XV de France: A Cardiff, les Bleus face au mur du match à l'extérieur

RUGBY Le XV de France perd à l'extérieur comme il respire. Il est temps que ça cesse

William Pereira

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Le XV de France a perdu ses derniers matchs contre le pays de Galles
Le XV de France a perdu ses derniers matchs contre le pays de Galles — Ben Evans/Huw Evans/REX/SIPA
  • Premier match à l'extérieur pour le XV de France dans le Tournoi des 6 nations 2020
  • Les Bleus ne se sont plus imposés en terres galloises depuis 2010
  • Les hommes de Fabien Galthié se mettent en condition pour enfin faire tomber la barière du match à l'extérieur

A peine le temps de souffler. Après son succès inaugural contre l’Angleterre, le XV de France a tout juste eu le temps de profiter de sa promenade annuelle contre l’Italie et prendre trois jours de repos que le revoilà face au deuxième mur de son tournoi 2020: se farcir le pays de Galles, au Millénium Stadium. Autrement dit, le bourreau français du Mondial 2019, à l’extérieur. Double peine. On passe sur le premier point, suffisamment frais dans les mémoires pour ne pas avoir à s’étaler dessus. Les déplacements de l’équipe de France, en revanche, parlons-en. Squadra mise à part, le dernier succès des Bleus dans le tournoi des VI nations remonte à une époque où Romain Ntamack passait son brevet.

Dernière victoire à l’extérieur par adversaire

  • Contre l’Italie : 14-25 en 2019
  • Contre l’Ecosse : 17-19 en 2014
  • Contre l’Irlande : 22-25 en 2011
  • Contre le pays de Galles : 20-26 en 2010
  • Contre l’Angleterre : 17-18 en 2005

Désespérante régularité dans la médiocrité à l’extérieur dont, il est important de le préciser, le XV de France n’est pas seul propriétaire. Toute la France du rugby s’en revendique. Bernard Le Roux, en conférence de presse à Marcoussis. « Il y a des équipes françaises qui ont du mal en déplacement, même quand tu regardes le Top 14 et tout ça… Ça commence à être mieux avec les nouvelles générations mais à l’époque tu gagnais à domicile et tu perdais ailleurs. » Mal qui ronge étonnamment moins nos amis d’outre-Manche.

« Les Anglo-saxons, nous dit l’ancien sélectionneur Marc Lièvremont, ont sans doute une approche un peu plus cartésienne, plus rigoureuse de l’événement et moins affective. Ils sont peut-être moins sensibles à cet aspect match à domicile, match à l’extérieur. Les choses s’équilibrent quelque peu avec le professionnalisme et l’apport de ces joueurs anglo-saxons ou étrangers chez nous mais il y a toujours ce petit complexe d’infériorité qui fait qu’on a tendance à être dans un premier temps sur une attitude un peu défensive à l’extérieur, de subir des événements, de ne pas imposer son jeu et se contenter de contrer. Ce qui peut s’avérer fatal. »

Fatal étant la version polie de catastrophique, si on se réfère au tournoi 2019. Une humiliation chez les Anglais, et, peut-être pire encore, une première mi-temps passée dans nos 22 chez des Irlandais archi-dominateurs en sifflotant. « Il ne faut pas non plus oublier le contexte global, il y a depuis quelques saisons des difficultés de notre équipe nationale à s’imposer à l’extérieur comme à domicile », tempère Lièvremont.

L’enfer du Millénium

Bonne et mauvaise nouvelle. La bonne, c’est que l’équipe a une autre tronche en 2020. L’arrivée de Galthié dans le staff puis comme sélectionneur a permis au XV de France de commencer à rattraper des mois, sinon des années de retard rugbystique. Si la progression se prolonge, on a quand même envie de croire que ce groupe finira par s’imposer dehors. La mauvaise, c’est que ce premier match à l’extérieur se joue au pire endroit possible. Le pire pour Bernard Le Roux, en tout cas. « J’ai déjà joué deux fois au Millénium. Une fois contre les All-Blacks (défaite 62-13), c'était pas un très bon souvenir en quarts de finale de la Coupe du monde (rires). Et un autre où j’étais remplaçant contre le pays de Galles. »

Ils seront peu à connaître les lieux avant de fouler la pelouse pour le captain’s run de veille de match (six au total). Et puisque ce n’est pas par l’expérience, c’est par la transmission que le conditionnement psychologique du match à Cardiff doit se faire. François Cros : « Je sais pas si on peut se préparer à une ambiance, mais en tout cas on essaye de le faire. Fabien communique vachement par rapport à ce stade, de manière à ce qu’on ne soit pas surpris le jour du match. » Le Roux, dans le détail : « Il nous a parlé de stade, du bruit qu’il va y avoir dans ce stade. Il nous a préparés. Il nous a expliqué ce qu’il va arriver quand on sera là-bas, comment on va faire, de ne pas se prendre la tête, ne pas se mettre la pression et plutôt le voir comme une énergie positive. » Marc Lièvremont, encore plus dans le détail :

« Le Millénium est un véritable chaudron. Les chœurs gallois, les hymnes, tout ça… La scénographie qu’ont mise en place les Gallois depuis quelques saisons avec les feux, l’ambiance… Ça plante le décor et quelque part c’est à la fois fait pour impressionner l’équipe qui se déplace mais aussi galvaniser les joueurs gallois. »

Super, mais du coup on fait comment pour gagner à l’extérieur ?

Question con. En jouant comme à domicile, bien sûr. « Il faut te dire que ça change rien, ça reste un terrain de rugby », conseille Le Roux. Rentrer fort sans tergiverser pour faire douter l’adversaire. Lièvremont, dernier sélectionneur français à s’être imposé en terres galloises, se souvient d’une bonne première mi-temps de son équipe en 2010. Le piège parfait, 20-0 à la pause, puis une seconde période entière à souffrir (avec une filouterie de Michalak pour conclure). S’il ne s’agit que de ça, tout va bien, c’est le schéma de match que les Bleus maîtrisent le mieux depuis un an.

« Les 20 premières minutes risquent d’être terribles », prévient quand même l’ancien sélectionneur, qui donne ses clés pour un premier succès au Millénium en dix ans. « Ne pas se présenter comme un outsider, réussir à prendre la main sur cette équipe, à faire taire le public. Imposer quand c’est possible le tempo du match. » Bref, ne pas avoir peur. « Mais peur de quoi ? », nous demande Le Roux. D’une huitième défaite de rang de l’autre côté de la Manche dans le tournoi des VI nations, par exemple ?