« Paris est l’épicentre du basket en Europe »… La NBA à Paris, coup d'un soir ou coup de foudre durable ?

BASKET La NBA a pris ses quartiers à Paris à l'occasion du match entre les Bucks et les Hornets, vendredi soir à Paris-Bercy 

A.L.G avec T.G et G.N

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Giannis Antetokounmpo et les Bucks lors d'un entraînement jeudi à Bercy.
Giannis Antetokounmpo et les Bucks lors d'un entraînement jeudi à Bercy. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • La salle de Paris-Bercy accueille vendredi soir un match de saison régulière de NBA entre les Milwaukee Bucks et les Charlotte Hornets.
  • Après huit ans à Londres, la ligue nord-américaine de basket a finalement décidé de changer d’air.
  • Ce partenariat peut-il durer dans le temps ? C’est la question à laquelle nous allons essayer de répondre dans ce papier.

C’est le grand jour. Après avoir posé ses bagages sur le sol français dès mercredi, le grand cirque de la NBA est en représentation exceptionnelle vendredi à Paris pour un soir et un soir seulement avec, au programme, un match de saison régulière entre les Milwaukee Bucks de Giannis Antetokounmpo et les Charlotte Hornets de Nico Batum.

Traditionnellement organisé à Londres, ce match hors-sol a choisi cette année de snober la capitale anglaise. Faire la nique à Londres, voilà une petite douceur qui ravi la Mairie de Paris. « On a gagné ce match de NBA en le piquant aux Anglais, ce qui est assez plaisant », lance de bonheur Jean-François Martins, l’adjoint au sport d’Anne Hidalgo.

Pour l’ancien baroudeur de NBA Ronny Turiaf, c’est un petit rêve qui se réalise, dix ans après sa venue à Paris en match de pré-saison avec les Knicks : « Quand je voyais le match NBA à Londres, j’espérais que ce soit un jour à Paris qu’il se déroule. Je sais que la jeunesse française et les Parisiens ont envie d’avoir du basket ici même. C’est vraiment excitant de voir l’engouement qu’il y a autour du match. » De son côté, le local de l’étape Nicolas Batum voit déjà plus loin.

« La NBA est très populaire en France, il y a beaucoup de joueurs français qui évoluent là-bas. C’est une bonne chose pour le public français qu’il y ait un match à Paris, il le mérite, a déclaré le Français sur le site de la NBA. J’espère maintenant que ça va devenir un rendez-vous régulier lors des prochaines saisons ».

En effet, toute la question est de savoir si cet événement à résonance planétaire ne sera qu’un one (ou two) shot(s) ou si ce mariage entre la ville lumière et les étoiles du basket US peut s’étirer dans le temps.

Paris vote pour du long terme

En mars dernier, en marge de l’annonce officielle de cette affiche Bucks-Hornets, Jean-François Martins nous expliquait que Paris signerait volontiers pour que cette histoire ne soit pas qu’un simple coup d’un soir. « On a envie d’inscrire durablement le basket à Paris, on ne veut pas que ce ne soit qu’un feu de paille. Ce match NBA est annoncé pour 2020 mais on veut le faire rester en 2021, 2022… On a donc dit à la NBA que l’on était volontaire pour s’engager dans la durée. Mais la discussion s’est portée sur 2020 et 2021 pour l’instant. » Depuis, les choses ont un peu changé. La ligue nationale américaine de basket a d'ailleurs officialisé jeudi le retour de la NBA à Paris dès l’année prochaine.

Comment ? Réponse détaillée de l’adjoint au sport à la Mairie de Paris. « Ça fait quatre ans que l’on travaille pour refaire de Paris une ville qui compte dans le basket en France et dans le monde. On a investi sur des terrains, on a soutenu et refait émerger un club professionnel à Paris. On est en train de construire une nouvelle salle dédiée au basket [la Paris Arena II à la porte de la Chapelle]. Et puis on fait campagne à travers le monde pour faire de Paris une ville d’événements sportifs, avec les Jeux olympiques, la Coupe du monde féminine de foot. Cette crédibilité-là, portée par le fait qu’on soutient le plus grand événement streetball au monde, Quai 54, sur lequel tous les plus grands joueurs NBA sont venus, c’est tout ça qui nous a permis de les convaincre. »

La NBA n’est d’ailleurs pas la seule à s'être laissée convaincre par les efforts parisiens. C’est aussi le cas de l’Américain David Kahn, le nouveau patron du non moins nouveau club du Paris Basketball (pro B). « La NBA en est venue à la même conclusion que moi, à savoir que Paris est désormais l’épicentre du basket en Europe, explique le natif de Portland. Je le pense sincèrement. Et je pense que cela ne peut que se renforcer à l’avenir. La ville, et encore plus avec le développement du Grand Paris, va être perçue par les principaux actionnaires du basket américain comme le cœur du basket sur ce continent. A ce titre, le match de vendredi en est le parfait symbole. »

La France, un juteux marché pour la NBA

« Actionnaire », le mot est lâché. Il faut dire aussi qu’avec la NBA, l’attachement se mesure souvent au nombre de zéros avant la virgule. Or, comme l’explique l’économiste et consultant RMC Sport Pierre Rondeau, « la NBA est une industrie, une multinationale qui cherche à se développer économiquement, à capter de nouveaux marchés et comme il y a une passion française pour la NBA, pour elle ça veut dire consommation, public, engouement, notoriété et positionnement. Paris, c’est tout bénéf pour la NBA car c’est une terre vierge avec un terrain préparé en amont par Michael Jordan qui produit certains maillots du PSG ». Ce n’est pas un hasard si c’est justement la franchise dirigée par MJ, les Charlotte Hornets, qui inaugure ce nouveau partenariat.

S’il n’a pas pris part officiellement aux négociations entre la ville et la ligue américaine, la nouvelle puissance de rayonnement du Paris Saint-Germain et les liens étroits qu’il entretient avec Nike et la marque « Jordan » ont pu jouer en faveur de Paname contre Londres. A ce titre, le PSG a ouvert les portes du Parc des Princes aux Bucks jeudi tandis que Neymar, Mbappé et Verratti sont attendus à Bercy vendredi pour assister à la rencontre. « De manière générale, je trouve qu’il y a une connexion puissante entre le NBA lifestyle et le Parisian lifestyle, note l’ancien président des Minnesota Timberwolves David Kahn. C’est aussi la ville de la mode et beaucoup de basketteurs de NBA étaient par exemple présents à la Fashion Week en juin dernier. »

Pour celui qui s’est fait un nom aux Etats-Unis après avoir préféré le futur flop Jonny Flynn à Stephen Curry lors de la draft 2009, il ne fait aucun doute que « Paris et la NBA vont rester liées pendant de nombreuses années. Ce n’est pas à moi mais à la NBA de le confirmer, mais ça serait surprenant que ce ne soit pas le cas. » On croise les doigts pour qu’il ait eu plus de flair qu’il y a onze ans. Ce devrait être très certainement le cas si l'on en croit Adam Silver, le grand manitou de la NBA, qui s'est exprimé devant la presse jeudi soir. 

« Nous reviendrons, a-t-il promis d'emblée. Nous rejouerons l'année prochaine en janvier. On ne sait pas encore avec quelles équipes mais on discute avec plusieurs d'entre elles. On a déjà trop de candidats ! Nous serons à Paris pour de nombreuses années, même si pour le moment le seul engagement que nous avons est pour l'année prochaine. » Ca commence gentiment à sentir bon cette histoire.