Coronavirus dans le foot et le rugby : Avec le passage en zone rouge, les clubs broient du noir

COVID-19 Les annonces faites ce jeudi par Jean Castex repoussent la perspective d’un retour à la normale dans les stades de football et de rugby placés en zone rouge

Nicolas Stival

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Le rugby au temps du coronavirus, comme ici le match amical entre Agen et Castres, le 14 août 2020.
Le rugby au temps du coronavirus, comme ici le match amical entre Agen et Castres, le 14 août 2020. — Nicolas Tucat / AFP
  • En cette période de recrudescence du Covid-19, une jauge de 5.000 spectateurs reste la norme pour tous les spectacles, sportifs ou pas, sauf très rares dérogations préfectorales.
  • Les clubs de foot et de rugby installés dans les départements en zone rouge, souvent les plus peuplés, n’ont pas trop d’illusions à se faire dans un avenir proche, en espérant éviter le huis clos en cas d’aggravation de l’épidémie.

En Allemagne, le même article aurait été vite écrit : devant la recrudescence de l'épidémie de coronavirus, Berlin a annoncé ce jeudi l’interdiction faite au public de se rendre dans les stades (entre autres) jusqu’à la fin de l’année. En France, c’est plus compliqué. La jauge pour les rassemblements, dont les rencontres sportives, est fixée à 5.000 personnes, au moins jusqu’au 30 octobre. Clubs de football et de rugby multiplient les demandes de dérogation préfectorale pour « gratter » des spectateurs supplémentaires.

Pour l’heure, seuls les rugbymen de Perpignan, lors d’une rencontre amicale contre Colomiers vendredi dernier, et ceux de Clermont en vue d’une opposition interne ce vendredi, ont obtenu du rab, avec des autorisations respectives fixées à 8.000 et 6.000 visiteurs. Deux décisions adoptées par un seul homme : Philippe Chopin, préfet des Pyrénées-Orientales jusqu’à lundi dernier, avant de prendre ses fonctions dans le Puy-de-Dôme.

Ces deux exceptions, dans des départements moins touchés par le Covid-19 que bien d’autres, pourraient le rester. Surtout après l’annonce ce jeudi par Jean Castex du placement dans la zone rouge de 19 nouveaux départements, pour un total de 21.

Jean Castex ou la douche froide

Or, le Premier ministre avait été clair mercredi sur France Inter : « Il ne sera plus possible à l’autorité préfectorale de déroger » à la jauge maximale de 5.000 personnes dans les zones rouges « c’est-à-dire où il y a une forte circulation virale ». Une mauvaise nouvelle pour le PSG, l’OM, l’OL, Bordeaux (entre autres) côté foot, alors que la LFP espérait encore lundi, par la voix de son directeur général Didier Quillot, « accueillir plus de 5.000 personnes dans les stades ».

Ceci dit, les clubs de L1 et de L2 peuvent toujours compter sur les droits TV, leur principale source de revenus, et de loin. Pour les rugbymen en revanche, l’annonce de Jean Castex ressemble à un plaquage en planche, à la samoane. Côté Stade Toulousain par exemple, passe encore le fait de recevoir Montpellier ce vendredi en amical devant une affluence limitée.

Mais son président Didier Lacroix assurait ce jeudi qu’il espérait toujours accueillir plus de monde le 12 septembre contre La Rochelle, pour le premier match à domicile de Top 14. « On demandera une dérogation si les chiffres de circulation du Covid-19 le permettent », assure-t-il. Le passage en rouge de la Haute-Garonne, ce jeudi matin, ne laisse guère d’espoirs sur le sujet.

Dès mardi, le préfet Etienne Guyot avait déclaré à l’issue d’une rencontre avec Lacroix, mais aussi Damien Comolli et Alain Carré, présidents du TFC (L2) et de Colomiers Rugby (Pro D2) : « aucune dérogation ne saura être accordée tant que le contexte épidémiologique suivra sa tendance défavorable ».

Un modèle mis en péril

« On génère de la frustration alors qu’on est une entreprise de divertissement et de plaisir », constate Lacroix, obligé de choisir parmi ses supporters (dont 4.100 abonnés) et ses partenaires lesquels seront les élus pour assister à tel ou tel match. Surtout, le modèle économique du rugby en général, et de Toulouse en particulier, qui fonctionne sans mécène, est particulièrement affecté par cet ennemi microscopique.

« Contrairement au foot, chez nous, les droits TV représentent moins de 10 % du budget. Le reste, c’est notre public, notre partenaire », assure Lacroix. « On parle d’un manque à gagner de 30 millions d’euros sur une période de deux mois pour l’ensemble des clubs ». Pour le sien en particulier, le patron des Rouge et Noir chiffre le manque à gagner à « 300.000 euros » pour un match de Top 14 « avec une affluence moyenne » à Ernest-Wallon (19.000 places) et à « 1,1 million d’euros » pour un quart de finale de Coupe d’Europe au Stadium (33.000 sièges).

Le huis-clos, cauchemar des clubs

Car Toulouse doit jouer un quart de Champions Cup le 20 septembre contre les Irlandais de l’Ulster dans le plus grand stade de la ville, qui afficherait complet en temps normal. « Je veux continuer d’y croire, assène Lacroix. Ce n’est pas une utopie. » Mais une hypothèse irréaliste à l’instant T…

En attendant un plus ou moins lointain retour à la normale, les clubs de rugby prient surtout pour ne pas que la situation sanitaire s’aggrave, et éviter ainsi leur cauchemar absolu : « Si on prononce un huis-clos, alors là c’est la catastrophe, avertit Laurent Marti, le président de l’UBB, sur Rugbyrama. Nous n’avons plus de revenus, plus rien et là c’est la mort d’un club. » C’est avec ce type d’arguments que des représentants de clubs et de la LNR espèrent convaincre le gouvernement de leur octroyer des aides, lors de la réunion programmée mardi à Paris.