Coronavirus : Le PSG et l’OL vont-ils pouvoir disputer la fin de la Ligue des champions ?

FOOTBALL Le président parisien Nasser Al-Khelaïfi a exprimé son intention de disputer les matchs restant à l’étranger

Julien Laloye

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Dembélé et Marquinhos en duel lors de la demi-finale de Coupe de France entre l'OL et le PSG.
Dembélé et Marquinhos en duel lors de la demi-finale de Coupe de France entre l'OL et le PSG. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Si la Ligue 1 ne pourra pas reprendre avant le mois d’août, le PSG et l’OL, eux, doivent disputer la fin de la Ligue des champions 2019/2020
  • Les deux clubs tricolores n’auront droit à aucun match de préparation si l’UEFA maintient sa décision de reprendre la compétition début août en fonction des avancées de la pandémie
  • A l’étranger, la plupart des championnats se préparent à reprendre courant juin, ce qui induirait un net désavantage pour le PSG et l’OL sur le front européen

C’est un autre effet collatéral du coup de bambou infligé par le gouvernement au football français. Alors que le Premier ministre a interdit toute possibilité de reprise, même à huis clos, jusqu’à fin juillet inclus dans le meilleur des cas, Paris et Lyon se retrouvent dans la même panade. Les deux derniers clubs tricolores engagés en Coupe d’Europe vont-ils pouvoir aller au bout de la Ligue des champions 2019/2020, et si oui, dans quelles conditions ?

Le PSG veut jouer son quart de finale à l’étranger

Si Jean-Michel Aulas semble plus occupé à batailler sur le plan domestique pour donner une chance à son club de se qualifier pour la prochaine Ligue Europa (l’OL est seulement 7e de L1 à date, et donc non qualifié si le classement final était entériné tel quel), Nasser-Al Khelaïfi, son homologue parisien, n’a pas perdu une seconde. Puisque le PSG a 67 points d’avance en championnat et pas grand-chose craindre de l’arrêt du championnat en dehors d’un gros paquet d’oseille, le président du PSG a dégainé plus vite que Lucky Luke mardi soir :

« Nous respectons la décision du gouvernement français. Avec l’accord de l’UEFA, nous comptons participer à la phase finale de la Ligue des champions aux lieux et dates où elle sera organisée. S’il n’est pas possible de jouer en France, nous jouerons nos matchs à l’étranger en nous assurant des meilleures conditions de sécurité sanitaire pour nos joueurs et tout notre staff. »

Tellement efficace qu’il en a même coupé l’herbe sous le pied à Noël Le Graët, pourtant lui aussi au taquet chez nos confrères du Télégramme. Notez que d’un point de vue réglementaire, rien de n’y oppose. l’UEFA a prévu lors de son dernier comité exécutif du 23 avril le cas de figure d’un championnat qui devrait s’arrêter à cause « de l’existence d’un ordre officiel interdisant les évènements sportifs qui empêche l’achèvement des compétions nationales avant une date qui permettrait de clôturer la saison actuelle à temps pour pouvoir ensuite la lancer la saison actuelle ». Un peu abscons à la première lecture, mais relativement limpide à la revoyure. La L1 n’ayant pas le choix, l’UEFA n’y verra rien à redire et ne sanctionnera personne. En fouillant un peu dans le règlement interne aux compétitions européennes, on constate aussi qu’un club engagé en C1 peut tout à fait disputer ses matchs à l’étranger, selon l’option que semble considérer le président parisien.

En vertu de l’article 24, les règlements prévoient « qu’à titre exceptionnel, l’Administration de l’UEFA peut accepter un lieu situé sur le territoire d’une autre association membre de l’UEFA, si aucun autre lieu adéquat n’est disponible sur le territoire de l’association du club recevant. Si l’association et le club ne sont pas en mesure de proposer un stade de remplacement acceptable dans les délais fixés par l’Administration de l’UEFA, l’UEFA peut choisir un stade de remplacement neutre. Le club concerné devra prendre toutes les dispositions nécessaires pour l’organisation du match avec l’association concernée et les autorités locales ».

L’UEFA ne devrait rien y trouver à redire

La voie est libre si l’on se fie aux textes, donc, et même si ce n’était pas le cas, on imagine l’organisation qui régit les compétitions européennes particulièrement conciliante en ces temps de pandémie. D’autant qu’on a bien compris que tout le monde jouerait à huis clos cette saison, ce qui rend le fait de jouer les matchs à l’étranger tout à fait indolore sur le plan de l’équité sportive. Mais serait-ce pour autant une bonne nouvelle pour nos valeureux mousquetaires ? Bof bof bof. Le calendrier alternatif sur lequel travaille l’UEFA laisse peu de place aux improvisations sauvages, si l’on en croit les dates qui ont filtré jusque-là.

  • 8e de finale retour entre la Juve et l’OL le 7 août
  • Quarts de finale aller les 11/12 août, retour les 14/15 août
  • Demi-finales les 18/19 août, retour les 21/22 août
  • Finale le 29 août

Or, comment être compétitif début août si le PSG et l’OL n’ont pas pu disputer une seule rencontre officielle ? Le Ministère des sports a en effet indiqué en complément du discours d’Edouard Philippe qu’il ne serait pas possible, dans tous les cas, de jouer avant la fin juillet y compris à huis clos. Au mieux, Parisiens et Lyonnais auront donc repris l’entraînement collectif courant juin, avec pour unique répétition des matchs d’entraînements avec la réserve et sans doute quelques rencontres amicales hors du territoire, quand leurs rivaux étrangers seront peut-être bien mieux armés qu’eux.

Les autres grands clubs européens avantagés par la reprise des championnats nationaux ?

Parmi les autres championnats majeurs, il n’y a que l’Italie, premier pays touché par la pandémie en Europe, qui ait fermé les vannes du foot aussi fermement que la France. Dimanche soir, le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte a autorisé à partir du 4 mai la reprise d’entraînements individuels pour les athlètes pratiquant des sports individuels. Néanmoins, pour les sports collectifs, la reprise a été fixée « au mieux » au 18 mai, selon le ministre des Sports Vincenzo Spadafora. « Une mesure discriminatoire et illogique » selon le syndicat italien des joueurs de football, qui dit espérer « une intervention rapide du gouvernement » pour corriger ce qu’il qualifie de « distorsion évidente », alors que les clubs de Serie A se sont récemment prononcés à l’unanimité en faveur d’une reprise de la saison.

En attendant de voir si ce coup de pression va fonctionner de l’autre côté des Alpes, l’Allemagne et l’Espagne sont dans les starting-blocks. La Bundesliga a déjà bûché sur un plan de reprise des matchs début mai, et les premiers signaux politiques laissent filtrer l’idée d’un retour des compétitions à la fin du mois prochain. A Madrid, le chef du gouvernement Pedro Sanchez a officiellement lancé la phase une du plan de déconfinement, qui permettra entre autres « la reprise des entraînements individuels des sportifs professionnels et de niveau national, et l’entraînement basique au sein des ligues professionnelles ». En Angleterre, enfin, des voix poussent dans le gouvernement de Boris Johnson pour une reprise début juin, et certains clubs comme Arsenal ou West Ham ont déjà rouvert leur centre d’entraînement aux joueurs en dépit de normes drastiques.

Autant de décisions qui peuvent être remises en question en fonction de l’évolution de la pandémie, comme d’ailleurs la volonté de l’UEFA de finir à tout prix les éditions actuelles de la Ligue des champions et de la Ligue Europa. Mais si on parvenait à reprendre le foot européen cet été, une formidable espérance quand on y pense, le PSG et l’OL affronteraient le gratin en tongs et en claquettes, à prendre ou à laisser. Alors ?