Coronavirus : Participation des clubs, annulation de billets, lutte avec la Fifa... L'Euro en 2021, qu’est-ce que ça change?

FOOTBALL Le championnat d'Europe se déroulera finalement du 11 juin au 11 juillet 2021 en raison de l'épidémie de coronavirus

Nicolas Camus

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L'Euro 2020 aura finalement lieu à l'été 2021 en raison de l'épidémie de coronavirus.
L'Euro 2020 aura finalement lieu à l'été 2021 en raison de l'épidémie de coronavirus. — Dmitri Lovetsky/AP/SIPA
  • L’UEFA a annoncé ce mardi le report de l’Euro à l’été 2021.
  • Le coût pour l’instance européenne est estimé à 300 millions d’euros, mais il pourrait être supérieur et les clubs pourraient être mis à contribution pour aider.
  • Cela change aussi beaucoup de choses pour les supporters… et la Fifa, entre autres.

Cette fois, c’est acté. L’Euro, qui devait avoir lieu du 12 juin au 12 juillet, est reporté d’un an en raison de l’épidémie de coronavirus. La décision, annoncée par l’UEFA mardi après des réunions avec les représentants des fédérations, des clubs, des ligues et des joueurs, était attendue depuis plusieurs jours, cette solution étant perçue par tous les acteurs comme la plus logique. Le but est de dégager des dates pour permettre aux championnats nationaux et aux coupes d’Europe d’aller à leur terme. « C’est une décision sage et pragmatique », a commenté le président de la Fédération français Noël Le Graët, résumant la pensée collégiale. Cela n’empêche pas qu’il reste pas mal de questions en suspens.

Combien cela va-t-il coûter à l’UEFA ?

Les spécialistes estiment la facture à environ 300 millions d’euros. Cela comprend la location des stades, les réservations d’hôtel déjà payées, les reports de billetterie, etc. Il est difficile, toutefois, d’avoir une évaluation précise. « L’impact peut être encore plus grand si l’économie mondiale entre dans une grande crise du fait de cette épidémie, note l’économiste Luc Arrondel. Si certains sponsors, par exemple, se trouvent dans une situation difficile, ils pourraient annuler leur contrat. Si crise il y a, son impact ne sera connu qu’après. » Tout dépendra alors des clauses inscrites dans les contrats signés entre l’instance européenne et ses partenaires.

« Reporter cet Euro a un coût énorme pour l'UEFA, mais nous ferons de notre mieux pour veiller à ce que le financement vital du football de base, du football féminin et du développement du football dans nos 55 associations n’en soit pas affecté », a déclaré le président Ceferin. L’UEFA dispose en tout cas d’une réserve de 620 millions d’euros, selon ses derniers rapports financiers. De quoi aider à amortir le choc.

Les clubs vont-ils participer à l’effort de guerre ?

Si elle a de l’argent de côté pour voir venir, l’instance européenne ne compte pas régler la facture toute seule. Comme les ligues nationales et les clubs vont, grâce à ce report, pouvoir aller au bout de leurs compétitions domestiques et continentales – et toucher les droits TV qui vont avec –, l’idée de l’UEFA serait de leur faire payer une partie de la facture, selon plusieurs médias, dont le site The Athletic. « C’est une possibilité, mais si les ligues ne se terminent pas, chacun comptera ses billes », prévient Luc Arrondel. Il est vrai qu’il n’y a rien, pour l’instant, qui permette d’assurer que les championnats européens pourront aller à leur terme, même avec l’horizon dégagé par ce report. La pandémie n’est pas encore près de reculer.

Au-delà de l’aspect financier, l’UEFA compte également sur les clubs pour faire de leur mieux pour aller au bout des compétitions. L’instance a publié en fin de journée une « résolution de la famille du football européen », dans laquelle elle demande « un engagement » à tout finir pour le 30 juin. Quitte à faire sauter les créneaux habituels de diffusion des matchs. Ainsi, les clubs pourraient être amenés à disputer des matchs de championnat en milieu de semaine et de coupe d'Europe le week-end.

Les droits TV vont-ils être remis au pot ?

Leur importance est évidemment colossale. Les droits TV représentent un marché d’environ 1 milliard au total (dont 110 millions d’euros pour le marché français). Ils constituent l’un des principaux postes de recettes de l’UEFA, qui va devoir convaincre les diffuseurs de garder les contrats inchangés. A priori, il n’y a pas de raison que le marché soit chamboulé, ce qui aurait été le cas si l’UEFA avait décidé de disputer la compétition en hiver, par exemple. Florent Houzot, le patron de beIN Sport, a d’ores et déjà annoncé que son groupe garderait la main en 2021.

Quelle politique pour les supporters ?

L’UEFA a déjà eu une pensée pour eux, évidemment. Elle a tenu, dans un communiqué, « à rassurer les possesseurs de billets et d’hospitalités que s’ils ne peuvent pas assister à la compétition en 2021, leurs billets et forfaits seront intégralement remboursés ». Des informations sur le processus seront communiquées dès le mois prochain. Le réseau Football Supporters Europe (FSE), qui représente les groupes nationaux de fans, a salué l’initiative.

Il faudra voir, en revanche, comment se passent les annulations des réservations effectuées auprès des compagnies aériennes et des hôtels. Surtout qu’avec cet Euro dans 12 pays, il a fallu multiplier les liaisons et les lieux de résidence. Là encore, on voit mal les compagnies faire du zèle. Face au caractère exceptionnel de ce qui est en train de se passer, une sorte de « solidarité économique » devrait opérer.

La Fifa laissera-t-elle le champ complètement libre ?

C’est là l’un des gros enjeux de ce report. Gianni Infantino, le président de la Fifa, comptait sur l’été 2021 pour inaugurer son Mondial des clubs nouvelle formule à beaucoup de milliards de dollars. La compétition doit avoir lieu du 17 juin au 4 juillet en Chine. Incompatible, forcément, avec la tenue d’un Euro. « D’un point de vue stratégique, c’est un bon coup pour l’UEFA, estime Luc Arrondel. Elle voit d’un mauvais œil cette nouvelle compétition, qui vient concurrencer sa Ligue des champions. La faire repousser, c’est toujours bon à prendre. C’est une lutte de pouvoir. »

On ne sait pas vraiment ce que pense Infantino de tout ça, mais a priori, il a su se tenir dans les discussions. Dans un communiqué, le dirigeant évoque trois options possibles pour un report de sa compétition : « plus tard en 2021, en 2022 ou en 2023 ». Alexander Ceferin, en tout cas, a salué son ouverture d’esprit. « Je souhaite remercier la Fifa et son président, Gianni Infantino, qui a indiqué qu’elle ferait tout ce qui est nécessaire pour mettre en œuvre ce nouveau calendrier, a déclaré le dirigeant slovène. Face à cette crise, le football a montré son meilleur visage avec ouverture, solidarité et tolérance. » Ouverture, solidarité, tolérance et Fifa dans le même sac… Tout n’est peut-être pas perdu en ce bas monde.