Accidents dans le sport : « Je suis toujours amoureux du rugby », assure Tony Moggio, tétraplégique après une mêlée

INTERVIEW Le Haut-Garonnais, tétraplégique depuis un accident de mêlée en 2010, sort son deuxième livre sur les dangers de son sport

Propos recueillis par Nicolas Stival

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L'ancien rugbyman Tony Moggio lors d'une des conférences qu'il donne régulièrement.
L'ancien rugbyman Tony Moggio lors d'une des conférences qu'il donne régulièrement. — Rémy Gabalda
  • Après le succès de Talonneur brisé en 2015, Tony Moggio publie un deuxième livre, Les accidents dans le rugby : ma vérité.
  • L’ancien joueur, tétraplégique depuis 2010, affiche une vision plutôt optimiste de l’évolution de son sport, malgré les graves blessures et les décès qui ont récemment marqué l’opinion.

 

Tétraplégique depuis un accident en mêlée, voici dix ans, Tony Moggio s’était raconté en 2015 dans le livre très remarqué Talonneur brisé. Depuis, l’ancien rugbyman de 34 ans multiplie les défis, comme la traversée à la nage du golfe de Saint-Tropez réussie en juin 2019.

Tout fraîchement élu Toulousain de l’année par La Dépêche du Midi, l’ancien joueur de Castelginest, en Haute-Garonne, sort un deuxième livre en collaboration avec le journaliste Bruno Fabioux : Les accidents dans le rugby, ma vérité (éditions Privat). L’ouvrage se présente comme une enquête, avec des témoignages d’acteurs du rugby. Un sport que cet homme très occupé, handicapé « à plus de 80 % », continue d’aimer malgré les épreuves.

Votre premier livre était un témoignage. Pourquoi avoir publié ce second ?

J’ai décidé de l’écrire avec Bruno Fabioux du fait de tous les messages que je recevais depuis mon accident : des joueurs, des journalistes mais surtout des parents inquiets. Par exemple : leur fils s’était fait mal le dimanche, et ils se demandaient s’ils devaient le retirer du rugby. Ce livre veut répondre à ces inquiétudes.

En tant que grand blessé du rugby, on pouvait s’attendre à un constat alarmiste. Or, ce n’est pas du tout le cas…

Je suis toujours amoureux du rugby, même après mon accident. J’ai voulu mettre en avant le côté positif. Les aspects négatifs existent dans tous les sports. Dans le plongeon, il y a des tétraplégies par exemple. Il a beaucoup été question de K.-O., voire de décès, dans le rugby ces dernières années. Mais à la boxe, il y a des K.-O. tous les week-ends… J’ai eu un accident de mêlée. Mais depuis Alexandre Barozzi (en septembre 2013), il n’y en a plus eu. Le risque, on ne le rayera jamais complètement. C’est bien de parler des choses qui ont évolué.

C’est-à-dire ?

J’ai voulu insister sur les progrès, les protocoles mis en place, notamment au niveau de l’arbitrage. Dans le rugby professionnel, il y a un staff médical important dans chaque club. Mais en amateur, ce n’est pas le cas. Le carton bleu (donné par l’arbitre) est une innovation géniale, qui permet au joueur d’être à l’abri quelque temps (au moins dix jours avant un accord médical).

Il est souvent question de commotions dans votre ouvrage. C’est le sujet numéro 1 dans le rugby d’aujourd’hui…

Oui, mais avec l’intervention des staffs médicaux et les arbitres qui sanctionnent les mauvais plaquages et les mauvais gestes, j’espère qu’il y en aura de moins en moins. Après, tu ne peux pas demander aux joueurs actuels de revenir aux gabarits d’avant, de perdre leurs kilos…. Les éducateurs suivent aussi des formations pour apprendre à bien plaquer. Avec toutes ces choses réunies, on peut espérer que les joueurs soient protégés au maximum.

Contrairement aux idées reçues, l’un des témoins de votre livre explique qu’« en série régionale, le rugby est devenu du sport loisir » !

Je suis allé voir ce dimanche un match à Pechbonnieu près de chez moi. Tu prends beaucoup plus de plaisir qu’avant. Le rugby amateur est devenu plus beau, dans la façon de jouer comme au niveau des mêlées. Avec les commandements actuels de l’arbitre, si tu es mal placé au départ, tu as le temps de te rééquilibrer, de te poser, ce qui n’était pas le cas quand je jouais.

Il y a aussi une invention comme la baby scrum training, développée par William Servat et Thierry Savio au Stade Toulousain. C’est une machine chère, mais à la disposition des clubs qui veulent l’essayer dans chaque ligue. Elle fait travailler la mêlée mais pas seulement, elle ne sert pas qu’aux avants. Elle permet de détecter les fragilités au niveau du rachis, comme cela a pu être le cas pour Romain Ntamack. Ensuite le joueur peut se renforcer musculairement à ce niveau.

Comment allez-vous aujourd’hui ?

Je suis débordé, mais pleinement épanoui. Je vais être papa au mois de juillet. Je sors mon deuxième bouquin, j’ai réalisé un défi sportif en juin dernier avec un temps record, je donne des conférences. Ceci dit, comme les gens me voient bien bouger, ils pensent que j’ai récupéré quelques muscles. Ce n’est pas le cas. Ma tétraplégie est irréversible.

Mais au point de vue santé, je suis vraiment très bien. Je ne vais pas me remettre à bouger les doigts et pour remarcher, ça va être très dur, même si je ne dis pas que c’est impossible. La reprise du sport a été énormément bénéfique, avec l’année et demie de préparation avant mon défi du golfe de Saint-Tropez.

Quels sont vos projets, désormais ?

Déjà, être le meilleur des papas. Puis il y a la tournée pour la promotion du livre, les conférences que je donne. J’ai plusieurs autres défis sportifs en tête mais ce n’est pas encore décidé. J’aime bien être là où l’on m’attend le moins et j’ai également des projets artistiques très avancés.