Losc-OM : Profession meneurs d’hommes… Comment Galtier et Villas-Boas motivent leurs troupes

FOOTBALL Les entraîneurs de Lille et Marseillle, qui s'affrontent dimanche soir (21h) au stade Pierre-Mauroy, dans un match important pour la Ligue des champions, ont le même type de management

François Launay et Jean Saint-Marc

— 

Christophe Galtier et André Villas-Boas sont deux meneurs d'hommes
Christophe Galtier et André Villas-Boas sont deux meneurs d'hommes — Andrew Fosker/BPI/REX/SIPA et ROMAIN LAFABREGUE / AFP
  • Christophe Galtier et André Villas-Boas sont étiquetés meneurs d’hommes.
  • Les entraîneurs du Losc et de l’OM ont le même type de management basé sur le maniement de la carotte et du bâton avec joueurs et staff.

« D’une minute à l’autre, André peut rigoler avec un joueur puis pousser une énorme gueulante ». Cette confession d’un proche du vestiaire marseillais pourrait aussi décrire Christophe Galtier, qui, comme André Villas-Boas, est considéré comme un meneur d’hommes. Les deux coachs, qui s’affrontent dimanche (21h), ont redonné des couleurs à leurs clubs.

Depuis l’arrivée de Galtier fin 2017, Lille a retrouvé la Ligue des champions et continue de jouer les premiers rôles (4e) en Ligue 1. Débarqué cet été à l’OM, Villas-Boas réalise un quasi sans faute avec une deuxième place au classement et le retour des rêves européens. L’occasion de se pencher sur leurs méthodes de management.

Les causeries qui mobilisent

A Marseille, Villas Boas s’est vite intégré à son nouvel environnement. « Ses causeries sont pas mal, il nous motive bien. C’est impressionnant, il parle six langues et dès qu’il est arrivé à Marseille il parlait bien français », racontait Maxime Lopez, le milieu marseillais, en novembre dernier sur RMC.

Chez Galtier, la causerie qui vous fait dresser les poils sur les bras est aussi un art que le coach exerce surtout lors des grands matchs. Joueur (2010-2012) puis adjoint de « Galette » à Saint-Etienne (2015-2016), Laurent Batlles ​en a gardé quelques souvenirs marquants « Je me souviens bien de celle qu’il avait faite avant le 100e derby contre Lyon [gagné 1-0 par St-Etienne]. Il s’était servi de certaines vidéos, avait fait faire des montages pour faire monter la pression », se souvient le nouvel entraîneur de Troyes.

Les critiques qui piquent

Le vestiaire dijonnais en tremble encore. Battu en Bourgogne le 12 janvier dernier (2-1), Christophe Galtier avait poussé une gueulante mémorable contre ses joueurs. Après avoir pourri son équipe, il était venu exprimer sa colère devant la presse pour bien faire passer le message. « Je crois qu’il y a beaucoup de joueurs qui ont des objectifs individuels. Ces joueurs-là iront sur le banc, point à la ligne. Ils se regarderont le nombril sur le banc ou en tribunes », avait lâché l’entraîneur nordiste qui aime bien se servir de la presse pour faire passer des messages à son groupe.

Un type de recadrage que Galtier utilise aussi en interne. « Quand il a un message à faire passer, il le dit devant tout le monde ou alors il en discute avec les cadres du vestiaire. Par contre, ce n’est pas quelqu’un de cassant, il ne va pas sur ce terrain-là », décrit Batlles.

Comme à Lille, le linge sale se lave aussi en famille à l’OM avec le même genre de méthode. « On s’explique pour tout. Avec ce groupe, je n’ai pas eu de problème. Je parle toujours avec les joueurs, on a eu des relations de franchise », assure Villas-Boas.

Sous les ordres du technicien portugais à Coimbra (2009-2011), Modou Sogou a apprécié la franchise « Il dit aux joueurs ce qu’il pense exactement. Parfois c’est en face-à-face, parfois c’est devant tout le monde. Il y a des joueurs plus sensibles, si tu leur parles devant le groupe ça ne va pas. Il arrive à détecter ça, la personnalité du joueur », reconnaît l’attaquant sénégalais

Les câlins qui rassurent

A 42 ans, Villas Boas est encore un jeune entraîneur malgré sa longue expérience sur un banc de touche. Une « fraîcheur » qui lui permet d’utiliser les réseaux sociaux pour déconner avec ses joueurs comme ce fut le cas avec Florian Thauvin en décembre dernier sur Instagram. Un exemple qui montre à quel point le Portugais sait y faire pour câliner son groupe « En interne il est vrai avec ses joueurs, ils doivent beaucoup apprécier son honnêteté intellectuelle au quotidien », estime Christophe Lollichon.

Entraîneur des gardiens à Chelsea lors du court passage du Portugais chez les Blues (2011-2012), le Français se souvient des petits gestes que Villas-Boas faisait pour mettre de l’huile dans les rouages du club « En Ligue des champions, André faisait en sorte que tout le staff mange des spécialités locales après le repas de l’équipe. Ça c’était génial, parce qu’il voulait créer quelque chose. Je voyais la tête des gens : qu’est ce qu’il nous fait celui-là ? Mais ça rigolait, ça plaisantait ».

Même proximité chez Christophe Galtier. « Il a un passé d’adjoint qui fait qu’il a toujours été assez proche de tout le monde. Je l’ai toujours vu dans le besoin d’accompagner, de rassurer son groupe et de lui apporter sérénité et confiance », se souvient Batlles.

Un staff en confiance… ou presque

Pour que tout le monde tire dans le même sens, Galtier et Villas Boas s’appuient beaucoup sur leur staff. Avec une même base : un engagement sans faille. « Tu vois qu’ils le suivent, on voyait qu’il n’y avait pas le moindre doute. Il exigeait aussi beaucoup de travail de leur part. Tu viens le matin, y a déjà sa voiture : tu te dis, il l’a oubliée ? Et elle est toujours là quand tu repars », raconte Sougou au sujet du coach marseillais. Une attitude qui tranche d’ailleurs clairement avec celle de son prédécesseur à l’OM.

« Rudi [Garcia] s’était fait lâcher par ses adjoints. A la fin, il s’occupait de tout, des lacets du mec, des retards, de la tactique… Au contraire, Villas Boas est focus sur les joueurs. Certains trucs, même pas tu lui en parles. Il a un mec pour tout », révèle un proche du vestiaire olympien.

Pour Galtier, la situation est un peu différente. Chez les Verts, le technicien français s’appuyait beaucoup sur son staff. « Il essayait de concerner tout le monde. Il ne se mettait pas à part et laissait pas mal de libertés tout en disant ce qu’il avait à dire », lâche Batlles. Mais au Losc, le coach nordiste ne choisit pas ses adjoints à l’exception de Thierry Oleksiak. Un fonctionnement qui a explosé en novembre dernier quand deux d'entre eux (Sacramento et Santos) sont partis rejoindre Mourinho à Chelsea sans le prévenir. Un épisode que le Lillois n’a pas digéré. « C’est très classe », avait lâché ironiquement Galtier avec le sentiment d’une vraie trahison.