Open d’Australie : Nadal va-t-il emplâtrer Kyrgios pour son insolence répétée (et rafraîchissante) ?

TENNIS L’Espagnol retrouve un adversaire qui le critique sans se gêner et qu’il apprécie peu

J.L.

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Nick
Nick — Lee Jin-man/AP/SIPA

Il arrive parfois que la vie soit trop bonne avec nous. Comment expliquer autrement cette mignardise offerte avec la crème chantilly à Melbourne lundi matin. Kygios-Nadal en 8e de finale de l’Open d’Australie, ou un match entre LES deux joueurs qui ne peuvent pas se blairer sur le circuit, bien qu’on soupçonne Kyrgios de détester le monde entier les matins où il se lève tout ronchon. Deux gosses qui se chamaillent en permanence. Enfin surtout un qui cherche la castagne et l’autre qui prend sur lui pour ne pas lui mettre une châtaigne.

Une année 2019 riche en incidents

Les prémices de crêpage de chignon ? L’an dernier à Acapulco. Festival de Kyrigioseries entre services à la cuillère (manqués), plaintes permanentes auprès de l’arbitre, et chambrage des fans du taureau de Manacor après la victoire. « Il manque un peu de respect envers le public, son adversaire et lui-même, c’est ce qu’il doit améliorer », grogne l’Espagnol. Je ne pense pas que ce soit un méchant, pas du tout, je pense que c’est un bon garçon, mais c’est un joueur avec un talent énorme, il pourrait gagner un Grand Chelem et se battre pour les premières places du classement, mais il est ce qu’il est ».

Une petite tape sur les fesses de Papa Nadal qui n’impressionne pas l’ami Kyrgios, loin s’en faut. La réponse, mûrement réfléchie, arrive deux mois plus tard et fait l’effet d’une bombinette dans le milieu. Un podcast avec Ben Rothenberg dans lequel le monsieur Tennis du NY Times prévient en amont : « J’ai mis beaucoup de temps à pouvoir parler à Nick mais c’est sans doute l’interview la plus remarquable que j’ai pu faire dans le tennis, et sans doute même dans ma carrière ». Il faut dire que le surfeur de Canberra dézingue tout ce qui passe, avec une dédicace spéciale à Rafa :

« C’est mon exact opposé. Quand il gagne, tout va bien, il ne critique pas l’adversaire. Mais dès que je le bats, il dit : il n’a pas de respect pour moi, pour mes fans, pour le jeu. Je suis la même personne que quand je t’ai battu deux mois avant ou quand tu m’as battu. Rien n’a changé. »

Comment se faire des potes à l’école, by Nick Kyrgios. Silence gêné de Rafa, toujours embêté dès qu’il s’agit de dire du mal de quelqu’un, jusqu’aux retrouvailles à Wimbledon. L’Espagnol s’en sort sur ce coup-là et reprend l’avantage dans les face-à-face (4-3), mais un nouvel épisode s’ajoute à l’inimitié rampante entre les deux collègues de vestiaire. En cause, un coup droit bazooka de l’Australien pleine poire de Rafa, en tout cas dans l’intention, et le commentaire méprisant du 26e joueur mondial : « Pourquoi je m’excuserais ? Combien a-t-il gagné de Grands Chelems, combien d’argent a-t-il sur son compte ? Je pense qu’il peut prendre une balle dans la poitrine. Je ne vais pas du tout m’excuser. Oui, j’ai joué l’homme. Je voulais le toucher en pleine poitrine ». Réplique fatiguée de l’Espagnol, qu’on sent à deux doigts de dire une connerie puis finalement non.

« Ce n’est pas une bonne idée de continuer à parler de ce garçon. On ne fait que l’encourager à continuer à faire toutes ces choses étranges, a confié le Majorquin face aux journalistes. Je pense qu’il a un énorme talent, on devrait mettre en avant ce talent. En revanche, il y a beaucoup d’autres choses dont on ne devrait pas parler ».

Voilà pour le décor, donc, presque plus prometteur que le terrain proprement dit. Kyrgios vient de se farcir Kachanov pendant quatre heures après s’être enfilé la cuisine indigeste de notre Gillou national, et on ne serait pas surpris de le voir capituler un peu vite, puisqu’il a la même prépa physique plage/mojito que Benoît Paire. D’ailleurs, comme si le bad boy du circuit avait anticipé un match galère, il l’a joué profil bas, pour une fois :

« La dernière fois que je l’ai joué, c’était à Wimbledon. Nous avons eu un très bon match, 7-6 dans le quatrième set. Quoi qu’il en soit, il est évident que nous sommes des joueurs différents. Quand j’ai perdu à Wimbledon, je lui ai serré la main, je l’ai regardé dans les yeux, et j’ai dit : Trop bien. Indépendamment, même si nous ne nous aimons pas, je pense qu’il y a du respect. Il est l’un des meilleurs de tous les temps. J’ai également lu qu’il pense que je suis bon pour le tennis, donc c’est plutôt positif. »

Autant d’amour ne pouvait pas laisser insensible un homme de paix comme Rafael Nadal, qui a répondu sur le même canal radio :

« Je ne le connais pas personnellement, honnêtement, pour avoir une opinion claire. Il est clair, bien sûr, que je n’aime pas quand il fait ses 'trucs'. Quand il joue bien au tennis et qu’il montre de la passion pour ce jeu, il fait du bien au circuit, et je le veux plus grand, pas plus petit. Les joueurs qui rendent le circuit meilleur sont tous importants. Quand il est prêt à jouer son meilleur tennis, avec passion, il est l’un d’entre eux. Quand il fait autre chose, bien sûr, je n’aime pas. »

La trêve va-t-elle tenir jusqu’à la poignée de main cordiale réclamée par les usages à la fin de l’empoignade ? Ne nous emballons pas trop vite. Kyrgios a le diable au corps quand on lui parle de Rafa, et Melbourne se tape encore les genoux de son imitation impayable des tics du Majorquin au service face à Simon, alors qu’il venait de se faire enguirlander par l’arbitre. Miam miam.