Coupe du monde de rugby : Les Springboks accueillis en héros dans une Afrique du Sud en crise

RUGBY L'équipe victorieuse a débarqué dans une ambiance de carnaval inédite dans un pays en crise, un quart de siècle après la chute de l’apartheid

20 Minutes avec AFP

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Le capitaine Siya Kolisi porte le trophée à l'arrivée des Springboks à l'aéroport de Johannesbourg, le 5 novembre 2019.
Le capitaine Siya Kolisi porte le trophée à l'arrivée des Springboks à l'aéroport de Johannesbourg, le 5 novembre 2019. — AFP

Des milliers de personnes ont fêté mardi le retour en Afrique du Sud de « leurs » Springboks, vainqueurs de la Coupe du monde de rugby, dans une ambiance de carnaval inédite dans un pays en crise, un quart de siècle après la chute de l’apartheid.

Elevés au rang de « héros » depuis leur triomphe samedi (32-12) contre l’Angleterre en finale de l’édition japonaise du tournoi mondial, les joueurs du XV sud-africain ont débarqué en petits groupes à l’aéroport de Johannesbourg. La première vague, emmenée par le troisième ligne Pieter-Steph du Toit, sacré meilleur joueur de l’année, et le demi de mêlée Faf de Klerk, a été accueillie par les chants et les danses d’une marée humaine aux couleurs vert et or.

En soirée, le capitaine noir des « Boks » Siya Kolisi, le trophée William Webb Ellis à bout de bras, et le sélectionneur Rassie Erasmus ont à leur tour fendu la foule, qui a repris en chœur l’hymne national et l’incontournable We are the champions. « Nous savons que nous pouvons donner un peu d’espoir aux gens », s’est ému Siya Kolisi à son arrivée, « nous avons gagné parce qu’on le voulait très fort, tous ces gens ici nous ont donné une raison de le vouloir encore plus fort ».

« Ce qu’on aimerait perpétuer, c’est ce que nous voyons ici », a renchéri en écho Rassie Erasmus, visiblement épuisé, qui fêtait mardi son 47e anniversaire. « Merci à tous ceux qui sont venus pour nous accueillir ce soir ». Les Springboks doivent entamer jeudi une série de parades populaires à Pretoria, Johannesburg, Soweto, Durban, East London, Port-Elizabeth puis au Cap.

Champion planétaire des inégalités, sociales comme raciales

Après ceux de 1995 et 2007, ce troisième titre mondial ne pouvait pas mieux tomber dans une Afrique du Sud en proie aux difficultés, à la déprime et au doute vingt-cinq ans après l’avènement tant attendu de la démocratie. Un an après son élection, l’apparition lors de la finale 1995 du premier président noir du pays Nelson Mandela revêtu de la tunique verte de l’équipe nationale d’un rugby longtemps réservé aux Blancs avait fait souffler un vent d’espoir.

Il est aujourd’hui largement retombé. L’économie stagne, le chômage frôle les 30 %, la pauvreté persiste et les inégalités se creusent, au point de faire de la première puissance industrielle du continent africain, dixit la Banque mondiale, le champion planétaire des inégalités, sociales comme raciales.

De plus en plus contesté, le gouvernement noir n’a pas manqué de se saisir du triomphe de ses rugbymen – contre tous les pronostics – sur ceux de l’ex-puissance coloniale. « A l’heure où l’Afrique du Sud vit des défis considérables, nous nous sommes tous retrouvés autour de cette victoire au Japon », s’est réjoui le président Cyril Ramaphosa.

Dans un pays toujours malade de ses relations raciales, le capitaine Siya Kolisi a été bombardé nouveau symbole de cette « nation arc-en-ciel » rêvée, mais jamais concrétisée, par Nelson Mandela. Né dans un township pauvre de la banlieue de Port-Elizabeth, le troisième ligne âgé de 28 ans est devenu le premier joueur noir à diriger une équipe qui les a délibérément interdits dans ses rangs pendant quatre-vingt-dix ans.