Coronavirus: Qui va gagner la guerre du classement final de L1 ?

FOOTBALL Les présidents de Ligue 1 se déchirent déjà sur le classement du championnat en fonction de leurs intérêts

Julien Laloye

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Noël Le Graët et Jean-Michel Aulas.
Noël Le Graët et Jean-Michel Aulas. — JEFF PACHOUD / AFP

C’est une info exclusive 20 minutes. Il y aura finalement une saison 9 de Game of Thrones. On peut même vous dire qu’elle va démarrer dès jeudi au 6 rue Léo-Delibes, le siège de la Ligue de football professionnel. A priori pas trop de place pour laisser rentrer un dragon, mais celui qui crache le plus de feu ne sera pas là, il ne fait de toute façon pas partie du Conseil d’administration de la LFP. Ça laisse un bon mois à Jean-Michel Aulas pour intoxiquer la concurrence et tenter de trouver un petit strapontin européen à l’OL au finish.

Mais le général de l’infanterie lyonnaise n’est pas le seul à préparer ses pions avant la grande bataille de la mi-mai, quand l’AG de la Ligue donnera son verdict sur le classement final de la L1, lequel doit être transmis à l’UEFA avant le 25 mai. Ce jour-là, ce sera Waterloo et Austerlitz à la fois, selon la perspective. A savoir classement figé à la 27e journée, à la 28e journée, ou au quotient selon le nombre de matchs joués pour intégrer le match en retard entre Strasbourg ou le PSG, pour les solutions les plus évidentes.

L’état des lieux des forces en présence ? Un bordel monstre, puisque chacun joue l’air de flûte qui lui convient, en dehors de ceux qui restent planqués au fond de leur grotte de peur de laisser filer le magot (on pense à vous les Rennais et les Marseillais, encore que vu l’état des finances de l’OM, pas sûr que Jacques-Henri Eyraud ne dorme toutes les nuits comme un bébé). On récapitule quand même, pour le plaisir de rigoler.

» La version lyonnaise, enfin la dernière

Après avoir tenté la saison blanche, la saison noire, la saison rouge, la saison arc-en-ciel, JMA, dont il faut reconnaître la persévérance, n’a pas été découragé par les annonces d’Edouard Philippe. Le président lyonnais plaide pour des playoffs en août afin de raccrocher in extremis le wagon européen. A défaut, Aulas se rangera derrière l’avis majoritaire, si tant est que l’avis en question permette à l’OL de voyager un peu la saison prochaine. Sinon on se voit au tribunal, pas de soucis.

» La version lilloise, décomplexée

Saluons l’entrée fracassante dans ce classement de Gérard Lopez, jusque-là bien discret. On pensait le boss nordiste content de sa 4e place, mais pensez-vous. Gégé a sorti le plus gros canon de sa marine dans l’Equipe. Accrochez-vous au bastingage, ça souffle :

« Le gel ne me convient pas plus que la saison blanche ne convient à d’autres. Il ne tient pas assez compte de qui a joué contre qui, à domicile ou à l’extérieur, et à quel moment de la saison. Par exemple : le Paris SG a pris plus de 2,5 points par match cette saison ; nous, le LOSC, avons joué deux fois contre Paris cette saison (deux défaites), alors que Rennes, qui nous distance d’un point en Championnat, ne l’a joué qu’une fois. Est-ce équitable ? Est-il équitable qu’une équipe comme la nôtre soit jugée aux deux tiers sur sa phase aller, alors qu’on le sait bien, les équipes qui jouent la Ligue des champions, comme cela a été notre cas, sont beaucoup plus en difficulté en Championnat sur la phase aller en raison de la surcharge du calendrier, que sur la phase retour. Et puis il y a le nombre de matchs joués à l’extérieur et à domicile, il faut un équilibre pour avoir un compte équitable. Il y a peut-être d’autres solutions : on peut imaginer un modèle de calcul, plus scientifique, dans lequel on simulerait les résultats des dix dernières journées, selon les points pris à domicile ou à l’extérieur, pour obtenir un classement sur 38 journées ».

» La version rémoise, sûre de son bon droit

Le club champenois, actuellement cinquième, pourrait rétorquer à Gérard Lopez qu’il est de son côté plutôt désavantagé de ne pas avoir joué le PSG et l’OM plus souvent. L’équipe de David Guion a en effet gagné à l’extérieur contre les deux premiers. Bref, on s’égare. Interrogé par France Bleu, Jean-Pierre Caillot ne voit pas pourquoi il ne verrait pas la Ligue Europa la saison prochaine.

« Je suis président du Stade de Reims, et je vais me battre pour que la méthode de calcul soit la plus juste et au regard de notre saison, on était 5e à la 19e journée, on est 5e à la 28e journée. Aujourd’hui, en toute objectivité même si cela m’arrange de penser comme ça, il me semble que le coefficient points/match, tel qu’il a été appliqué par la Fédération Française de Football pour tous les clubs amateurs (1), doit s’appliquer aussi à la Ligue de Football Professionnel, mais ce sera un autre combat, une autre discussion. Et je serais le plus heureux des hommes si on rejouait une Coupe d'Europe, 57 ans après. Mais vu la saison que nous avons réalisée, la qualité de notre championnat, cela aurait été encore mieux si on avait pu y retourner en faisant les 38 matchs parce que sincèrement, même si on en parle pas beaucoup, on y pense tout le temps : ce groupe avait une telle qualité – je rappelle que l’on a battu tous les gros dans ce championnat – que se qualifier pour l’Europe sur le terrain sur 38 match, cela aurait été le juste résultat du travail de l’ensemble du club ».

» La version toulousaine, en train de mûrir

Président de la pire équipe de la saison, lanterne rouge promise au goudron et aux plumes de la L2 même en jouant 40 matchs de plus, Olivier Sadran a pris de la hauteur dans l’Equipe, en apparence. « A chaque jour suffit sa peine. Et il faut reconnaître qu’on n’a pas fait preuve de beaucoup de qualité durant la saison. Pour l’instant, ce n’est pas un sujet pour moi. » On aura noté le « pour l’instant », qui laisse présager une tentative de dernière minute de trouver un point de règlement à la page 345 de l’annexe n°8, qui dit que bon, Toulouse peut peut-être rester en L1 si on ferme les yeux en se grattant l’oreille droite pendant exactement 31 secondes, comme le numéro de département de la Haute-Garonne. Rappelons que Jean-François Soucasse, le DG toulousain, a défendu en vain l’idée d’une saison blanche l’autre jour en groupe de travail, même s’il a démenti l’humiliation à 20 minutes.

» Les versions qu’on ne connaît pas encore

On attend avec impatience de savoir (au hasard) ce qu’en pense Amiens, deuxième équipe à suivre Toulouse dans la charrette du condamné alors que les Nîmois ne naviguent qu’à quatre points devant. Le club picard n’a pas répondu à nos sollicitations, mais Bernard Joanin, le boss, a une bonne excuse. Il fait partie des membres du CA du bureau de la LFP, il pourra donc exprimer son point de vue de visu. Peut-être abordera-t-il l’air de rien l’exemple néerlandais, où la Ligue a choisi de geler les montées et les descentes, au risque de plonger son directeur juridique dans la dépression au vu des recours en préparation de la part de ceux qui se sentent floués ? Auquel cas, Loïc Féry, président de Lorient en (auto) route pour la L1 et lui aussi membre du CA, pourra lui dire sa façon de penser par écran interposé.

Voilà qui nous promet de longues heures de discussions enflammées et de lobbying plus ou moins consternant dans les médias lors des jours à venir. D’autant que tout ça se déroulera sous le haut patronage de Noël Le Graët, qui a brisé net un mur en béton rien qu’avec le regard mardi dans les colonnes du Télégramme : « La dernière journée complète est celle qui comptera pour les équipes européennes, sauf si la Coupe de France, qui est prioritaire, peut se jouer, et si Saint-Etienne l’emporte ». […] La ligue a une délégation de pouvoir de la fédération, qui est chargée d’appliquer les textes, ce qu’elle fait. Mais c’est la fédération qui décide en dernier ressort ».

Un sermon pas du tout interventionniste qui a certainement ravi Nathalie Boy de la Tour, la présidente de la LFP. N’empêche que si Le Graët a raison sur le fond, puisque c’est bien la Fédé qui délivre la licence UEFA indispensable aux clubs qualifiés pour la Coupe d’Europe, la FFF n’a pas franchement montré l’exemple sur le foot amateur, en ourdissant des calculs pas possibles pour aboutir à des injustices flagrantes.

Et puis, pour finir, il y a toujours un gars au-dessus qui peut crier plus fort et tout défaire. Ici, Alexander Ceferin, le président de l’UEFA, qui a bien indiqué qu’il veillerait personnellement à ce que les décisions des Ligues nationales correspondent à un certain « mérite sportif », et ne provoquent pas de « sentiment public d’injustice ». La Ligue 1 des bureaux > La Ligue 1 des terrains, comme le disent les ringards sur Twitter.