Dopage : Un cataclysme sportif menace la Russie

DOPAGE Le pays est soupçonné d’avoir falsifié des données transmises aux enquêteurs de l’Agence mondiale antidopage

20 Minutes avec AFP

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Un drapeau russe pendant les JO de Sotchi en 2014.
Un drapeau russe pendant les JO de Sotchi en 2014. — David J. Phillip/AP/SIPA

Exclusion des Jeux olympiques, Euro 2020 en suspens : un comité indépendant de l’Agence mondiale antidopage (AMA) a préconisé lundi de très lourdes sanctions contre la Russie, soupçonnée d’avoir falsifié des données transmises aux enquêteurs de l’AMA.

Si le comité exécutif de l’AMA, qui doit se réunir le 9 décembre à Paris, confirme la longue liste des mesures qui lui sont recommandées par son comité de révision de la conformité (CRC), la Russie serait purement et simplement mise au ban du sport international pendant quatre ans. Mais l’affaire ne serait sûrement pas terminée car Moscou pourrait contester les sanctions devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

La punition est en tout cas à la hauteur « d’un cas extrêmement grave » aux yeux du CRC, cité dans le communiqué diffusé par l’AMA lundi. Parmi les griefs cités, la disparition de « centaines » de résultats de contrôles antidopage suspects parmi les fichiers que Moscou avait remis à l’AMA au début de l’année.

« Preuves fabriquées de toutes pièces »

« Les données de Moscou ne sont ni complètes ni entièrement authentiques », a fustigé l’agence dans son communiqué. Or, la remise de ces données était une condition fixée par l’AMA pour lever de précédentes sanctions contre l’agence antidopage russe (Rusada), au coeur d’un système de dopage institutionnel entre 2011 et 2015 déjà à l’origine d’un vaste scandale.

Selon le communiqué de l’AMA, le CRC soupçonne même que des « preuves fabriquées de toutes pièces » ont pu être implantées dans la base de données pour faire accuser l’ancien patron du laboratoire antidopage de Moscou, Grigori Rodchenkov, aujourd’hui réfugié aux Etats-Unis, où il a été l’un des témoins clés pour mettre au jour le système de dopage russe.

Du coup, c’est la manière forte qui est préconisée. Tout d’abord, pendant quatre ans, aucun officiel russe, ni le drapeau du pays, ni son hymne n’auraient droit de cité lors des éditions des Jeux olympiques d’été ou d’hiver, ainsi qu’aux Jeux olympiques de la jeunesse ou aux Jeux paralympiques. Cela concernerait donc les Jeux d’été de Tokyo-2020 et ceux d’hiver à Pékin en 2022.

Le sport, outil de la puissance russe sur la scène internationale

Pour les sportifs, seuls ceux qui seraient « en mesure de démontrer qu’ils ne sont impliqués en aucune manière » dans les affaires de dopage seraient admis sur les compétitions, sous drapeau neutre. Des sanctions déjà subies par la Russie aux JO d’hiver 2018 de Pyeongchang, ou lors de toutes les compétitions internationales d’athlétisme depuis 2015.

Sous Vladimir Poutine, la Russie a fait du sport un outil de sa puissance sur la scène internationale, mais elle n’en finit plus de payer les conséquences du dopage à grande échelle. Ainsi, si l’AMA suit son comité, le pays ne serait plus autorisé à candidater à l’attribution d’événements sportifs internationaux, JO compris.

Pire, si des événements lui ont déjà été attribués, l’organisateur devra les lui retirer et les « réattribuer à un autre pays, sauf si c’est impossible d’un point de vue légal ou pratique ». En théorie, cette mesure pourrait donc concerner l’Euro 2020 de football et la ville de Saint-Pétersbourg, qui doit accueillir des rencontres, dont un quart de finale. La finale de la Ligue des champions 2021 y est également programmée.

Le CIO critiqué pour son indulgence

Reste à savoir si le comité exécutif de l’AMA, composé à part égales de représentants du mouvement olympique et des gouvernements, ira si loin. Les précédentes sanctions contre la Russie, pour punir la mise en place du système de dopage institutionnel, ont été à l’origine de vives polémiques ces dernières années, des voix s’élevant pour critiquer l’indulgence du Comité international olympique (CIO).

Peu avant les JO de Rio-2016, l’AMA avait déjà préconisé une exclusion de la Russie, mais le CIO avait eu le dernier mot et avait laissé le soin de trancher aux fédérations sportives internationales. Mais depuis, l’AMA a renforcé ses pouvoirs de sanctions, et il appartiendrait au TAS de se prononcer en appel.