Vendée Globe : « On trouvera toujours quelque chose »... Avec les foils, les Imoca ont-ils atteint le sommet du progrès?

VOILE Les bateaux vont de plus en plus vite sur le Vendée Globe

William Pereira

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Sur le Vendée Globe, on n'arrête pas le progrès
Sur le Vendée Globe, on n'arrête pas le progrès — Maxime Le Pihif/SIPA

Quand on regarde de près le palmarès du Vendée Globe on comprend deux choses : la première, c’est que Michel Desjoyeaux est le seul à avoir remporté deux fois cette course inhumaine (2000 et 2008). La seconde, c’est que chaque champion va plus vite que le précédent, à l’exception d’Alain Gautier qui, lors de la deuxième édition, faisait moins bien que Titouan Lamazou (110j contre 109). Nouveaux matériaux, avancées en aéro et hydrodynamisme, meilleure précision et interprétation des fichiers météo sont, entre beaucoup d’autres, autant de facteurs qui expliquent l’évidence : les bateaux vont de plus en plus en plus vite et on ne prend pas énormément de risques à dire que le record de Le Cléac'h (74 jours) ne passera pas l’hiver.

Il y a quand même des progrès plus importants que d’autres. La roue, l’imprimerie, le courant alternatif ou encore le compte Twitter de Donald Trump sont autant d’inventions qui ont bouleversé notre existence. Pour le Vendée Globe, l’apparition des foils – ces appendices capables de porter les bateaux dans des conditions de vent favorables - en 2016 a tout changé.

« Le foil a été une grosse étape de progression, confirme Kevin Escoffier (PRB), avec un gros gap où on a beaucoup gagné à certaines allures. Aujourd’hui, il y a eu les foils de 2016 avec lesquels Le Cléac’h gagne le Vendée Globe, les foils de PRB en 2018 et là il y a un ensemble de bateaux neufs et aussi d’ancienne génération qui ont eu des foils 2020. » Certains en forme de L (les favoris Charal et Apivia) et d’autres en forme de C (Arkea-Paprec et un autre favori, Hugo Boss). Les premiers sont un peu moins efficaces à allures débridées et ne sont pas rétractables contrairement aux seconds, mais ils sont plus efficaces à VMG (« vitesse utile »). Reste à savoir quelle approche la course couronnera.

Un plafond de verre ? Quel plafond de verre ?

Conséquence de toutes ces avancées, on retrouve de plus en plus d’ingénieurs au départ du Vendée Globe. Kévin Escoffier a ainsi commencé par la conception de bateaux et en dirigeant des projets comme le Maxi banque populaire V.

« C’est logique parce que les bateaux sont de plus en plus compliqués. Le skippeur devient aussi pilote d’essai. On va aller faire de la régate mais jusqu’au moment de la régate on est là pour optimiser le bateau et le développer pour qu’il aille le plus vite possible. Et ce sont devenu des bateaux tellement compliqués que pour en avoir la compréhension, il faut avoir de plus en plus de compétences en termes d’appendices, en termes de voile en termes d’aérodynamique… On disait souvent que les pilotes de F1 comme Schumacher étaient d’excellents pilotes mais c’était surtout parce qu’ils arrivaient à mieux régler la voiture avant le départ. »

L’avènement du réglage millimétré traduit-il un manque à venir dans le progrès technique ? Autrement dit, a-t-on atteint des sommets avec l’apparition des foils et leur perfectionnement entre les Vendée Globes 2016 et 2020 ? Dans la flotte, personne n’y croit vraiment. « On voit bien que si on met les bateaux neufs comme Charal, Hugo Boss, Arkea à côté des autres, même les gens qui connaissent pas la voile verront qu’ils ne sont pas pareils, analyse Samantha Davies (Initiatives Cœur) autre skippeuse-ingénieure. On est en fin d’évolution quand tout est identique et là ce n’est pas du tout le cas. »

« En 2008, 2012, 2016 on parlait aussi de plafond de verre et pourtant les bateaux vont toujours plus vite, acquiesce Thomas Ruyant (LinkedOut). On doit encore pouvoir aller plus vite et là on a une jauge qui nous limite un petit peu mais on pourrait par exemple aller chercher du vol stable. » Chose pour le moment impossible car il faudrait pour ce faire avoir des plans porteurs sur les safrans, ce que l’Imoca interdit à l'heure actuelle, même si le président de cette classe de bateaux a récemment admis que « cette évolution fera partie de l’avenir de l’Imoca. » Pour simplifier la chose, le vol plané est l’avenir du Vendée Globe.

Ecologie et sécurité

Aller vite, c’est bien. Mais là on parle de faire le tour du monde en solitaire, pas d’un rodéo urbain. « Est-ce qu’on a besoin d’aller plus vite, est-ce que c’est pas trop, s’interroge Davies. Est-ce qu’il ne faut pas protéger notre planète en n’utilisant pas trop certains matériaux. Il faut réfléchir dans tous les sens pour rester raisonnable. »

Ajoutons à la reflexion de la Britannique que pour gagner, il faut avant tout aller au bout et donc éviter les baleines et autres ofnis à la surface des eaux du globe. Et il est bien connu que plus on va vite, plus le choc à encaisser est rude. Les gains de puissance doivent donc s’accompagner d’avancées en termes de sécurité. Ruyant : « Il y a des choses qui se développent autour de ça parce que c’est un vrai problème sur ces bateaux. Quand on va à 30 nœuds on ne voit pas ce qui se passe devant. »

A l’AIS (instrument de navigation qui permet de visualiser le trafic maritime) et autres radars ou caméras en tête de mât déjà en place viennent s’ajouter de nouveaux outils. « Certains bateaux seront équipés de sonars dans la quille pour pouvoir prévenir ou envoyer un signal au mammifère marin qui sera sur la route du bateau et potentiellement endormi », nous explique le vainqueur du dernier Vendée Globe, Armel Le Cléac’h. Thomas Ruyant, qui a abandonné il y a quatre ans sur collision au même titre qu’un Kito De Pavant, fait partie des skippeurs qui ont misé sur l’outil dont l’efficacité reste à prouver. Mais il prévient : « ça n’évitera pas tous les chocs et tous les problèmes liés à un impact dans l’eau. Ces systèmes-là ne voient pas tout non plus. » Ça viendra bien un jour.