Coupe du monde de rugby : L'Afrique du Sud écarte le Japon (26-3) et le mauvais souvenir de 2015

RUGBY Les Springboks se sont imposés sans peine face au pays hôte, validant leur ticket pour les demi-finales

Mathias Cena

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L'ailier sud-africain Makazole Mapimpi lors du quart de finale contre le Japon, le 20 octobre 2019.
L'ailier sud-africain Makazole Mapimpi lors du quart de finale contre le Japon, le 20 octobre 2019. — PIERRE EMMANUEL DELETREE/SIPA

De notre correspondant à Tokyo (Japon),

Ces deux nations-là n’avaient qu’une paire de dates communes dans leur histoire ovale : les batailles de Brighton 2015 (34-32 pour le Japon) et de Kumagaya le mois dernier (41-7 en faveur de l’Afrique du Sud). Si le monde entier avait surtout retenu la première, les deux camps avaient pris soin de relativiser son importance avant leur troisième face-à-face de ce dimanche. Les Brave Blossoms préféraient « normaliser » le « miracle » pour écrire une nouvelle page de leur légende rugbystique, après avoir su dominer l’Irlande puis l’Ecosse dans ce Mondial. Les Springboks voulaient, eux, reléguer définitivement ce match au rang des mauvais souvenirs.

Après quelques étincelles nipponnes en début de match, ce sont finalement les Sud-Africains qui ont repris le contrôle de la narration en dominant sans peine (26-3) les Japonais ce dimanche au stade de Tokyo, validant leur ticket pour les demi-finales de la Coupe du monde.

Explosivité japonaise et puissance physique sud-africaine

Avant le choc des quarts, l’entraîneur sud-africain Rassie Erasmus avait mis de côté la fausse modestie : « Les Japonais sont persuadés de pouvoir nous battre. Mais si vous demandez [au coach des Brave Blossoms] Jamie Joseph de répondre sincèrement, il vous dira "oui, l’Afrique du Sud est favorite". Pour être honnête, je pense en effet que nous sommes les favoris. »

Le danger, Erasmus le savait, viendrait surtout de la vitesse du jeu japonais, qui a bousculé les adversaires précédents des Brave Blossoms. Pour casser cette dynamique, le coach des Springboks avait prévu de « jouer sur (nos) qualités, à savoir l’impact physique, les phases statiques, les ballons portés, la mêlée. » Cette stratégie, avec six avants sur le banc, a surtout payé en deuxième mi-temps face à des Japonais sans doute moins frais aussi après leur match éprouvant contre l’Ecosse dimanche dernier. Les Sud-africains n’avaient plus joué depuis le 8 octobre, face au Canada.

Comme prévu, les Japonais ont opposé l’explosivité à la puissance physique sud-africaine. Après avoir concédé un essai en début de match, les Brave Blossoms ont fait ce qu’ils savent faire de mieux : exploiter la moindre opportunité, trouver des interstices, lancer des échappées de tous les côtés. Profitant d’un carton jaune à Mtawarira pour une prise de judo sur Inagaki, les Rouge et Blanc, temporairement à 15 contre 14, ont déployé méthodiquement leur jeu véloce, toujours bloqués cependant par les Boks. A la mi-temps, le Japon affichait 68 % de possession et 131 passes, contre 37 pour les Boks, qui ont posé dans le même temps 91 tacles, trois fois plus que les Blossoms.

« J’ai dit aux gars de relever la tête et d’être fiers »

Mais après quinze minutes à ce rythme, les occasions se sont faites plus rares. Revenus à nombre égal, les Japonais n’ont plus trouvé de faille, voyant peu à peu le match leur échapper alors même que les Sud-Africains rataient deux occasions en or sur des passes « glissantes », sans compter un essai refusé.

« En deuxième période, ils nous ont étouffés, commente le deuxième ligne Luke Thompson, qui a 38 ans disputait sa quatrième Coupe du monde avec le Japon. Ils ont fait ce qu’ils savent faire vraiment bien, on n’a pas pu y échapper. On n’a pas réussi à créer de dynamique, ni à bien les freiner. » Finalement, à un quart d’heure de la fin, deux essais de Faf de Klerk et Makazole Mapimpi ont tué le match, porté le score à 26-3.

Une page se tourne, le miracle de Brighton appartient désormais à la légende. Reste une réalité : une équipe japonaise qui s’est hissée en quarts, a battu deux nations du Tier 1 et imposé son jeu atypique dans la compétition. « Ce qu’on peut faire de mieux pour les joueurs en tant que coach, c’est leur donner confiance en eux, note Jamie Joseph. Je pense que c’est ce que nous avons fait ces dernières années. » Michael Leitch se dit lui « fier d’être le capitaine de cette équipe. On a fait tout ce qu’on pouvait pour gagner, mais l’Afrique du Sud a été incroyable. J’ai dit aux gars de relever la tête et d’être fiers aussi. C’est important d’avoir une bonne attitude pour l’avenir. »