noyer le poisson en milieu de phrase : « en ce moment, il est en manque de repères, vous savez pourquoi… »

Le problème catalan

Puisque DD en a marre de rabâcher le cas Griezmann au Barça, permettez-nous de la résumer. L’international français a été transféré de l’Atlético Madrid, où il a enquillé 133 buts en 257 apparitions, au Barça moyennant 120 millions d’euros. Le tout avec l’étiquette de champion du monde. Un CV justifiant les attentes pour le moment inassouvies des supporters blaugranas. Bilan du Français dans son nouveau chez lui : 15 buts en 51 matchs, une relation inexistante avec Lionel Messi et une alarmante incapacité à exister dans le collectif autrement qu'en phase défensive - il court plus que n'importe quel offensif du Barça. C'est peu dire que son périple sur l'aile droite, où il évolue en club, tourne en cauchemar. Contre Villarreal, il a été trouvé à 25 reprises par ses partenaires. Face à Séville, c’est encore moins : 15. A titre de comparaison, Messi reçoit 64 passes et Fati 51.

Les chiffres fondent au même rythme que la confiance du Français (voir image plus bas) et la patience de son entraîneur au Barça, Ronald Koeman, celui-là même qui songeait à lui donner les clés du camion quand la presse espagnole envoyait Messi à City. Avant le match contre le Celta, le 1er octobre, le Néerlandais se voulait encore indulgent avec Griezmann et croyait en son adaptation sur le flanc droit de l’attaque (tout l’inverse de ce que dit Deschamps), un poste où le technicien l’a déjà « vu jouer avec la France. Quand il rentre vers l’intérieur, Antoine est un danger. » Mais après Séville, trois jours plus tard, Koeman change son fusil d’épaule, et le met en concurrence directe avec le Portugais Trincão, qui « travaille très bien ». Autrement dit, sa place de titulaire sera bientôt mise aux enchères.

La définition même d'un joueur en manque de confiance
La définition même d'un joueur en manque de confiance - 20 Minutes Productions

Plus les jours passent, plus la situation d’Antoine Griezmann au Barça s’aggrave et plus la pente à remonter est sévère. Bientôt, la vie de château avec l’équipe de France ne suffira plus à dissiper le mal-être de l’attaquant. Si DD rebat les cartes en attaque, c’est autant parce qu’il croit en lui que par loyauté. L'idée d'une fidélité sans faille est d'ailleurs très présente dans le discours d'Hugo Lloris en conférence de presse de veille de Croatie-France.

« On ne peut pas remettre en cause un joueur comme Antoine Griezmann par rapport à tout ce qu'il a apporté ces dernières années à l'équipe de France. Après, comme tout joueur il y a des hauts et des bas. Il est dans une période un peu plus compliquée sur le plan offensif. Mais je vois un joueur prêt à défendre, à faire des efforts pour ses coéquipiers, là-dessus on ne peut pas le remettre en question. Il faut faire le dos rond, à nous de l'aider aussi mais en tout cas il a toute notre confiance. On sait qu'il a cette faculté à répondre présent pour cette équipe de France, soyons patients. »

C'est beau, mais n'oublions pas que le sélectionneur français est aussi un pragmatique. « Septembre-octobre-novembre, c’est l’occasion d’avoir des réponses avant de basculer sur la préparation de l’Euro. » Qui sait ce qu’il peut arriver si d’ici là, le joueur du Barça n’apporte toujours pas satisfaction.