VIDEO. Violences sexuelles dans le patinage : « Je n’ai absolument pas protégé Gilles Beyer », Gailhaguet se défend

PATINAGE ARTISTIQUE Le président de la Fédération des sports de glace a tenu une conférence de presse ce mercredi devant un parterre de journalistes

Nicolas Camus

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Didier Gailhaguet lors d'une conférence de presse à Paris, le 5 février 2020.
Didier Gailhaguet lors d'une conférence de presse à Paris, le 5 février 2020. — FRANCK FIFE / AFP

Il a commencé par se dire étonné qu’il y ait autant de monde. Comme si ce qui se passe actuellement au sein de la Fédération des sports de glace (FFSG) ne valait pas tout ce battage. Didier Gailhaguet, le patron de la FFSG depuis 1998 (excepté sur la période 2004-2007), sommé de démissionner par la ministre des Sports Roxana Maracineanu après les révélations de violences sexuelles dans le patinage, s’est défendu pendant près d’une heure et demie, ce mercredi après-midi, dans une salle de la fédération – effectivement – trop exiguë pour l’occasion.

Pas du genre à se laisser impressionner, « l’empereur », comme le surnomment des parents de patineurs, n’a rien cédé. Et il ne donnera pas satisfaction à la ministre : « Pour démissionner, il faudrait que j’aie commis des fautes. Je n’en ai pas commises, a-t-il martelé, au point culminant de son intervention. Je suis sali par des minables. J’attendrai le résultat de l’inspection diligentée par le ministère avant de prendre une décision. » Repoussée, de fait, à au moins plusieurs semaines.

« Je n’ai absolument pas protégé Gilles Beyer »

Didier Gailhaguet ne savait donc rien. En tout cas, rien concernant des faits aussi graves que des viols dont est accusé Gilles Beyer. Il refuse de porter la responsabilité de la présence de cet ex-entraîneur dans le giron fédéral après l’année 2000, malgré une enquête soulignant ses attitudes inappropriées envers de jeunes patineuses. « Je n’ai absolument pas protégé Gilles Beyer », a-t-il assuré, ciblant en revanche la ministre des Sports de l’époque, Marie-George Buffet, qui n’aurait pas été au bout des choses en raison de « graves dysfonctionnements des services de l’Etat ».

Didier Gailhaguet possède des documents prouvant tout ça. Il a remis un dossier, d’une bonne centaine de feuilles, à chaque journaliste venu l’écouter. Questionné sur les mandats détenus par Gilles Beyer au bureau exécutif de la FFSG jusqu’en 2018, le dirigeant a déclaré qu’il n’y pouvait pas grand-chose car l’ancien entraîneur y avait été élu.

Maracineanu, la « moralisatrice »

« Je ne connaissais pas 90 % des faits sortis dans la presse ces derniers jours », a-t-il réaffirmé, alors que de très nombreux témoignages recueillis ces derniers jours dans les médias le dépeignent comme un homme tout-puissant, à qui rien n’échappe. Imperméable à la pression, il a allumé plusieurs contre-feux, attaquant notamment l’attitude « moralisatrice » de la ministre des Sports actuelle, Roxana Maracineanu, « drapée dans ses certitudes ».

La fracture avec le ministère est actée. Le bras de fer entamé. Dans le cabinet de l’ex-championne de natation, on s’attendait de toute façon à une bataille de longue haleine. Dans la soirée, Didier Gailhaguet a été confronté à un premier accroc. L’association Colosse aux pieds d’argile (qui lutte contre la pédophilie dans le sport), avec qui il avait dit collaborer, a démenti cette information​. « Il n’a rien fait, c’est un mensonge », a fait savoir son fondateur Sébastien Boueilh.